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Politique de la ville 09/07/2018

Banlieues : « Il faut décloisonner l’éducation et faire émerger de nouvelles méthodes de réussite »

par Emilie Denètre
Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes © Fabien Calcavechia

Comment mieux amener les enfants des quartiers politiques de la ville vers la réussite éducative ? Quels sont les idées nouvelles à développer et les freins à lever ? Pour Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes et vice-présidente de la communauté urbaine « Grand Paris Seine & Oise », il est urgent de décloisonner les visions des professionnels pour les faire penser et travailler ensemble la réussite de ces enfants.

Critiqué fin mai après son discours sur les « banlieues » – qui manquait selon plusieurs élus d’annonces concrètes – le Président de la République a prévu de reprendre la parole sur ce sujet à la mi-juillet. En attendant l’acte 2 de la « Politique de la ville façon Emmanuel Macron », Le Courrier des maires donne la parole à Catherine Arenou, maire (ex-UMP, aujourd’hui sans étiquette) de Chanteloup-les-Vignes et membre de l’association « Villes et Banlieues », qui a participé ces derniers mois à la réflexion portée par Jean-Louis Borloo.

Courrierdesmaires.fr : Quels sont les constats que vous portez sur la réussite scolaire dans les quartiers prioritaires ?

Catherine Arenou : Il y a, dans nos quartiers, une grande concentration de difficultés qui impactent les enfants qui y vivent et ce, alors que ces enfants ne sont pas plus idiots que les autres ! C’est comme un fardeau « naturel » qui éloigne leurs chances de réussite…

Comment peut-on dès lors continuer à proposer le même type d’éducation à un groupe dont 100% des parents sont cadres supérieurs, et à un groupe dont 100% des parents sont en difficulté et dont près de la moitié ne pratique pas la langue française et ne maîtrise pas nos codes éducatifs ?

Que préconisez-vous ?

Il faut obligatoirement « décloisonner » et accepter de décliner une forme nouvelle d’éducation dans ces quartiers. Et cette « forme nouvelle » ne peut pas seulement être un apport financier supplémentaire. Il s’agit vraiment de faire différemment en ayant une vision globale sur le temps long avec des objectifs à atteindre, mais aussi en appliquant des méthodes différentes de réussite.

Le temps de l’éducation ce n’est pas seulement le temps de l’Éducation nationale, c’est aussi le temps de tous les adultes qui entourent les enfants. Cela veut dire qu’il faut aussi accompagner les parents et que tout le système municipal et/ou associatif en périscolaire et extrascolaire doit être associé au mouvement. C’est l’idée d’une « cité éducative » que nous portons à Chanteloup-les-Vignes depuis maintenant deux années.

Quels sont les principaux freins que vous rencontrez dans ce projet ?

Ils sont essentiellement humains. Il y a un cloisonnement de notre société qui fait que chacun reste dans son métier, avec sa vision et sa bonne volonté ! Il y a la peur, chez les enseignants notamment, de décliner différemment ce qui a été appris. Or, nos territoires, parce qu’ils concentrent justement les difficultés, sont pourtant historiquement des lieux d’expérimentations ! Ce sont des espaces où il est nécessaire de se remettre en question, de remettre en question ce qui a été appris et de proposer des méthodes nouvelles voire révolutionnaires. Je pense ainsi que le numérique peut être un outil de transmission des connaissances pour ces gamins-là.

Enfin plus largement, il me semble que nous avons beaucoup travaillé ces dernières années à lutter « contre » l’exclusion scolaire – et c’était une très bonne chose- mais avec une cité éducative, l’idée est de travailler « pour » la réussite des élèves. Il s’agit donc d’identifier les compétences de ces enfants pour faire en sorte que ces enfants acquièrent le socle de connaissances indispensables pour s’insérer dans les filières qu’ils auront choisies. Clairement, cela veut dire changer totalement de logiciel…

Pourquoi est-ce essentiel que l’État s’empare de cette question ?

Car l’État est le garant de l’équité territoriale ! Chaque territoire peut bien développer ce qu’il veut dans son coin, même avec énergie et force, cela restera toujours une solution « micro » !

L’État doit se mettre en position d’encourager et d’abonder les volontés locales pour arriver à un objectif commun partagé. Il doit donc nous accompagner, tout en nous laissant une liberté localo-régionale d’organisation de nos savoir-faire, car on ne répondra pas de la même façon à ce défi du côté de la Réunion que de Lille. Avec l’aide de l’État, il est certain que nous, territoires, réussirions mieux et plus vite… et surtout cela ne se ferait pas au détriment d’autres politiques publiques, car à budget contraint, nous sommes obligés de faire des choix.

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