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Fractures territoriales 24/01/2019

Grand débat : France Urbaine met en garde contre la mélodie ruraliste du moment

par Hugo Soutra
Olivier Dussopt, Jacqueline Gourault et Jean-Luc Moudenc le 22 ajnvier 2019

Au cœur de la crise des gilets jaunes, les métropoles ont décidées de s’emparer du « Grand débat national » imaginé par le gouvernement. Pas question de ne laisser la parole qu’à la France rurale. A l’occasion de la cérémonie de vœux de France Urbaine, mercredi 23 janvier, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a insisté sur les difficultés rencontrées par les Français des grandes villes et réclamé le nécessaire soutien de l’Etat.

Depuis deux mois, samedi après samedi, les métropoles et leurs principales places ou artères sont le théâtre de manifestations plus ou moins intenses, plus ou moins violentes aussi. Sans surprise, à l’heure de présenter les vœux de l’association France Urbaine pour l’année 2019, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a logiquement plaidé en faveur du Grand débat. « Cette crise fragilise les petits commerces et menace des dizaines de milliers d’emploi. Face aux ravages économiques, nous devons assumer nos responsabilités de maires et faciliter le dialogue. Il ne nous appartient pas forcément de les organiser – dans un souci d’ouverture et de neutralité des discussions, d’autant plus à quatorze mois des municipales –, mais nous serons acteurs et même contributeurs des débats » a clarifié le président de Toulouse Métropole, également à la tête de France Urbaine.

Se revendiquant « trop républicain pour prendre les accents de l’Ancien régime et mettre en place des cahiers de doléance », Jean-Luc Moudenc se félicite d’avoir mis en place récemment, à la place, des cahiers d’expression citoyenne. Et appelle ses homologues des grandes villes à faire de même. « Il est normal, légitime et utile que le président de la République écoute les maires ruraux. Nous devrions nous aussi tendre l’oreille sur ce qu’ils racontent » explique-t-il. Offensif, le maire et président de Toulouse Métropole conseille alors aux membres du gouvernement de relativiser ce qu’ils ont pu entendre à Grand-Bourgtheroulde ou Souillac : « en France, 99% des élus représentent la ruralité mais les trois quart des Français vivent en villes. La majorité de ces citoyens font face à diverses problématiques, au quotidien, qui ne sont pas moins légitimes que celles des ruraux » met-il en garde.

Des fractures territoriales dans le rural… et l’urbain

Au nom des différents présidents de métropoles et de communautés urbaines réunis sous la bannière de cette association d’élus, Jean-Luc Moudenc s’est ensuite attaqué à la caricature en vogue opposant les grandes villes au reste du pays. « Nous serions soi-disant les gagnants de la mondialisation heureuse dans une France rurale en souffrance » témoigne-t-il, en référence aux propos de maires ruraux accusant les métropoles d’être responsables du dépeuplement voire de la désertification de certains territoires. « Malgré notre dynamisme économique, bien réel, dois-je rappeler toutes les difficultés que les métropoles cumulent elles aussi : mal-logement, désertification médicale, sécurité, délinquance, pauvreté, fondamentalisme religieux, intégration, afflux de réfugiés ? Gardons-nous bien d’une vision binaire, je vous prie. » C’est ce que fit la ministre de la Cohésion des territoires, dépêchée par le gouvernement pour cette cérémonie de vœux. « La métropolisation et l’urbanité sont des réalités, planétaire et française. Il faut que les choses soient claires. Les grandes villes jouent un rôle fondamental pour notre pays. Ce sont des moteurs économiques » les rassura immédiatement Jacqueline Gourault, chantre pour sa part d’une « alliance des territoires. »

Cela tombe bien : depuis plusieurs mois pour ne pas dire quelques années, France Urbaine ne cesse de répéter ne pas chercher à défendre le pré carré des métropoles, de façon stérile et égoïste, mais bien à renforcer les relations avec leurs hinterlands. A défaut d’actes donnant des résultats concrets, ce discours égalitariste ne varie pas d’un iota d’une année sur l’autre : « les fractures territoriales ne sont pas acceptables d’un point de vue républicain. Or, les mécanismes de péréquation actuels entre collectivités n’ont pas empêché la création de ces fractures ni leur aggravation progressive. Les métropoles prennent leurs responsabilités et souhaitent travailler avec leurs voisins périurbains ou ruraux, pour inventer de nouvelles formes de solidarité » promet de nouveau Jean-Luc Moudenc. Encore faut-il donner des marges de manœuvres aux acteurs locaux, laisse-t-il sournoisement entendre… « Même les préfets et sous-préfets disposent de moyens limités face à la concentration des pouvoirs à Paris, aux mains des administrations centrales. »

Plus de visibilité financière… et du respect

Un tel chantier implique également d’avoir de la visibilité sur le plan financier. C’est pourquoi le  patron de Toulouse Métropole et de France Urbaine a réclamé une clarification rapide du paysage fiscal local : « nous avons besoin de stabilisation à l’orée des municipales 2020. Le gouvernement aurait, par exemple, intérêt à nous octroyer une part de la Contribution Climat-Energie afin de nous aider à concrétiser les projets locaux qui mettront la France sur le chemin de la transition écologique. » Listant les prochains rendez-vous de travail que les élus métropolitains auront dans les semaines et mois à venir avec le gouvernement, qu’il s’agisse de mobilités, d’éducation ou de logement, Jean-Luc Moudenc haussa de nouveau le ton. « Certains, au cœur de l’Etat central, nous considèrent encore comme de mauvais gestionnaires ; soi-disant, nous dépenserions les sous des Français de manière irresponsable. Nous refusons de recevoir de nouvelles injonctions de ce type » avertit le président de Toulouse Métropole. Message entendu, du moins par Jacqueline Gourault. « Les grandes collectivités ayant accepté la contractualisation financière ont prouvé aux hauts-fonctionnaires qu’elles savaient correctement gérer leurs budgets, puisque la plupart ont limité leurs dépenses à moins d’1,2% en 2018 » se félicite la ministre de la Cohésion des territoires.

Continuant sa stratégie des petits pas devant lui permettre de se réconcilier avec les collectivités locales et les élus, le gouvernement a en outre confirmé être prêt à « revenir sur certaines dispositions de la loi NOTRe et aménager ce qui ne fonctionne pas. Pour autant, il n’a jamais été question pour le président de la République de programmer une grande réforme territoriale ! » a tenu à préciser Jacqueline Gourault. Au programme, donc, une réforme de la gouvernance des intercommunalités pour mieux associer les maires des petites communes, et l’instauration de mécanismes afin de développer davantage de solidarité financière au sein des EPCI. Mais, en ce qui concerne le transfert de nouvelles compétences comme l’emploi aux régions par exemple, il faudra encore patienter. Ou plutôt, négocier dur. « A tous ceux qui voudraient renvoyer l’Etat à un rôle uniquement régalien, je me rappelle qu’il nous revient tout de même d’assurer l’équité entre tous les territoires mais aussi tous les citoyens. »

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