publicité

 

Réagir
Emploi 04/06/2018

Réindustrialisation : vers l’émergence d’un nouveau paradigme ?

par Hugo Soutra
Usine, industrie © Phovoir

Désireux de prendre toute sa part à la réindustrialisation du pays aux côtés des régions, l’Assemblée des communautés de France peaufine actuellement un « pacte productif » qu’elle proposera aux acteurs publics, consulaires et privés. Au-delà de la seule problématique de la fiscalité locale, les élus appellent à se poser la question de l’image de l’industrie et du foncier pour effectivement parvenir à faciliter l’implantation de nouvelles usines.

Ils veulent tous croire à l’alignement des planètes. Clarification des compétences économiques des collectivités avec la loi NOTRe, structuration de partenariats avec les chambres consulaires comme le Medef ou les clubs d’entreprises locaux, allègement des cotisations fiscales et sociales au niveau national, amélioration de la compétitivité des entreprises, nouvel esprit entrepreneurial des jeunes diplômés : autant de raisons de croire au renouveau industriel de la France, selon l’AdCF et plusieurs exécutifs régionaux présents, le 30 mai, aux journées des présidents d’agglomération. Rompant avec le pessimisme ambiant laissant présager d’une « France sans usines », ils ont donc planché collectivement sur le redéveloppement industriel, au sein des bureaux du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).

Premier indicateur positif repéré par cette assemblée résolument optimiste : au terme de quinze années consécutives de fermetures de sites industriels, la destruction de l’emploi ralentit, en France. « C’est assurément une bonne nouvelle, tout comme le regain d’investissements que je peux observer dans la Vallée de la Seine… mais elle continue tout de même » met en garde Frédéric Sanchez, président de la métropole Rouen Normandie, conscient qu’il reste encore quelques freins à l’implantation d’une nouvelle usine ou au développement d’une activité déjà présente. A commencer par la bataille de l’image qu’acteurs économiques et publics devraient mener, selon lui, main dans la main. « Comme nombre de Français, les habitants de l’agglomération de Rouen associent encore industrie à pollution des sols, des nappes phréatiques ou de l’air, pétrole, fumées et danger, ce qui multiplie les risques de contestations en cas de projet » confie le patron (PS) de la métropole.

Fiscalité, foncier : avis divergents entre patrons et élus

Les élus des Hauts-de-France en sont encore aux prémices de leur « 3ème révolution industrielle », mais croient déjà, impatients, à l’avènement d’une industrie faisant la part belle au numérique et à la transition énergétique. « Nous tournons la page de Germinal, mais nous ne pouvons pas nier que l’industrie est quand même un peu polluante et un peu dangereuse » rectifie Bruno Grandjean, à la tête de la société Redex et président de l’Alliance Industrie du Futur. « La question qui se pose, c’est : a-t-on vraiment envie de réindustrialiser la France ? Nous, chefs d’entreprises, prenons des risques. Nous avons dès lors besoin d’élus bienveillants et à l’écoute. Il faudrait que vous benchmarkiez vos territoires, comme le font vos homologues allemands, notamment sur le plan de la fiscalité. » Une simplification du débat attendue, qui n’était pas vraiment du goût de l’AdCF et de Frédéric Sanchez : « il ne faudrait pas qu’après le coût du travail ces dernières années, il y ait une nouvelle focalisation du débat cette fois-ci sur la fiscalité locale. »

Les élus se succédèrent par la suite, chacun livrant sa recette à l’assemblée. « Un bon élu, il ne créera pas d’emplois mais donnera envie aux entrepreneurs de choisir son territoire, de se développer et de lutter contre le chômage » décrit le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Les régions étaient des entreprises qui faisaient du B to B, baron to baron, ou élu to élu. Elles doivent aujourd’hui de faire du B to C en allant directement parler aux clients, aux entrepreneurs. » Peu ou prou la même méthode que celle du patron de Rennes Métropole, Emmanuel Couet : « il faut partir des attentes des chefs d’entreprises eux-mêmes, penser à l’accessibilité et à la qualification de la main d’œuvre qui sous-tend la faciliter pour les entreprises à recruter, puis mettre à disposition du foncier et seulement ensuite se soucier de la fiscalité locale. » Si les élus laissent la porte ouverte à des aménagements fiscaux pour rendre la CVAE « moins pénalisante » pour les secteurs d’activité les plus exposés à la concurrence internationale, ils estiment simplement qu’il ne s’agit pas du premier verrou à forcer.

Des élus à l’écoute des entreprises

« Le regain d’optimisme ne doit pas nous pousser à faire un déni de réalité – on pourra parler de la fiscalité locale lorsque cela bloque l’installation d’une activité –, mais il faut d’abord comprendre que sans acceptation de la population ni foncier, nous n’arriverons pas. Et aujourd’hui, j’ai un mal de chien à trouver les sept hectares que me demande Ferrero pour sa réorganisation. Il n’y aura pas de redéveloppement de l’industrie si on ne sait pas résorber les friches ni si on ne fait pas de la question du foncier une priorité nationale ! » alerte le patron de l’agglomération de Rouen. « J’ai peu de foncier à aller conquérir sur les terres agricoles ou naturelles, donc je dois recycler du foncier pollué abandonné par des entreprises défaillantes. Mais les déficits sont de l’ordre du million d’euros par hectare. » Un coût conséquent, qui vient s’ajouter à des procédures de plus en plus longues.

« Le problème actuel auquel Rennes Métropole est confronté, c’est que la superposition des procédures d’impact environnemental permet peut-être de tendre vers une industrie plus propre et moins polluante mais qu’elle ralentit aussi la production de foncier immédiatement disponible d’environ deux ans » se lamente Emmanuel Couet. « Je préfère que l’Etat aide les collectivités à gagner du temps pour faciliter les projets d’implantation plutôt que lui demander de l’argent que je ne toucherai pas de toute façon » abonde Xavier Bertrand, exemple à l’appui : « une entreprise mettra deux fois plus de temps à s’installer dans les Hauts-de-France qu’en Belgique, et je peux vous assurer que ce n’est pas lié à la météo… »

La coopération économique, l’avenir des politiques de cohésion ?

Si tout n’est évidemment pas rose dans le paysage du développement économique local, l’optimisme global des échanges de la journée tend tout de même à accréditer la prophétie de Jean-Luc Rigaut, prononcée en introduction : « la désindustrialisation n’est pas une fatalité. Les métropoles, communautés d’agglomérations et autres communauté de communes ont conclu des accords avec chambres consulaires. Nous contractualiserons bientôt avec les régions et proposerons ensuite ce pacte à des réseaux d’entreprise. L’emploi productif est nécessaire à notre cohésion urbaine, périurbaine et rurale. »

Ingénieur, sociologue et économiste spécialiste des territoires, Pierre Veltz confirme le rôle prépondérant des métropoles et des agglomérations aux côtés des régions pour faire renaître l’industrie. Il les alerte toutefois sur le danger d’opposer de façon stérile territoires urbains innovants, et périurbains ou ruraux plus industriels. « Les métropoles doivent arrêter de se présenter comme les locomotives qui tirent les wagons que sont les périphéries. Que des jeunes diplômés se lancent dans la création d’entreprises avec le numérique plutôt que le CAC 40, c’est une excellente nouvelle mais il faut être conscience que ce ne sont pas ces start-ups qui sauveront l’économie française. La énième application web de livraison de pizzas ne fait pas vraiment avancer le schmilblick… Plutôt qu’inventer un énième service au consommateur, ne serait-il pas plus utile d’accompagner l’industriel à proximité ayant des besoins dans le numérique mais n’arrivant plus à attirer les profils les plus compétents ? Il y a trop peu de connexions entre les incubateurs des grandes villes et les industries périphériques. » La coopération économique et la réindustrialisation seront-elles prétexte à une grande réconciliation nationale entre les métropoles et leurs voisins ?

Réagissez à cet article

  1. Difficile de comprendre la situation en lisant cet article; on pourrait croire que la ré-industrialisation de la France ne dépend que de notre envie… Alors que ce n’est que la conséquence d’un euro trop fort, d’une concurrence internationale déloyale, et de réglementations européennes défavorables… (facilités de délocaliser, de circulation de capitaux, de services et de biens).
    Etonnant que cet article n’envisage la problématique que sous l’aspect franco-français… Ouvrez les yeux !

  2. bonjour,

    le plus important est de croire à une industrialisation décarbonée en supprimant le charbon premier responsable du changement climatique ; la transition énergétique :nous n’y arriverons pas si la France voterait le frexit face à l’amérique de Trump , nous y laisserions des plumess vers un régime autoritaire ou populiste…

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous