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Cohésion urbaine 22/05/2018

Politique de la ville : les associations d’élus partagées après le discours d’Emmanuel Macron

par Hugo Soutra
Emmanuel Macron lors de son discours sur la politique de la ville le 22 mai 2018 © Twitter Emmanuel Macron

Refusant d’annoncer un énième « plan banlieue » ou de promettre une « réinvention » de la politique de la ville, le chef de l’Etat a répondu au rapport Borloo, mardi 22 avril, en fixant un « cap » que les administrations centrales comme les élus locaux sont invités à suivre. Si l’AMF et plusieurs élus de Ville & Banlieue se disent déçus par l’absence de précisions en termes de gouvernance, de moyens financiers spécifiques comme de calendrier, France Urbaine et l’AdCF ont pour leur part trouvé de quoi se réjouir dans le discours d'Emmanuel Macron.

Les élus urbains qui attendaient un plan Marshall refondant la politique de la ville suivant les recommandations de Jean-Louis Borloo resteront sur leur faim. « Je ne vais pas vous annoncer un plan banlieue ou un plan ville, car cette stratégie est aussi âgée que moi » a introduit le président de la République, devant près de 400 élus, chefs d’entreprise et acteurs associatifs réunis à l’Elysée, mardi 22 mai : « poursuivre dans cette logique, c’est poursuivre dans l’assignation à résidence, la politique spécialisée » s’est-il justifié, enterrant par là même l’idée d’injecter 48 milliards d’euros en direction des quartiers prioritaires de la politique de la ville comme le préconisait l’ancien ministre de la Ville dans son rapport remis en avril dernier. Prônant « une méthode et un rythme différent », il s’est efforcé – une heure trente durant – de reprendre la main sur le rapport Borloo et les associations d’élus comme l’AMF ou Ville & Banlieue, qui l’attendaient au tournant. Emmanuel Macron a malicieusement profité de cet évènement organisé à l’Elysée pour faire la promotion de diverses mesures lancées depuis le début de son quinquennat, sans pour autant prendre le temps de les objectiver et de revenir attentivement sur leur mise en oeuvre plus ou moins chaotique selon les territoires.

Satisfecit gouvernemental et annonces peu précises

Peu importe, selon le chef de l’Etat, le dédoublement en cours des classes de CP et CE1 dans les zones REP et REP+, la généralisation de la scolarisation dès 3 ans, la mise en œuvre (poussive) de la police de sécurité du quotidien sur une trentaine de territoires, ou encore le retour des emplois francs bénéficieraient tout particulièrement aux habitants des quartiers prioritaires. Idem pour les réformes des politiques du logement, de la formation professionnelle ou encore de l’apprentissage. Sans s’épancher non plus sur les actuelles difficultés financières de l’agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU), le président de la République a rappelé sa promesse de doubler l’enveloppe consacrée au PNRU 2.

Il a également consenti à annoncer quelques mesures vaguement concrètes : annonce d’un plan de lutte contre le trafic de drogue, amélioration du travail partenarial entre maires et préfets concernant le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) d’ici juillet prochain, création par les entreprises et administrations d’Etat d’une « bourse des stages » profitant à 30 000 collégiens de 3ème lors de l’année scolaire 2018-2019, aides à l’obtention du permis de conduire, financements supplémentaires pour la création de places en crèche, etc. 

 Comment flécher les moyens de l’Etat ?

Alors que son entourage n’a eu de cesse de prendre ses distances avec les recommandations « trop coûteuses » de Jean-Louis Borloo au cours du week-end précédent, c’est peu dire qu’Emmanuel Macron ne s’est pas précipité sur le terrain épineux du financement. Pas plus qu’il n’a souhaité clarifier la gouvernance des politiques publiques censées désenclaver les quartiers prioritaires, ni détailler la méthode précise pour que les élus de ces quartiers obtiennent ces moyens de droit commun… Il a tout de même repris quelques idées du catalogue de mesures que lui avait soumis l’ex-ministre de la Ville et père de la rénovation urbaine. Parmi lesquelles :

  • le besoin de donner « une visibilité de financement » aux associations afin qu’elles ne soient plus « obligées de mendier pour des appels à projets » ;
  • l’appel aux préfets pour revoir d’urgence les politiques de peuplement et « arrêter de mettre les primo-arrivant dans les quartiers les plus en difficulté » ;
  • la nécessité de ne pas opposer le monde urbain au monde rural. Sa politique de décloisonnement sera censée profiter à « tous les territoires », et pas seulement aux quartiers prioritaires de la politique de la ville les plus défavorisés. 

Equité territoriale : droit de recours pour les élus

Réagissant par ailleurs à la proposition de Jean-Louis Borloo de créer une « Cour d’équité territoriale », le chef de l’Etat a donné son feu vert à une meilleure évaluation des moyens publics injectés dans les quartiers prioritaires et les zones défavorisées plus globalement. « Il y a des territoires en grande difficulté, et ils peuvent être très urbains, très ruraux. Il faut une politique de droit réel, d’effectivité des droits dans ces endroits de la République. Je souhaite que pour le mois de juillet, on puisse réfléchir à une organisation collective (…) où l’on puisse avoir une instance de recours pour les habitants, comme pour les élus. Je ne suis pas sûr de vouloir recréer une Cour, mais je trouve que l’idée d’une équité territoriale et d’avoir une instance de recours et de la transparence sur ce sujet est une bonne idée » a-t-il assuré.

Faute d’annonces clairement financées, de précisions sur les pistes d’actions évoquées par le président et de calendrier bien établi, plusieurs élus déjà signataires de contrats de ville ont rapidement fait connaître leur mécontentement à l’AFP, parmi lesquels Stéphane Gatignon. « Il y a eu quelques propositions intéressantes, mais il n’y a rien de très concret » a fustigé l’ex-maire (DVG, ex-EELV) de Sevran, reconnaissant qu’« il faut qu’on travaille tous ensemble, mais il faut le faire bien. » Une déception peu ou prou partagée par le député (PCF) de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu : « il y a un risque de balkanisation de la République », et pour l’éviter, « cela ne pourra pas se faire avec des demi-mesures. »

Les associations d’élus partagées

En fin de soirée, l’association Ville & Banlieue n’avait toujours pas réagi mais au vu de sa vigilance de tous les instants face à « l’effacement de l’Etat » dans les quartiers, il y a fort à parier que ses élus membres assureront le service-après-vente des annonces présidentielles. Même chose du côté de l’Association des maires de France, pour qui « il ne peut y avoir d’ambitions sans moyens. »  Malgré qu’Emmanuel Macron soit resté dans l’incantation sur un certain nombre de sujets, France Urbaine et l’Association des communautés de France (AdCF) ont tout de même trouvé de quoi se satisfaire. Leurs membres se font moins critiques et semblent avoir été séduits par le discours volontariste du président de la République. Outre le « banco » donné au Pacte de cohésion urbaine et sociale qu’ils avaient dévoilé début avril à Dijon, celui-ci aurait donné quelques signaux positifs entre les lignes, par exemple sur la méthode consistant à réaliser « un point d’étape des évolutions concrètes » avec un panel d’élus tous les deux mois.

Entre l’approbation du Pacte de Dijon et l’idée de se préoccuper de l’ensemble des territoires en difficulté y compris les zones moins denses voire rurales où il existe le même sentiment d’isolement que dans les quartiers prioritaires, nous sommes globalement satisfaits » confirme le maire (UDI) d’Annecy et président de l’AdCF, Jean-Luc Rigault. Interrogé par le Courrier des Maires quant au fait de savoir si l’Etat régalien sera effectivement au rendez-vous de ses promesses en juillet prochain, il n’a pu que reconnaître un « flou » qu’il espère voir levé dans les « deux ou trois mois à venir », tant en termes de gouvernance que de moyens financiers. « Nous nous retrouvons dans l’état d’esprit positif du président de la République, mais nous serons évidemment attentifs et exigeants. Il faudra agir fortement avec des moyens conséquents pour régler un certain nombre de problèmes de haute intensité dans des quartiers défavorisés, qui concernent autant les ministères de l’Intérieur, de la Justice que l’Education nationale. Les métropoles et intercommunalités sont prêtes. »

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