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Villes intelligentes 23/05/2018

Remettre les usages réels et la puissance publique au cœur des smart cities

par Emilie Denètre
Villes intelligentesv © @CaissedesDepots

France Stratégie organisait le 22 mai un colloque consacré aux « smart cities et smart territoires ». L’occasion pour les acteurs et observateurs de ces territoires connectés de poser les cadres conduisant à la réussite des projets. Parmi ceux-ci, la nécessité de penser le territoire en termes d’usages réels (et non supposés !) et de construire un pilotage politique fort.

Si la smart city, avec ses promesses de développement malin et durable de la ville, intéresse toujours autant les élus, ils sont finalement encore assez peu nombreux à sauter le pas. Un constat porté par Julie de Brux, fondatrice du cabinet « Citizing » qui a étudié les « freins » mis en avant par les premiers magistrats. « Lorsque nous avons rencontré les décideurs publics, ils ont très souvent évoqué des freins organisationnels et juridiques pour expliquer leurs réticences, a-t-elle ainsi détaillé, mais en signal faible, il y avait également ce doute : “la smart city est-elle vraiment utile ou n’est-elle qu’un simple gadget ?” ».

Confronter les projets à leurs retombées réelles

Confronté à cette question, cruciale en ces temps de disette budgétaire, le cabinet a donc lancé une étude de cas. Cinq projets relevant des « smart city » – c’est-à-dire introduisant des outils numériques pour opérer une meilleure gouvernance – ont été passés au crible avec un chiffrage des coûts et des bénéfices permettant d’objectiver un solde en termes « socio-économiques ».

Parmi ceux-ci, le projet de Strasbourg visant à mieux connaître les usages de la voirie pour opérer des contrôles des stationnements payants plus pertinents. Outre le fait de « faire rentrer » de l’argent dans les caisses de la collectivité (seuls 30% des stationnements sont aujourd’hui réglés), ce ciblage permet également de faire émerger une externalité positive : l’abandon par certains habitants de leur véhicule. Résultats : pour un investissement de 350 000 euros, la collectivité devrait gagner 20 millions d’euros (avec les amendes payées) auxquels il faut ajouter 6 millions d’euros de valeur ajoutée socio-économique (moins de pollution, d’accidents de la route, etc.)

Gare aux usages supposés !

À l’inverse, l’initiative des Hautes-Alpes, territoire rural et montagneux, visant à déconcentrer les services publics via « des rendez-vous en visio-conférence » n’est absolument pas rentable malgré un investissement financier de départ assez modeste : 70 000 euros. « Seules 100 personnes ont utilisé ce service, car les habitants préfèrent finalement faire de la route pour avoir un contact direct avec la Carsat ou le Pôle Emploi » constate Julie de Brux, qui appelle donc les collectivités à « être très vigilantes sur les usages réels des habitants du territoire ».

Un constat que partage Luc Belot, ancien député du Maine-et-Loire, qui estime qu’il est temps de passer d’« une logique de maîtrise d’ouvrage à une maîtrise des usages ». Et ce dernier de faire un parallèle avec plateforme de vidéos en streaming Netflix : « Netflix a demandé aux gens ce qu’ils aimeraient voir. Beaucoup ont répondu qu’ils attendaient des chefs d’œuvre du cinéma. Mais en réalité, le soir en rentrant du boulot, après avoir couché les enfants, ce sont des séries américaines pas prises de tête qui marchent le mieux… Il est essentiel d’avoir une vision claire de la réalités des usages, et ce ne sont pas les algorithmes de Google qui doivent décider de cela » a martelé l’ancien élu.

Quelle place pour la puissance publique ?

Un enjeu qui renvoie à la place de la puissance publique dans les projets de « smart city » ou « smart territoire », et à la nécessité pour les collectivités « se fédérer » entre elles pour trouver la bonne « taille critique » mais aussi de réellement « piloter » leurs outils. « Il ne faut pas laisser les territoires seuls face aux offres proposées par les Gafa » estime ainsi Hugo Bévort, directeur des Stratégies territoriales au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), « il faut en faire un projet politique et surtout revenir à l’essentiel : aux besoins publics, parfois non pourvus par les opérateurs privés » a-t-il conclu. Sans une gouvernance publique forte et une vision, la ville intelligente n’a pas grand avenir, quels que soient les moyens investis…

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