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Développement économique 28/06/2018

« Les élus peuvent participer à une économie plus inclusive »

par Hugo Soutra
HuguesSibille ESS

Président d’un think-tank réfléchissant sur l’avenir de l’économie sociale et solidaire (ESS), Hugues Sibille appelle les élus locaux à davantage politiser la question du développement économique. A l’entendre, les collectivités ont un rôle non négligeable à jouer pour accélérer la démocratisation de l’économie et l’émergence d’une économie de proximité complétant utilement les carences de la mondialisation.

Comment le Labo de l’ESS observe-t-il les mutations récentes du monde économique ?

Je ne suis pas un homme politique, mais je crois que nous avons atteint les limites de ce que nous entendions collectivement par « développement économique. » Les élus ne peuvent plus faire comme hier, et se contenter de construire des dessertes routières, gérer des ZAC ou d’attirer des investisseurs. Il suffit d’observer la montée des inégalités et de l’exclusion sociale, ainsi que le développement de fractures qui génèrent des comportements antisystème en parallèle et menacent nos démocraties. Gagner quelques points de compétitivité ne règle pas tous les problèmes d’une société, loin de là…

Que peuvent faire les élus locaux, à leur petite échelle ?

Au Labo de l’ESS, nous pensons justement qu’il est grand temps d’inventer une économie de proximité qui permettrait non seulement de résister à l’économie mondialisée mais aussi et surtout de la compléter. Les comportements des consommateurs comme des épargnants change à grande vitesse, notamment parmi la jeune génération : ils ont envie de participer au monde dans lequel leurs enfants vivront. Dans le dix-huitième arrondissement de Paris, des habitants travaillent de manière bénévole dans un supermarché coopératif [« La Louve »], chose qui aurait semblé inimaginable voilà quelques années.

Alors, une fois le cadre posé, que faire ? Les chefs d’entreprises doivent anticiper ces mutations, apprendre à coopérer avec leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs clients. Il nous semble que les élus devraient, eux aussi, veiller à rendre, demain, l’économie du futur bien plus inclusive qu’elle ne l’a été jusqu’ici. Cela implique de clarifier le modèle de Dev’éco et de société vers lequel ils souhaitent tendre, et davantage écouter les différentes parties prenantes de leurs territoire afin de voir comment pourraient-elles y contribuer.

Concrètement, comment doivent se positionner les collectivités face aux métamorphoses de l’économie qui semblent tout de même échapper pour une bonne part aux élus ?

Les élus locaux peuvent justement être les catalyseurs de ce nouveau monde que je viens de décrire, en participant activement au changement d’échelle de l’économie sociale et solidaire, par exemple. Malheureusement, nous en sommes encore loin pour l’heure. Pour beaucoup d’entre eux, l’ESS, c’est « small is beautiful », une activité marginale et anecdotique sur leurs territoires. Ils pourraient commencer par considérer l’ESS comme une composante à part entière du développement économique.

Repolitiser la question du développement économique me paraît aujourd’hui non seulement indispensable mais aussi possible : les élus ne doivent pas chercher à tout faire par eux-mêmes, mais accompagner les initiatives (Pôles territoriaux de coopération économique, SIC, start-ups de territoires, etc) qui favorisent l’économie locale, concourent à lutter contre les déserts médicaux ou bien encore apportent de nouvelles solutions de mobilité, etc. Prenez le cas de l’association Territoires zéro chômeurs de longue durée, ils créent des emplois à partir du recensement des besoins locaux non pourvus et des compétences de la main d’œuvre locale disponible.

En soutenant davantage les entreprises « d’utilité publique » ou de l’ESS que les autres plus conventionnelles, les collectivités feraient un choix politique marqué. N’est-ce pas dangereux ?

Quelles valeurs guident les élus locaux ? Quels projets politiques ont-ils pour leurs territoires à moyen ou long-terme ? Comment peuvent-ils mettre en œuvre un développement économique qui correspond à ces valeurs ? Quel est le sens du développement économique, environnemental et social qu’ils veulent pour leurs territoires ? Je ne vois pas où est le danger dans toutes ces interrogations que les élus doivent aujourd’hui avoir en tête. Qu’est ce qui les empêcherait de soutenir une économie locale inclusive, qui évite de creuser les fractures menaçant nos démocraties ?

Lorsque vous vous opposiez à l’économie capitaliste, lors du siècle dernier, le contre-modèle, c’était l’économie administrée par l’Etat. Aujourd’hui, la révolution de l’entreprise peut se faire dans le cadre d’une économie de marché à condition de se soucier davantage de l’utilité sociale, de l’impact environnemental de l’activité économique. Le récent rapport de Nicole Notat sur les « entreprises à mission » montre très bien que le profit ne doit pas être le seul but de l’entreprise du vingt-et-unième siècle. Cette logique ne cessera de monter en puissance dans les années et décennies qui viennent. Après la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), viendra bientôt le temps de la responsabilité territoriale, ce qui ne devrait pas manquer d’intéresser les élus.

L’Etat n’est-il pas plus pertinent que les collectivités pour opérer cette « transition économique » ?

L’Etat a un rôle à jouer, mais les élus locaux aussi ! Outre lever l’impôt, ils gèrent de nombreux services publics ainsi qu’une partie des infrastructures de transports. Par les décisions qu’ils prennent au quotidien, les élus influent et orienter l’activité économique sur leurs territoires. A l’avenir, les maires et présidents d’intercommunalité doivent se penser comme les chefs d’orchestre de l’économie locale, tout en laissant les musiciens libres – entreprises, représentants de l’intérêt général et monde associatif – de se rapprocher pour gagner en efficacité.

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