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Villes intelligentes 11/12/2018

« L’innovation, une chance pour relancer les villes médianes »

par Aurélien Hélias
Denis Thuriot, maire (LREM) de Nevers et président de Nvers agglomération © Christophe Masson/ Nevers agglo

A la veille des Rendez-vous de l'intelligence locale que Villes de France consacre le 12 décembre à la smart city, le maire (sans étiquette) de Nevers, Denis Thuriot, explique pourquoi sa ville a misé sur l'innovation et les services numériques, y voyant un important levier de développement pour les villes moyennes et les agglomérations non-métropolitaines.

Vous avez organisé en novembre un « Sommet international de l’innovation en villes médianes » (Siivim) et vous participez demain à la journée « smart-city » de Villes de France ; pourquoi les villes moyennes seraient particulièrement un creuset de l’innovation ?

C’est un travail global que nous menons à Nevers, comme le font de plus grandes villes, à l’image de Dijon. Nous jouons la carte de l’innovation en accueillant des démonstrateurs, des équipements de la ville de demain et une sélection de start-ups au service du quotidien des habitants. L’assistance à maîtrise d’ouvrage du démonstrateur smart city a été confiée à une start-up, AF83, pour en assurer la transversalité. Le Siivim a accueilli 1 500 élus et près de 1 200 personnes pour la partie grand public. Cette innovation dans nos territoires, c’est une chance à saisir pour relancer les villes médianes.

Comment emportez-vous l’adhésion de la population dans ces projets high-tech mais qui peuvent apparaître déconnectés du quotidien ?

Si le concept n’est pas évident, il faut montrer que le projet peut avoir des implications concrètes, comme celui d’équiper toutes les écoles d’ici le 31 décembre en tablettes numériques avec, et c’est important, la formation parallèle le des professeurs à leur utilisation. Plutôt que de parler de smart-city, j’évoque une ville intelligente ou une ville de services aux habitants. Un exemple : Le théâtre du début XIXé siècle, que nous avons rénové en l’équipant pour la captation et de la fibre, permettant des retransmissions de spectacles pour les personnes en perte d’autonomie ou âgées.

Le projet global du Siivim a donné lieu à la naissance de quinze entreprises, créant 60 emplois, souvent locaux. Le charolais, la voiture, le bois : c’était bien, mais cela ne suffit plus pour le développement. Il faut désormais miser sur l’innovation. Et celle-ci ne doit pas être le fait de spécialistes, des nantis, mais toujours avoir un aspect inclusif, au bénéficie des plus démunis. C’est pourquoi le CCAS a pris une personne ne service civique pour former les gens à ces technologies.

Cela passe-t-il aussi par la dynamisation de son réseau universitaire alors que l’association des villes moyennes, Villes de France, en fait une cause régulière ?

Nevers possède le 5ème pole de formation de l’université Franche-Comté-Bourgogne, et nous souhaitons y développer plusieurs filières, notamment avec le privé. Nous avons pour objectif de passer de 2 660 étudiants aujourd’hui à plus de 3 000. Nous souhaiterions une antenne de l’IUT à Nevers dédiée au génie thermique. Avec le label Grande école numérique, nous voulons aussi développer des formations en visant des métiers qui n’existent pas encore aujourd’hui.

Innovation et smart city sont-ils aussi un moyen de lutter contre la dévitalisation du centre-ville et son recul démographique ?

Il est vrai que la ville a souffert démographiquement : 46 000 habitants il y a 25 ans contre 35 000 aujourd’hui. Et 35 % des habitants du centre-ville ont plus de 65 ans : il y a un enjeu certain de rajeunissement. Pour ce faire, nous avons pris exemple sur la politique de « new-deal » qu’avait menée l’Auvergne au niveau régional, avec une campagne intitulée « Win » – pour Welcome in Nevers – en partenariat avec l’agglo et qui vise à rendre le territoire attractif via des conditions d’accueil sur mesure, une préoccupation portée également sur l’emploi du conjoint et une accompagnement dans l’installation.

Travaillez-vous avec la région et le département ?

Avec la région, oui, même si Nevers est tiraillée entre deux pôles : Dijon d’un côté et l’Ile de France de l’autre. Mais ça ne me dérange pas d’être considérée comme partie prenante du Grand Paris ! La région nous aide via plusieurs co-financements : programme Win, le futur data center, la rénovation des équipements culturels, la ligne de chemin de fer Nevers-Dijon… Car nous n’avons pas de ligne TGV, ni d’autoroute traversante.

L’Etat reste-t-il un partenaire dans ce projet ou est-il trop désargenté ?

La ville s’est fait « rincer » les trois premières années du mandat avec les coupes de dotations. J’ai demandé des économies aux services, on les a faites et j’ai dénoncé des coupes à l’aveuglette. Les territoires fragiles ont dû porter une part disproportionnée de l’effort. D’où l’aspect positif du Plan Action cœur de ville, qui a d’autant plus constitué un accélérateur de projet que le Plan rejoignait une bonne partie de mon programme des municipales en 2013. Enfin on s’intéresse aux territoires abandonnés ! Nous sommes un trait d’union entre les campagnes set les métropoles et représentons 25% des habitants. L’Etat, par ses intermédiaires, nous accompagne.

Beaucoup d’acteurs et de technologies privés étaient présentés au Siivim… mais comment éviter la privatisation de la ville et de ses données ?

Nous sommes très sollicités, mais nous accueillons avec enthousiasme ces grands projets, comme le premier arbre photovoltaïque qui permet de fournir gratuitement des services aux citoyens – wifi, qualité air, différents applications – via l’énergie solaire. Les grands comptes nous accompagnent et nous prenons cela comme un signe de confiance. Et cela ne nous empêche pas d’être au pilotage du projet, d’imposer un cahier des charges, une organisation, un ordonnancement. Je suis très décomplexé par rapport à ce type de question : pour chaque projet, il suffit d’être clair : que le meilleur gagne à chaque appel d’offre et le gagnant répondra à un projet porté par la ville et l’agglo de Nevers. Si les collectivités veulent continuer à se développer, cela passera obligatoirement par des partenariats public – privé. Je souhaite d’ailleurs transformer le syndicat mixte d’aménagement en Sem pour faire venir des capitaux privés. Mais là encore, cela n’empêche pas la gouvernance de rester publique.

Quid des financements de ces projets innovation et numérique ?

J’ai au sein des services une personne ressource totalement dédiée à la recherche de fonds privés et de fonds européens : son embauche avait déjà été amortie en moins de six mois ! 10 % de la rénovation du théâtre a été réalisée via le crowdfunding. Tout réside dans la maîtrise des différentes sources de financement et dans leurs proportions.

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