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Déserts médicaux 09/04/2019

Faut-il limiter la liberté d’installation des médecins pour enrayer les inégalités d’accès aux soins ?

par Nathalie Perrier
centre de santé

Le projet de loi santé viendra-t-il à bout des déserts médicaux et des inégalités territoriales d’accès aux soins ? La question, au cœur d'un colloque organisé conjointement par l'association des petites villes (APVF) et Villes de France, et conclu par la ministre de la Santé Agnès Buzyn le 10 avril, divise. Les partisans de mesures coercitives sont sceptiques quand les défenseurs de la libre installation y croient... Nathalie Nieson, maire de Bourg- de-Péage (Drôme), et Michel Fourcade, maire de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), en débattent.

Cet article fait partie du dossier:

La santé, une mission nouvelle pour les collectivités territoriales

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[Actualisé au 10 avril]

« On pourrait obliger les médecins à exercer, à la sortie de leurs études, un an en zone sous-dotée, et tester le conventionnement sélectif »

Nathalie Nieson, maire (PS) de Bourg- de-Péage (Drôme), chargée du dossier accès aux soins à l’Association des petites villes de France (APVF)

© ADF26300 - CC BY-SA 4.0 Nathalie Nieson, maire (PS) de Bourg-de-Péage

La pénurie de médecins libéraux dans certaines zones rurales et urbaines est telle qu’on doit aujourd’hui aborder la question de la régulation de l’installation des médecins. Cela fait des années que nous, élus, mettons en œuvre des mesures pour inciter les praticiens à s’implanter dans les déserts médicaux, notamment en ouvrant des maisons médicales. Mais ça ne marche pas ! Des communes manquent toujours de généralistes alors que d’autres en ont presque trop. A Château-Chinon, dans la Nièvre, on compte 42,8 médecins pour 100 000 habitants, contre 119 à Nice !

Il y a urgence. Il faut expérimenter des mécanismes de régulation. On pourrait obliger les médecins à exercer à la sortie de leurs études, pendant un an, en zone sous-dotée. Et aussi tester le conventionnement sélectif : dans les zones sans besoin, le conventionnement à l’assurance-maladie serait conditionné à la cessation d’activité par un autre médecin. Peu importe la méthode, mais il y a urgence. Nos médecins vieillissent - beaucoup ont plus de 55 ans - et la situation ne fait que se dégrader. La fin du numerus clausus est une mesure positive, mais les effets ne se feront pas ressentir avant dix ans. D’ici là, nous devons trouver des solutions pour gérer l’urgence.

« La maison de santé a créé un appel d’air, faisant venir un cabinet de médecins. A terme, la fin du numerus clausus résoudra la pénurie »

Michel Fourcade, maire (PS) de Pierrefitte-sur-Seine, conseiller départemental et vice-président de l’EPT Plaine Commune (Seine-Saint-Denis)

© CC BY-SA 3.0 / Chris93 Michel Fourcade, maire (PS)de Pierrefitte-sur-Seine, président de l’ETP Plaine Commune (93)

Obliger les médecins à venir s’installer dans des déserts médicaux ne sert à rien. Ils repartiront dès que possible et il faudra tout recommencer. Il vaut mieux les inciter à s’installer durablement en créant des maisons de santé, en leur proposant des aides à l’installation, etc. C’est ce que nous avons fait à Pierrefitte. En 2010, nous avions seulement 10 médecins et 4 spécialistes pour 29 000 habitants. Les cabinets fermaient les uns après les autres et personne ne voulait prendre la relève. En 2014, avec l’aide de l’agence régionale de santé et de la directrice du centre de santé, nous avons créé une maison de santé.

Appel d’air. Aujourd’hui, trois généralistes s’y relaient du lundi au samedi. L’ouverture de cette structure a créé un appel d’air. Un cabinet de deux médecins s’est associé à la maison de santé. Les médecins pierrefittois accueillent des jeunes médecins en stage. Des infirmiers libéraux se sont implantés à proximité. Un cabinet dentaire a ouvert ses portes… Nous comptons désormais 14 généralistes et 8 spécialistes. Ce n’est pas la panacée, mais c’est mieux. Je crois aussi à la suppression du numerus clausus qui permettra de former davantage de médecins et, à terme, mettra fin à la pénurie.

 

À SUIVRE « Ma santé 2022 ». Le projet de loi santé, a débuté son examen à l’Assemblée le 18 mars. Traduction législative du plan Ma santé 2022 dévoilé mi-janvier, il prévoit de restructurer le système via des mesures phares : suppression du numerus clausus, attribution d’une bourse aux jeunes médecins exerçant en zone sous-médicalisée, labellisation des hôpitaux de proximité, etc. Le texte doit être adopté d’ici l’été.  

Les sept propositions de Villes de France et de l’APVF pour lutter contre la désertification médicale

  1. Non-conventionnement par la sécurité sociale des praticiens dans les zones en sur-numéraire. Son principe serait de conventionner de nouveaux médecins que dans les zones où le nombre de médecins par habitant est inférieur à un seuil fixé.
  2. Créer des « Territoires prioritaires de santé », placés au même rang de priorité que les « quartiers prioritaires » de la politique de la ville. Un tel dispositif permettrait une meilleure identification des enjeux transversaux de l’accès aux soins (liés aux questions de cadre de vie, d’attractivité économique, de mobilité, etc.) et devrait ouvrir le droit à de nouveaux financements de l’Etat.
  3. Développer la pratique de mutualisation des praticiens hospitaliers dans les bassins de vie afin d’élargir l’accès aux soins.
  4. Développer les formations de maître de stage des universités dans les zones sous-denses afin de s’assurer que davantage d’étudiants en médecine puissent effectuer des stages dans ces territoires.
  5. Inciter à l’expérimentation du concept de « responsabilité populationnelle » qui permet, par une étude des besoins en matière de santé d’un territoire, de proposer une offre de services accessibles, continus, globaux et de qualité en misant sur la prévention.
  6.  Développer et accompagner tant techniquement que financièrement l’innovation en matière de télé-consultation, télé-médecine pour permettre l’accès à des expertises sur l’ensemble des territoires.
  7. Réaffirmer la place et le pouvoir de décision de l’élu dans les conseils de surveillance des centres hospitaliers. Aujourd’hui, les élus locaux n’ont plus de véritable de pouvoir de décision sur la politique menée par les hôpitaux.

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