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Crise des gilets jaunes 29/01/2019

« Le président de la République est attendu au tournant, par les habitants… et par les maires »

par Olivier Schneid
Jean-Louis Marsac, maire de Villiers-Le-Bel © mairie de Villiers-Le-Bel

La commune de Villiers-le-Bel (Val d’Oise) tient mercredi 30 janvier la dernière d’une série de cinq réunions qu’elle organise dans le cadre du Grand débat national. La fiscalité et le pouvoir d’achat sont, jusqu’ici, les sujets les plus fréquemment évoqués, observe le maire, Jean-Louis Marsac (divers gauche). Il regrette que cette consultation motive peu les jeunes et espère qu’elle « ramènera les gens vers le vote ». Pour cela, l’exécutif doit apporter des réponses « concrètes » aux revendications, prévient-il.

Alors que des maires sont réticents à apporter, en organisant des réunions, leur contribution au Grand débat national initié par le gouvernement, pourquoi l’avoir fait dans votre commune ?

Dans l’état dans lequel se trouve le pays, il nous est apparu essentiel de se saisir de cette occasion de débattre, même si la mise en place de ce Grand débat a été chaotique. Et ça marche. Les habitants répondent présents. Je ne voulais pas de grands-messes, annexées par des partis politiques. Ainsi, les élus se tiennent à l’écart et ne prennent pas la parole. La semaine dernière, le député, François Pupponi, et le sénateur, Alain Richard, se sont, tout comme moi, pliés à cette règle.

Les réunions se tiennent sur la base de nos cinq conseils de quartier. Elles sont présidées par un habitant et prennent la forme d’ateliers, autour de tables, avec sept à huit personnes, la lettre aux Français du président Macron au milieu. Les échanges tournent autour des quatre questions qu’elle pose. Chacun réagit en fonction de ses priorités. Chaque table désigne un rapporteur, qui rédige et lit ensuite le compte rendu des débats. 

Quels sont les sujets les plus fréquemment abordés ?

La fiscalité, avec une demande de rétablissement de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et le pouvoir d’achat reviennent régulièrement. La transition écologique est aussi discutée. Cela peut paraître étonnant dans une ville de la banlieue parisienne, mais c’est une thématique sur laquelle on travaille beaucoup. Cela dit, dans une collectivité comme la nôtre, l’une des plus pauvres de France, les sujets de préoccupation fondamentaux pour nos habitants, ça reste le travail et le logement.

Les deux autres thèmes proposés par le chef de l’Etat dans sa lettre aux Français, l’organisation de l’Etat et les services publics d’une part, et la démocratie et la citoyenneté d’autre part, sont-ils abordés ?

Oui, et on entend des gens réclamer une diminution du nombre de députés, les juger trop bien payés, demander à ce que les anciens présidents ne bénéficient plus d’avantages. ll faudra leur expliquer que ce n’est pas ainsi qu’on équilibrera le budget de l’Etat, qu’on baissera la CSG et qu’on augmentera le niveau des retraites. On observe une crise de confiance à l’égard des élus, on sent, dans tous les débats, un fossé se creuser entre eux et les citoyens. Les maires sont moins touchés, sans doute car ils sont ceux que les habitants viennent voir en cas de souci. Mais nous ne sommes pas épargnés non plus.

Pouvez-vous établir un profil-type du participant ?

Quatre-vingts à 90% des participants sont des habitants qui assistent habituellement ou au moins ponctuellement aux conseils de quartier. On a vu quelques personnes extérieures à Villiers-le-Bel. Il y a beaucoup de retraités. Et pas de jeunes. Cela ne me surprend pas, car ce n’est pas leur mode d’intervention – quand ils veulent discuter d’un sujet, je les rencontre en direct. Mais cela me déçoit. Deux des garants du Grand débat, Guy Canivet et Nadia Bellaoui, présents le 21 janvier aux Carreaux, m’ont dit partager cette préoccupation. Cette tranche de la population doit être associée : elle doit donner son avis, en particulier sur la question de la transition écologique – l’avenir de la planète, c’est le sien – et sur sa place, la manière dont elle est représentée, dans la société.

Quel traitement allez-vous réserver aux comptes rendus de vos cinq réunions ?

J’enverrai le tout, en l’état, au préfet. Je ne ferai pas de synthèse. Nous souhaitons rester neutres. Quand nous avons lancé ce dispositif, nous n’avions aucune consigne, et la plateforme granddebat.fr n’existait pas. La grande question est d’ailleurs de savoir comment les débats organisés partout en France vont être traités au niveau national. Nombre de personnes sont intervenues pour dire qu’elles espéraient que leur parole serait entendue et écoutée, qu’il y aurait des suites. Il y a, de leur part, une vraie attente. Autrement formulé, le président de la République est attendu au tournant. Par les habitants… et par les maires aussi. 

C’est-à-dire ?

Les élus locaux ont le sentiment que l’exécutif actuel ne leur laisse pas de place, qu’eux aussi ne sont pas entendus, pas écoutés. On l’a vu l’an dernier avec le débat sur les banlieues, alors que beaucoup de maires s’étaient mobilisés, en vain. Le président de la République ne s’est pas déplacé au Congrès des maires 2018. Ce sont là de mauvais signaux. Aujourd’hui, il va à la rencontre des maires, il se montre à l’aise quand il débat avec eux, mais comment tout cela va-t-il être pris en compte ? D’un côté, il est très ouvert dans ses prises de parole ; de l’autre, il dit qu’il ne déviera pas de son cap. Or, compte tenu de la situation du pays, il faut que des réponses soient apportées.

Vous avez indiqué votre intention de vous inspirer d’idées émises pendant ces réunions pour votre programme des municipales de 2020…

Mon opposition municipale n’a pas supporté que je prononce cette phrase. Mais, être à l’écoute des habitants, c’est ce que font les maires quotidiennement. C’est aussi tout l’intérêt des conseils de quartier : que les administrés fassent des suggestions, sur tel ou tel aménagement, pour régler tel ou tel problème. Si leurs idées sont meilleures que les nôtres, pourquoi s’en priver ?

En 2014, vous aviez regretté le taux d’abstention et souhaité que vos administrés « aient à nouveau envie de prendre le chemin des bureaux de vote, quelle que soit la couleur de leur bulletin »…

J’ai, chaque matin, en me levant, conscience d’être un maire mal élu, avec un taux de participation de 39% au second tour. Vous pensez forcément à cela dans l’exercice de votre mandat – Emmanuel Macron a d’ailleurs eu tort de ne pas prendre en considération les conditions de son élection. C’est la raison pour laquelle, depuis le début de mon mandat, on a régulièrement sollicité l’avis des habitants, par exemple, sur nos opérations de rénovation. Et c’est aussi ce qui nous a conduit à très vite lancer le Grand débat localement. J’espère que ces débats ramèneront les gens vers le vote. Mais, pour cela, il leur faut voir des revendications qu’ils portent déboucher sur du concret, que cela sert à quelque chose de s’exprimer. Le gouvernement doit leur faire un retour. Sinon, ça va mal se passer.

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