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Développement économique 05/07/2018

Désindustrialisation : l’entreprise Archer décoche ses flèches

par Hugo Soutra
Verrerie, site industriel en Charente © Flickr-CC-PA.Dorange

Chômeurs, chefs d’entreprises, acteurs associatifs, élus et collectivités locales : dans la Drôme, le groupe Archer mobilise le territoire à 360 degrés afin de faire émerger et soutenir un développement économique le plus durable possible. Comment ? Via un Pôle territorial de coopération économique, dont la finalité est de monter des partenariats publics-privés gagnants-gagnants pour Romans-sur-Isère.

Historiquement spécialisé dans l’insertion, le groupe Archer s’est progressivement réorienté vers le conseil aux entreprises du territoire. Convaincu qu’il est possible de lier entrepreneuriat, performance financière et intérêt collectif, son pédégé Christophe Chevalier livre sa vision du développement économique tourné autour de la coopération public-privé.

Créations de zones d’activités, baisse de la fiscalité locale, aides directes aux entreprises, soutien immobilier et mise à disposition de foncier dépollué : de quels leviers dispose une collectivité ayant subi une importante crise industrielle pour rebondir sur le plan économique ?

Au cours des deux dernières décennies, la majorité des politiques publiques de développement économique a consisté à couler du béton et construire des routes entre ZAC et autoroutes. Aujourd’hui, nous nous apercevons que cela ne créé pas automatiquement de l’activité et de l’emploi, voire que cela n’en créé pas du tout dans certaines zones reculées. Au contraire même, certains territoires ont appris à leurs dépens que cette concurrence visant à se doter du plus d’avantages comparatifs possible provoquait un « nomadisme » des entreprises qui ne bénéficiait, finalement, à personne.

Vous dépeignez un tableau bien sombre du « Dév’éco »…

Les mentalités changent progressivement, rassurez-vous. Bien sûr, aucune collectivité ne fera l’impasse pour que Toyota s’installe sur une de ses zones d’activités, mais de plus en plus d’élus pensent aujourd’hui l’attractivité économique en termes de services et plus seulement d’infrastructures. Conscients que les entreprises devaient favoriser l’épanouissement de leurs salariés pour les fidéliser, ils ne comptent plus seulement sur la proximité des autoroutes et mettent aussi en avant les atouts culturels ou touristiques du territoire. Des collectivités proposent aussi de connecter et mettre les entreprises en relation entre elles ainsi qu’avec les forces vives du territoire, pour favoriser le développement endogène.

Activité que vous avez aussi développée au sein du groupe Archer et du PTCE du Pôle Sud. Pourquoi être passée de l’insertion professionnelle au conseil en développement ?

Nous avons ajouté voilà quelques années ce nouveau métier de « développeur économique local » à notre palette d’activités, sans arrêter pour autant l’accompagnement social. Ce fût un choix très pragmatique, pour tout dire. La mono-industrie autour de l’industrie de la chaussure s’est arrêtée subitement à Romans-sur-Isère, engendrant des taux de chômage impubliables. Dès lors, remobiliser les chômeurs – ce qui était notre cœur de métier – ne suffisait plus.

Quand vous vous définissez comme une entreprise de territoire dont la vocation est d’accompagner des personnes précaires vers le retour à l’emploi mais qu’ils n’en trouvent pas à la sortie tellement il y en a peu qui se créent sur le territoire, vous commencez aussitôt à réfléchir aux débouchés que vous pourriez vous-mêmes proposer. Il était aussi de notre responsabilité de créer de l’emploi et accompagner le maximum d’autres acteurs à créer de l’activité.

Comment-vous y êtes-vous pris ?

La relance de l’activité « Chaussures » à Romans-sur-Isère était encore inespérée voici quelques années. Très vite, nous avons d’ailleurs compris que nous n’y arriverons pas seuls. Il n’y a plus rien à attendre d’un seul acteur qui d’un coup de baguette magique trouverait des réponses là où les autres ont échoué avant lui. Nous sommes tout de même parvenus à pérenniser cette activité en nouant différents partenariats publics et privés, grâce au PTCE ainsi qu’une association de chefs d’entreprise co-créée avec les collectivités locales.

C’est bien l’alliance des différentes parties prenantes – collectivités, entreprises, associations – qui peut permettre de faire fructifier l’économie du territoire. Ce qui vaut pour les entreprises vaut aussi pour les acteurs publics. Si deux territoires voisins en difficulté s’épient sur le plan économique et font du dumping, ils se mettent bien plus en difficulté que s’ils décidaient de s’entraider et partaient ensemble sur des salons, par exemple, pour aller se partager des gros marchés.

Comment réindustrialiser massivement la France ?

Je n’ai pas de recette magique, mais notre « start-up » de territoire a montré qu’il est possible de refaire de la chaussure, de recréer de l’activité industrielle dans une zone en difficulté économique, de faire des circuits-courts de production et de distribution, bref de faire du développement endogène. Pas besoin d’aides directes ou de subventions publiques en masse, pour cela, il suffit de bâtir des réseaux de coopération économique. Le développement durable, ce n’est pas seulement cultiver des légumes, c’est aussi relocaliser des activités économiques !

Chacun doit prendre sa part. Le groupe Archer est historiquement très proche de l’ESS, mais si nous avions décidé de faire un pôle de l’ESS à Romans-sur-Isère, il nous aurait suffit d’une salle de réunion pour réunir 4 ou 5 personnes. Je préfère faire du développement économique durable à travers une association qui compte 125 adhérents représentant des milliers de salariés, allant de la petite association de quartier à Areva en passant par une Recyclerie et des PME. C’est cela qui fait territoire. L’idée, c’est vraiment de permettre aux collégiens, chômeurs, élus et entrepreneurs de se remettre à réécrire ensemble la vie de la Cité, de reconstruire de la citoyenneté par-dessus le développement économique.

Quelle posture doit adopter les collectivités pour faciliter la coopération économique ?

Hier quoique encore aujourd’hui aussi, les élus et plus globalement les pouvoirs publics disaient aux entreprises : « c’est nous les chefs, poussez-vous, nous décidons de tout. » Ou alors, à contrario mais cela ne nous convenait pas davantage : « c’est au secteur privé de commander, nous laissons faire. » Pour le groupe Archer et le PTCE, cela doit être ni l’un ni l’autre. Nous ne quémandons pas de subventions ou des baisses de la fiscalité, mais la possibilité de co-construire tous ensemble une politique publique de développement économique endogène.

Croyez-moi, les élus peuvent avoir l’impression de se mettre en danger en déléguant ainsi leur pouvoir, mais ça permet des résultats d’une ampleur qu’ils ne pourraient espérer s’ils restaient seuls. Lorsque nous relancons une activité Chaussure à Romans ou développons une crèche d’entreprises ou bien encore une centrale d’achat pour les entreprises du territoire, ils le font aujourd’hui avec nous de manière ouverte et volontariste. Ils nous financent un peu, mais leur aide se matérialise bien plus par leur apport au quotidien, ils organisent des évènements ou font les comptes-rendus de nos réunions, etc. C’est bien simple, il ne se passe plus un jour sans que le groupe Archer et le service Développement économique de l’agglomération ne se parlent. 

Archer et le PTCE Pôle Sud, un exemple de coopération économique

Pas de regrets pour la mairie de Romans-sur-Isère (Drôme, 33 400 habitants) ! En 2007, elle facilitait l’agrandissement du groupe Archer en l’installant dans une ancienne friche industrielle. Cette entreprise spécialisée dans l’insertion – elle s’illustrait alors dans les marchés de services à la personne, mais aussi de transports ou d’intérim pour les collectivités (cantines, animation périscolaire, entretien des espaces verts) – cherchait en effet à élargir son activité pour offrir de nouveaux débouchés à ses salariés. Onze ans plus tard, le groupe de Christophe Chevalier tente toujours de s’attaquer tant bien que mal aux problèmes d’exclusion sociale qui s’est solidement ancré dans le territoire au fil des années. Mais ce n’est pas tout…

Renouveau productif. Le groupe Archer a participé à la relocalisation de plusieurs activités industrielles (sous-traitance automobile, mécanique), produit de nouveau des chaussures « made in France » et continue de trouver des solutions durables à des entreprises du territoire en difficulté, en les encourageant à faire le pari du renouveau productif.

Ces résultats, le groupe Archer les doit en partie à la collectivité qui a donc accompagné son développement à l’époque, mais aussi et surtout, plus globalement, au Pôle territorial de coopération économique (PTCE). Pôle Sud, c’est son nom, réunit désormais sur le site d’Archer une vingtaine d’acteurs entrepreneuriaux, institutionnels comme associatifs : association de chefs d’entreprises, acteurs de l’économie sociale et solidaire, collectivités, organisme de formation, groupement d’AMAP, etc. Ensemble, ils luttent contre le chômage de masse en co-construisant la politique de dév’éco endogène. Autant dire que cette alliance entre acteurs publics comme privés s’est rapidement révélée indispensable pour les collectivités locales.

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