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Sécurité locale 22/11/2018

Vers une amélioration du dialogue police-maires ?

par Hugo Soutra
Pauline Martin (Meung-sur-Loire) et Nathalie Koenders (Dijon). © Fabien Calcavecchia

Désabusés par l’habituelle langue de bois des directeurs nationaux comme locaux des forces de police, les élus attendent impatiemment la « police de sécurité du quotidien. » Selon l'Intérieur, présent lors du 101ème Congrès des Maires, elle doit être synonyme de dialogue et de co-construction.Reste qu'elle ne fera pas oublier notamment aux élus locaux des enjeux de fond, comme la rationalisation des implantations territoriales de la police et de la gendarmerie nationale.

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Congrès des maires 2018 : l'heure de la réconciliation avec l'Etat ?

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Les représentants des élus d’un côté, face à ceux, réunis en rang d’oignons, de la police et de la gendarmerie : la configuration du traditionnel débat « Sécurité » de ce Congrès des maires ressemblait à s’y méprendre à celle des fameux « Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance » se tenant régulièrement dans les communes et intercommunalités de France. A ceci près qu’il ne s’agissait pas cette fois-ci d’une grand-messe où les uns déroulent leurs austères rapports d’activité, sans capter réellement l’attention des autres déçus de ne pas pouvoir faire remonter leurs problématiques. Cette fois-ci, le dialogue était bien plus équilibré, bien plus dynamique aussi. Sans que les élus – présents en masse – n’en aient profité pour autant pour déstabiliser ni malmener les forces de l’ordre, et ce en dépit du caractère sensible de plusieurs dossiers d’actualité.

En raison du boycott des membres du gouvernement décrété par l’AMF, l’Intérieur avait dépêché deux pontes du ministère pour faire la promotion de la « Police de sécurité du quotidien » (PSQ). Signe de la volonté de sortir de leur tour d’ivoire et de se confronter sincèrement aux maires, signe, aussi, de la cacophonie qui règne autour de la mise en place de cette nouvelle doctrine. « Nous inaugurons une nouvelle manière de faire de la police. La PSQ, c’est une philosophie et une méthode d’action qui doivent être mises en œuvre partout sur le territoire national, au-delà des quartiers de reconquête républicaine » a commencé par vanter le directeur central de la sécurité publique, Pascal Lalle. Difficile de se départir de la langue de bois, les vieilles habitudes restant profondément ancrées.

Les élus responsabilisés par la PSQ

Ce patron de la police nationale récita donc le discours officiel – « plus de disponibilité », « plus de visibilité sur la voie publique », « volonté de faire du sur-mesure » –, discours répété depuis un an par les ministres de l’Intérieur… sans se montrer réellement plus précis qu’à l’accoutumée sur les moyens à sa disposition pour accomplir ces objectifs. « Le management ne sera plus centralisé, mais déconcentré. Les chefs de police territoriaux devront élaborer des stratégies locales de sécurité, avec les maires, les transporteurs, les bailleurs sociaux ou encore l’Education nationale. Les élus ont un rôle d’autant plus important à jouer qu’ils animeront avec nous les réunions de compte-rendus aux citoyens.»

« La grande majorité des élus ont salué le principe de co-construire les politiques de sécurité avec les « capteurs de terrain » que nous sommes » réagit positivement Nathalie Koenders, première adjointe au maire de Dijon, chargée de la tranquillité publique. Une bienveillance à priori partagée par les différents membres de la commission Prévention et Sécurité de l’AMF : « les élus et les policiers municipaux ont la connaissance des lieux et des hommes, tandis que les forces de sécurité nationales disposent des outils pour lutter contre la délinquance et faire diminuer le sentiment de sécurité » se félicite à son tour la maire de Meung-sur-Loire, Pauline Martin.

La sécurité, c’est le maire… aux yeux des habitants

Sauf qu’entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Un monde que les élus connaissent bien. « Le problème, enchaîna-t-elle, c’est que les maires sont à portée d’engueulades et que ce sont eux qui prennent les coups de la part des citoyens. Nos habitants ne connaissent pas bien les différentes compétences et qui fait quoi entre polices municipale et nationale. » C’est alors que le major général de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, lui expose comment l’armée compte-t-elle déployer à son tour cette nouvelle doctrine : « nous comptons prioriser nos actions pour être davantage en contact et en proximité, en premier lieu avec les représentants élus que vous êtes, mais aussi avec les habitants. Nous allons nous concentrer sur la prévention de la commission de crimes et délits, grâce aux nouvelles technologies nous permettant d’optimiser notre présence sur le terrain. Avant l’interpellation des auteurs… »

Mais alors, qui s’en chargera ? « Concrètement, à Dijon, nous avons créé une police municipale, nous l’avons renforcé, nous les avons armés de moyens de défense, puis élargi leur amplitude horaire. Mais la réforme de police de sécurité du quotidien ne prévoit pas le même effort de la part de l’Etat. Même si j’entends bien que la réussite de la PSQ ne passe pas uniquement par le biais des effectifs, je m’inquiète en me remémorant les nuits où le Directeur départemental de la police (DDSP) se désengageait déjà de certaines missions (rodéos, occupation de halls d’immeubles) pour manque de personnels. Ne municipalisez pas l’ordre public. La sécurité doit rester du registre du pouvoir régalien » s’inquiète Nathalie Koenders. « La police de sécurité du quotidien ne se fera pas d’un claquement de doigt » tenta de se défendre Pascal Lalle.

La police de proximité, partout, vraiment ?

Reste que sa promesse initiale de renouveler les façons de faire régner l’ordre du public, partout, vient de prendre du plomb dans l’aile. C’est à ce moment que Pierrette Daffix-Ray profita d’une séance de questions à l’assistance pour se faire l’ambassadrice d’une commune rurale de moins de 1000 habitants, dans son département du Puy-De-Dôme : « la délinquance ne se concentre plus dans l’urbain et se déplace jusque dans nos campagnes, mais nos services publics ferment les uns après les autres. Est-il normal qu’un maire doive mettre sa démission dans la balance et être soutenue par une importante mobilisation de la société civile pour que la gendarmerie nationale revienne sur son funeste projet de fermeture d’une brigade ? »

« Nous avons renoncé à dissoudre cette brigade en raison d’une mauvaise communication, sur la forme. Par contre, le projet reviendra car il était pertinent, sur le fond » la coupe Christian Rodriguez, patron de la gendarmerie. « Notre rôle est-il de prévenir et lutter contre la délinquance ou bien avons-nous une mission d’aménagement du territoire ? Nous devons faire vivre le maillage et réfléchir à l’échelle des bassins de vie et de délinquance. Des patrouilles ne peuvent pas stationner de manière statique dans des endroits où il ne se passe rien, mais des réservistes peuvent être mobilisables en cas de petits cambriolages» illustre-t-il.

Une réflexion qui vaut pour la gendarmerie et les territoires ruraux… comme le monde urbain et la police nationale. « Le maillage territorial doit être adapté aux nouvelles réalités de la délinquance. Les auteurs d’incivilités ou de délits n’ont que faire des limites communales. Il faut s’affranchir des barrières administratives qui limitent notre capacité à agir et raisonner à l’échelle du bassin de vie » appuie Pascal Lalle, directeur central de la sécurité publique au ministère de l’Intérieur. Preuve que la reprise du dialogue n’empêche pas… le dialogue de sourds.

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