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Edito 08/01/2019

RIC-à-brac démocratique

par Aurélien Hélias
Le référendum d'initiative citoyenne ("RIC") réclamé par une partie des gilets jaunes © Cap vid BFMTV

Du référendum d'initiative citoyenne ("RIC") aux mandats impératifs et autres référendums révocatoires visant les élus, il n'y a qu'un pas que franchissent allègrement nombre de gilets jaunes. De quoi s'interroger sur la démocratie directe rêvée par les manifestants. Elus de terrain, les maires pourraient avoir un rôle - difficile - à jouer pour réconcilier démocratie représentative et participative.

C’est opportunément devenu un cri de ralliement, comme le ras-le-bol fiscal l’avait été aux origines du mouvement : le RIC ! Mais l’appel des gilets jaunes en faveur d’un référendum d’initiative citoyenne jette le trouble. Jugeant, à raison, que l’actuel référendum d’initiative partagée s’apparente à un cadeau de Noël défectueux (trop de signatures d’électeurs et de parlementaires à réunir pour provoquer l’examen d’une proposition de loi), les manifestants de décembre voudraient basculer dans une démocratie hystérisée, faite de référendums incessants, dont certains serviraient mêmes à révoquer nos élus !

Principe de réalité. En tout état de cause, la démocratie directe et les mandats impératifs revendiqués par les gilets jaunes se heurteraient vite au principe de réalité : d’une part, un corps électoral dont le volume n’a plus grand-chose à voir avec l’Agora grecque, à moins de fonder autant de petites Républiques qu’il existe de ronds-points. En outre, leurs doléances sont si hétérogènes et contradictoires qu’elles se retrouveraient vite dans une impasse.
Pour autant, la demande pressante d’une démocratie offrant davantage de pouvoir d’agir aux citoyens ne peut être ignorée : le droit d’exprimer régulièrement leurs attentes et de participer au débat politique est légitime. Sauf qu’en la matière, démocratie représentative et démocratie directe partagent les mêmes maux. Ce sont les catégories socioprofessionnelles supérieures, urbaines, au capital culturel élevé et maîtrisant le fonctionnement des institutions, qui s’emparent les premières de la démocratie participative alors qu’elles dominent déjà la classique démocratie représentative.

Mandat et débat. Face à ce « mal originel », les maires ont certainement un rôle à jouer, ce dont l’exécutif s’est subitement rappelé. Car ils disposent d’un mandat représentatif confié par leurs administrés et, « en même temps », officient à une échelle suffisamment proche pour les écouter et les accompagner entre deux rendez-vous électoraux. C’est une mission en forme de défi que les élus de terrain vont devoir relever. L’organisation du grand débat territorialisé leur en offre l’occasion : ils auront à proposer des dispositifs de participation sans en dicter l’ordre du jour ni le calendrier. Certains appellent cela une « patate chaude ». D’autres, plus optimistes, y verront la possibilité de retisser le lien avec les politiques, édiles compris. L’occasion, aussi, de revivifier la démocratie locale.

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