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Aménagement du territoire 25/02/2019

Quand les mobilités résidentielles renforcent les inégalités territoriales et sociales

par Emilie Denètre
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L’Observatoire des territoires a remis le 22 février son rapport annuel, consacré aux mobilités résidentielles en France. Des mobilités certes plus fortes que celles de nos voisins européens, mais qui ont tendance à diminuer depuis la crise de 2008. Autre enseignement : ces mouvements de populations tendent à creuser les inégalités territoriales et à renforcer la segmentation sociale de l’espace.

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« Ce rapport nous a permis de battre en brèche l’idée reçue selon laquelle les Français seraient moins mobiles que les autres Européens » pointe d’emblée Louise Haran, chargée de mission au sein du Commissariat Général à l’Égalité des Territoires (CGET) et co-auteure du rapport 2018, « en 2014, 7 millions de Français ont déménagé, c’est 2 points de plus que la  moyenne européenne ! »

Des déménagements « de proximité »

Des déménagements que les géographes et statisticiens qualifient  néanmoins de « proximité ». En effet, 71% des personnes qui ont déménagé sont restées dans la même commune ou dans le même département. Seuls 14% ont changé de région. « Il faut mettre ces résultats en lien avec les cycles de vie, les jeunes entre 20 et 25 ans sont ceux qui partent le plus loin – souvent pour faire leurs études– à l’inverse les personnes âgées de 40 à 45 ans, qui ont des enfants scolarisés, ont tendance à partir moins loin » constate Louise Haran. Un lien est également à faire avec le niveau de diplôme : les individus les moins diplômés partent moins loin que ceux qui ont poursuivi des études supérieures.

Il y a donc, dans ces mobilités résidentielles, de « fortes différenciation sociales » notent les auteurs du rapport. Un constat qui fait écho à la note publiée cette même semaine par l’Institut Montaigne et le cabinet Elabe. Aussi, et même si les mobilités résidentielles françaises restent élevées comparées à nos voisins européens, le rapport relève « une baisse tendancielle » sur le long terme. Louise Haran décrit ainsi une baisse des déménagements longue distance depuis les années 2000 et une baisse globale des mobilités – même courtes-distances – depuis la crise de 2008.

Inégalités territoriales

Les auteurs du rapport ont par ailleurs travaillé sur les impacts territoriaux induits par ces mobilités résidentielles. Sans surprise, ils notent « la montée en puissance de l’Ouest au détriment de l’Est et Nord de la France. « La Nouvelle Aquitaine gagne quatre fois plus d’habitants qu’il y a 50 ans, à périmètre constant » explique Louise Haran, qui note au passage la perte de vitesse de la région PACA « qui gagne huit fois moins d’habitants qu’il y a quelques années ».

Autre perdant à ce  jeu des mobilités : l’Ile-de-France qui perd 50 000 habitants par an. « Cette région demeure attractive pour les jeunes et les cadres mais, c’est vrai qu’elle perd plus d’habitants qu’elle n’en gagne au profit notamment du Centre-Val-de-Loire et des régions Ouest et Sud » détaille la chargée de mission du CGET.

Quant aux régions de l’Est et du Nord, si elles n’attirent pas de nouveaux habitants, elles n’en perdent pas non plus, notamment grâce à des soldes naturels, des taux de naissance, assez soutenus.

Segmentation sociale

À l’échelle locale, on peut également constater que ce sont les aires périurbaines les plus éloignées des pôles urbains qui ont tendance à gagner en population au détriment des centre-ville. Les territoires ruraux gagnent donc des habitants, profitant donc de ce nouvel exode urbain ! En revanche, là encore, tous les territoires ne sont pas à égalité puisque que ce sont bien les communes rurales du Sud et de l’Ouest de la France qui « tirent » réellement profit de ce mouvement.

Le dernier point relevé par le rapport de l’Observatoire porte sur la segmentation sociale des espaces. Les auteurs ont pu remarquer que les individus ont tendance à déménager là où leur groupe social est déjà présent : ainsi si les ouvriers et employés rejoignent les espaces périurbains et ruraux, les cadres quant à eux ont tendance à plus s’installer en périphérie immédiate des métropoles.

Un outil de visualisation au service des élus et des citoyens

L’Observatoire des Territoires vient de mettre à disposition sur son site des data-visualisations permettant de pouvoir constater, à l’échelle de son territoire, les impacts induits par la mobilité résidentielle. « Nous voulons donner aux acteurs publics notamment aux élus des outils pour mener à bien leurs politiques d’aménagement du territoire, c’est une manière de contribuer au débat en apportant les éléments issus de nos études » avance Pierre Mirabaud, le président de l’Observatoire.

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