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Politique de la ville 12/07/2018

L’Apels repense la politique locale sportive en lien avec l’insertion

par David Picot
A Roubaix, Parkour 59 propose un nouveau mode de déplacement par la voie la plus directe, toutes disciplines sportives confondues: saut, escalade, etc. © E. Offermans

L'Agence pour l'éducation par le sport (Apels) sera l'une des premières associations à bénéficier de l'enveloppe de 15 millions d'euros promise par le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, aux associations œuvrant pour l'insertion dans les quartiers Politique de la ville. D'ores-et-déjà, plusieurs collectivités travaillent en collaboration étroite avec l'Apels. Comment travailler avec l'agence.

[Article initialement publié dans le Courrier des maires n°309 de févrir 2017]

«Aujourd’hui, les politiques publiques sportives sont trop peu ambitieuses. Elles doivent s’ouvrir davantage sur les besoins des jeunes, comme l’éducation, l’insertion, la réussite scolaire. » Ces dix dernières années, Jean-Philippe Acensi, délégué général de l’Agence pour l’éducation par le sport (Apels), a convaincu une quarantaine de collectivités de s’engager sur ce terrain. Un travail qui nécessite des « changements structurels au sein des services des sports, tant ils sont tournés vers le système fédéral et donc préoccupés surtout par le versement des subventions aux clubs, la gestion des équipements et l’événementiel », déplore-t-il.

Pour quels besoins ?

Longtemps, l’Apels a accompagné les villes sur un projet spécifique, désormais elle propose des plateformes d’éducation par le sport. Objectif : repenser la politique sportive et asseoir autour d’une même table les acteurs concernés, au nombre desquels les collectivités, les associations, mais aussi les écoles, les entreprises et les services sociaux.

A la base, « il existe une volonté à la fois de travailler différemment au niveau du sport et d’explorer de nouvelles pistes pour insérer les jeunes en difficulté », explique Guillaume Duchateau, à la tête du département Jeunesse et Sport de la mairie de Calais (Pas-de-Calais). « L’enjeu est de se servir du sport pour remobiliser par exemple des adolescents qui restent au pied des immeubles et ne veulent plus entendre parler d’école ou de formations. » Et Jean-Philippe Acensi d’ajouter : « La culture sportive des jeunes est un atout. » Il fait référence aux notions de collectif, d’objectifs communs, d’écoute de l’autre, voire de dépassement de soi. « Autant de qualités dont l’entreprise a besoin. »

A quel prix et pour quel accompagnement ?

Tout commence par la signature d’une convention de partenariat entre la collectivité et l’association. Elle est d’une durée de trois ans pour la mise en place d’une plateforme d’éducation par le sport. Fonction de la taille de la collectivité, le coût annuel varie de 25 000 à 75 000 €. Un chargé de mission de l’Apels est affecté sur chaque dispositif, de sa conception à sa mise en place en collaboration avec les acteurs. Il se rend sur le terrain une à deux fois par mois. Différents experts, dont des universitaires, sont aussi appelés à intervenir. Ce que retient surtout Charly Pêtre, directeur des Sports à la mairie de Voiron (Isère), c’est « la richesse du réseau : l’Apels réunit régulièrement les villes partenaires, ce qui multiplie les possibilités d’échanger avec les autres collectivités. De quoi partager nos expériences et glaner de nouvelles idées ».

Quelle échelle de collectivité compétente ?

Calais, Epinal, Roubaix, Sevran, Voiron… Le terrain d’opération privilégié de l’Apels était jusque- là celui des villes moyennes dont elle pilotait les actions le plus souvent depuis le service des sports. Avec les plateformes qui se mettent en place – une vingtaine de collectivités seront concernées – « l’intercommunalité peut être le bon échelon, avec une ville-centre pour donner l’impulsion », pense Charly Pêtre. « L’agglomération se positionne effectivement de plus en plus, poursuit Jean-Philippe Acensi. C’est plutôt judicieux étant donné qu’elles sont bien souvent dotées d’une compétence emploi et insertion très forte. Le bassin d’entreprises est également élargi. Dans tous les cas, nous nous adaptons aux compétences locales. »

Pour quel résultat ?

A Calais par exemple, plus de 1 200 jeunes ont bénéficié du programme d’insertion par le sport depuis 2010 et une cinquantaine sont actuellement en parcours d’insertion suivis par les acteurs de l’emploi et de la formation. A Sevran, 800 sont accueillis à l’année dans le cadre d’un projet en partenariat avec le club de football. Au-delà des chiffres, Guillaume Duchauteau (Calais) explique que « ces initiatives ont permis de décloisonner des services municipaux (jeunesse, sport, périscolaire…), qui travaillaient parfois sur les mêmes cibles mais ne se côtoyaient pas. Nous avons donc gagné en transversalité ». Et Charly Pêtre de conclure : « L’Apels nous apporte une autre culture. Sur un territoire donné, le sport n’est pas une finalité. Il peut être un outil au service des jeunes d’un quartier, qui donne un rôle central aux éducateurs de terrain. »

« Prendre le chemin de l’innovation sociétale »

Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire)

Dans quel contexte vous êtes-vous tournée vers l’Apels ?

Marie-Claude Jarrot, maire LR de Montceau-Les-Mines

Nous faisons partie de ces villes qui ont décidé de lancer une plateforme d’éducation par le sport en partenariat avec l’Apels. En rencontrant les représentants de cette agence, lors de l’assemblée générale des villes moyennes en juin 2016 à Beauvais (Oise), j’ai tout de suite été intéressée par leur approche des jeunes et du rôle du sport en matière d’insertion. Toute une partie de notre population est éloignée de l’emploi. Et je pense que ces jeunes ne pourront pas y revenir si nous empruntons les voies classiques. C’est aussi le rôle du maire de prendre le chemin de l’innovation sociétale et d’opter pour des projets qui peuvent sembler en décalage par rapport à ce qui se pratique habituellement. Face à ces problèmes d’emplois et d’insertion, nous devons essayer autre chose.

L’enjeu n’est-il pas aussi de redonner du souffle à des acteurs de terrain parfois découragés ?

Absolument. Médiateurs, adultes-relais, animateurs, bénévoles des associations : l’ensemble des ressources humaines de la ville est d’ores et déjà mobilisé ou va l’être prochainement. Nous visons davantage de cohérence au sein des dispositifs en mettant aussi des acteurs comme les établissements scolaires et les entreprises autour de la table. La ville est une bonne échelle. Je connais d’ailleurs toutes les personnes susceptibles de se retrouver dans le dispositif. Mais j’espère aussi en trouver d’autres.

Que visez-vous concrètement à travers ce partenariat ?

Les jeunes en question partent de loin. En premier lieu, ils doivent renouer avec des choses pratiques, comme l’acquisition de postures, l’apprentissage de la règle, du savoir-faire et du savoir-être. Le sport permet tout cela. Il promeut aussi le travail collectif et redonne le goût de l’effort. Nous avons 200 clubs de sport sur la ville. C’est une base solide sur laquelle il convient de s’appuyer davantage. L’objectif n’est pas de remettre ces jeunes dans des dispositifs d’insertion. Non. Nous visons des embauches.

Chiffres Clés

L'Apels, c'est :

  • une association de loi 1901 fondée en 1996 par Jean-Philippe Acensi et Jean-Claude Perrin,
  • 20 salariés,
  • 1,5M € de budget annuel,
  • un  cinquantaine d’experts à disposition des territoires.

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