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Accès au numérique 22/11/2018

THD, 4G : derrière le déploiement des réseaux, l’enjeu de l’inclusion sociale reste entier

par Hugo Soutra
service public numerique © Ville de Massy

La couverture numérique et mobile pour tous les Français, c’est bien, l’inclusion de tous, ce serait encore mieux. Le désarroi des élus face aux retards dans le déploiement des réseaux ne doit pas faire oublier celui des Français face à la dématérialisation de l'Etat. Plus que jamais, gouvernement et élus locaux et départementaux doivent oeuvrer ensemble pour favoriser l'accès au numérique.

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Il ne s’agit pas à foncièrement parler de déni. Lors de l’atelier « Numérique » du 101ème Congrès des maires, les élus – essentiellement ruraux ou d’outre-mer – ont de nouveau eu l’occasion de s’exprimer sur les zones blanches. Du Cantal à la Guyane en passant par le Maine-et-Loire ou les Pyrénées-Orientales, tous ont pu faire part de « progrès » en termes de couverture mais de « dysfonctionnements persistants » ou de « coupures régulières. » Ce à quoi l’un des ministres de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités, dépêché pour l’occasion depuis le Salon des maires, Julien Denormandie, a répondu : « c’est inacceptable. Vous avez mille fois raisons. Nous n’avons pas pu aller aussi vite que nous aurions souhaité. Nous devons aller plus loin. »

Derrière les infrastructures… l’illectronisme

Car tout n’est pas une histoire de réseaux, qu’il s’agisse du Très Haut Débit (THD) ou du mobile (4G). Loin de là. « Lutter contre les zones blanches et installer des poteaux ne sert à rien si nos citoyens ne savent pas utiliser les services et applications qu’ils permettent. Il suffit de voir combien de nos administrés viennent en mairie à l’heure de remplir leurs déclarations d’impôts pour se convaincre qu’il s’agit d’un véritable enjeu pour les élus que nous sommes. Au moins un tiers des Français ne sont pas très à l’aise avec le numérique » rapporte le maire du Havre, Luc Lemonnier. Et ce dans le monde rural… comme dans l’urbain. « Je mets mes homologues en garde : ce que nous pensions être la solution pour la modernisation des services publics provoque une fracture numérique qui pourrait déboucher sur une fracture sociale si nous ne parvenons pas à la résoudre » alerte celui qui est aussi président de la commission Numérique de l’Association des maires de France (AMF).

Contrairement à certaines idées reçues, la fracture n’est pas plus territoriale que générationnelle. « A l’heure de la dématérialisation et de la e-administration, la plupart des personnes âgées acceptent de suivre les cours d’informatiques que la mairie ou des associations locales leur proposent. C’est moins le cas des jeunes, qui savent peut-être se servir de Facebook mais n’en ont pas moins des difficultés pour faire valoir ou mettre à jour leurs droits et remplir des documents administratifs » décrit Hélène Lacroix, première édile d’Ayen (Corrèze). Deux animatrices de sa Maison de services au public (MSAP) ont été embauchées pour y remédier et accompagner la population locale. Dans son département, d’autres élus locaux comme départementaux misent plutôt sur les réseaux de lecture publique ou mobilisent les Centres communaux d’action sociale (CCAS) dans le même souci de réduire l’illectronisme. Et l’Etat dans tout ça ?

Etat ou collectivités : qui doit payer ?

S’il s’est enfin décidé à mettre la pression sur les opérateurs chargés du déploiement des réseaux Internet et 4G, où en est le gouvernement sur cet enjeu nouveau de l’accès au numérique ? L’Etat accompagnera-t-il les accompagnants ? « Je ne parle jamais de notre objectif de 100% de services publics en ligne sans parler des 20% qui ont décroché et des presque 50% qui ne sont pas en totale maîtrise » se défend le secrétaire d’Etat au numérique, Mounir Mahjoubi. Tout en soutenant la digitalisation des différentes administrations de l’Etat, il promet par exemple une simplification de leurs sites respectifs. Et annonce une formation des agents d’accueil de l’Etat (Pôle Emploi, CAF, DGFIP) pour qu’ils apprennent à orienter le public en difficulté vers les services ou associations locales compétentes. « L’accompagnement à la fibre et à toutes les technologies est nécessaire pour d’évidentes ambitions sociales, mais aussi de façon très pragmatique, sinon, nous risquons de créer des résistances extrêmement légitimes contre le numérique et le progrès » expose-t-il.

Pour autant, la question du financement de l’écosystème « médiation numérique » reste entier. Si Mounir Mahjoubi semble ouvrir la porte à une formation d’agents d’accueil municipaux, le fonctionnement des services d’accompagnement échoient bel et bien aux collectivités territoriales. « Les conseils départementaux pourraient financer dix ou vingt nouveaux lieux de médiation numérique, qu’ils mettraient à disposition des associations formant les personnes en situation d’illectronisme ou les accompagnant » illustre le secrétaire d’Etat. L’enjeu de l’inclusion numérique est nouveau, assurément. Mais les modalités d’application et de mise en œuvre afin de pouvoir relever cet enjeu restent encore à définir.

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