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Développement territorial 20/09/2018

« Le tiers-lieu doit naître de la volonté de faire émerger une communauté de projet »

par Aurélien Hélias
Patrick Levy Waitz (à droite) remet son rapport sur les tiers-lieux et le co-working à Julien Denormandie le 19 septembre à Montreuil © CGET

Comment la multiplication des espaces de co-working et autres tiers-lieux peuvent doper le développement local ? C’est tout l’objet de la mission confiée début février par le ministère de la Cohésion des territoires à Patrick Levy-Waitz, président de la fondation Travailler autrement, qui a remis son rapport à Julien Denormandie ce 19 septembre. Le Courrier des maires l'avait rencontré courant juin. Extraits.

 

Courrier des maires : quel potentiel de développement local portent en eux les espaces de co-working ?

Patrick Levy-Waitz : Si trois quarts de ces espaces sont à Paris et dans les grandes métropoles, on ouvre au moins autant de lieux nouveaux dans les autres territoires pour retisser du lien collectif. Avec le numérique, le travail est au bout de la ligne. Les tiers-lieux sont des lieux divers, hybrides et qui questionnent l’intérêt général. C’est toute l’ironie autour du terme : bien avant d’être un lieu physique, une question immobilière, le tiers-lieu doit naître de la volonté de faire émerger un projet. Les types d’activité y sont variés. On y voit même des maisons de santé. Il faut décloisonner ces activités.

Comment rapatrier dans les territoires périphériques et ruraux l’activité des métropoles ?

Selon l’Insee, 40 % des Franciliens voudraient sortir de l’agglomération, tant ils passent de temps dans les transports… Tous les territoires vont-ils pouvoir en bénéficier ? Je n’en suis pas certain. Mais les flux économiques, sociaux, environnementaux, humains sont tels qu’on peut imaginer le déplacement d’activités aujourd’hui métropolitaines. Pour cela, il faut récréer les conditions de l’activité et produire l’hybridation communautaire : une appropriation par les acteurs d’un projet de développement. La mutualisation est possible : le succès est là ou deux petites communes se mettent d’accord pour que l’une abrite un fab lab et l’autre un café associatif.

Comment doit être envisagée la gouvernance de ces lieux ?

Ce qui fait la force de ces tiers-lieux, c’est la communauté d’usagers. A Saint-Omer, l’association est animée par un entrepreneur. Il faut toujours un chef de projet, que celui-ci soit un associatif, un chef d’entreprise, un start-upper : quelqu’un avec l’esprit entrepreneurial. Le sujet de la gouvernance est majeur. Il n’y a pas un seul mode de gouvernance idoine, mais un modèle monte dans la société : la SCIC, avec acteurs publics et privés dans une gouvernance partagée. La collaboration progresse, on le voit quand on prend l’exemple de l’intercommunalité.

Quel rôle doivent jouer les élus locaux pour appuyer cette mutation économique ?

Jusqu’à maintenant, la question qui se posait à eux était celle des infrastructures à créer. Il leur faut désormais basculer dans une logique d’accompagnement, en facilitant la naissance de communautés de projet. Mais attention, cela demande beaucoup d’écoute des porteurs de projet et de capacité à les faire échanger entre eux. C’est le paradoxe : dans une société de plus en plus « liquide », il faut réussir à réunir les gens, notamment dans ces tiers-lieux. L’élu est là pour faciliter, structurer, accompagner, apporter un support. Mais il doit aussi savoir passer la main aux citoyens qui s’engagent pour le développement du territoire.

Les six propositions du rapport « Coworking : Territoires, Travail, Numérique. Faire ensemble pour mieux vivre ensemble » :

  • Créer une structure nationale des tiers lieux, porteuse des actions de soutien ;
  • Appuyer l’émergence de 300 fabriques des territoires ;
  • Adosser le mouvement à un fonds d’amorçage qui pourra être abondé par des fonds privés pour lancer le dispositif d’accélération ;
  • Professionnaliser le métier d’animateur des tiers lieux ;
  • Créer un fonds d’investissement socialement responsable (ISR) de 50 millions d’euros pour aider à la reconversion d’espaces en tiers lieux ;
  • Favoriser la coordination public-privé en encourageant la mise à disposition de locaux par les collectivités et en formant les agents publics aux Tiers lieux.  

Chiffres Clés

110 millions d’euros sur trois ans seront dédiés par l'Etat, à partir de 209, à l'appui à la création de 300 "Fabriques des territoires", ainsi répartis :

  • un fonds d’amorçage annuel de 20 millions d’euros par an, "pour permettre aux porteurs de projets de trouver le bon modèle économique" ;
  •  un fonds de dotation et un fonds d’investissement dans les sociétés qui portent les tiers lieux, à hauteur de 50 millions d’euros.

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