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Aménagement du territoire 22/05/2018

Les « fractures territoriales » bien plus complexes qu’on ne le croit selon le CGET

par Hugo Soutra
Saint-Macaire (33), centre-ville © Flickr-CC-Dizzymissytrolly

Les grandes villes évoluent globalement de façon plus positive que leurs régions, mais de façon hétérogène. Les métropoles doivent également faire face à d’importantes difficultés. Tout comme une partie des espaces périurbains et ruraux, mais pas tous, loin de là. Le rapport annuel 2017 de l’Observatoire des Territoires, lié au Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET), nuance un certain nombre d’idées reçues.

La bonne santé des métropoles n’est pas un mythe. Le dernier rapport de l’Observatoire des Territoires vient une nouvelle fois le documenter de manière précise. De Rennes à Bordeaux en passant par Nice, Lyon ou Dijon, les grandes agglomérations ont même renforcé leurs positions. Alors que les aires urbaines de plus de 200 000 habitants abritent 38% de la population et 39% des emplois, elles ont concentré 44% des gains de population et 53% des gains d’emplois entre 1999 et 2014.

« Attention de ne pas faire de conclusions hâtives » nuance Hugo Bevort, directeur des stratégies territoriales au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) : « cette attractivité n’est pas tant lié au fait que ce soit des grandes villes, mais plutôt qu’elles soient dans des régions qui fonctionnent bien. Ainsi, l’emploi croît plus vite à Lille ou Strasbourg qu’à Béthune ou Metz, mais moins que dans de nombreuses petites villes du sud-est de la France. » Surtout, « nous avons besoin de dépasser la lecture simpliste opposant métropoles dynamiques et périphéries à soutenir » soutient Pierre Mirabaud, président du conseil d’orientation de l’Observatoire des territoires et préfet délégué à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) de 2004 à 2006.

Des métropoles dynamiques… et fragiles

Sans nier l’attractivité économique et démographique des façades ouest et sud ou encore de la Vallée du Rhône, le rapport insiste donc aussi – fait plus rare – sur leurs « fragilités. » Si la population de Lille reste plutôt jeune, les métropoles et les zones périurbaines de Lyon, Nantes et Toulouse font face à un vieillissement de leur population qui fait émerger de « forts enjeux de services. Elles ne peuvent plus se contenter de construire seulement des crèches, écoles maternelles ou collèges » avertit le responsable de l’Observatoire, Benoît de Lapasse, pour qui les grandes villes ne sont aujourd’hui pas armées pour faire face à l’évolution du nombre de personnes âgées.

La question de la cohésion et de la mixité sociale se pose également avec plus d’acuité dans les grandes villes que sont Paris, Lyon ou Toulouse. C’est dans ces villes que les écarts de revenus entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres sont les plus élevés. Pour ne rien arranger, l’accès au logement social y est plus compliqué, avec parfois jusqu’à quinze demandes pour une attribution contre 3,9 demandes en moyenne pour la France entière. « C’est aussi dans les métropoles qu’il faut le plus d’années pour devenir propriétaire d’un T3 de 65m², et ce bien que les salaires y soient aussi plus élevés. Et encore, la situation n’est pas homogène entre les villes : c’est plus dur de devenir propriétaire à Bordeaux ou Lyon qu’à Nantes, Toulouse, Lille ou Strasbourg » remarque Benoît de Lapasse.

Déclin démographique du Centre, du Nord-Est… et de l’Ile-de-France

L’attractivité de l’Ile-de-France est nuancée par l’Observatoire des territoires. La région-capitale demeure certes attractive pour les jeunes, mais s’avère répulsive pour le reste de la population. A l’instar du Nord-Est, l’Ile-de-France connaît ainsi un solde migratoire négatif. Elle perd -0,43% d’habitants chaque année, alors qu’une région comme l’Occitanie enregistre pour sa part une hausse de +0,75%.

Au-delà de la situation contrastée des grandes villes, le rapport confirme le cercle vicieux dans lequel est plongé le Centre et le Nord-Est de la France, territoires frappés par la désindustrialisation et caractérisés par une part importante de personnes âgées dans leurs populations. « Sept départements connaissent un déclin démographique continu depuis le début des années 1990, parmi lesquelles la Creuse, la Haute-Marne, la Meuse ou encore la Nièvre qui ont perdu entre 10 et 15% de leur population » témoigne par exemple  Benoît de Lapasse. La pauvreté y est également manifeste. Insuffisant néanmoins pour attester de l’existence d’un soi-disant « France périphérique » englobant l’ensemble des espaces peu denses ou isolés.

Des périphéries plus ou moins dynamiques

« Tous les espaces périurbains ne sont pas des zones périphériques délaissées. Il peut y avoir un problème d’accès aux services, mais n’oublions pas que les villages périurbains proches de Paris, Nantes ou Bordeaux connaissent une croissance démographique deux fois plus importante que dans le reste du pays et affichent le revenu médian le plus haut » explique  Benoît de Lapasse. La France s’américanise, avec des périphéries plus dynamiques et plus riches que les centres-villes, par exemple à Maubeuge, Mulhouse ou Perpignan. D’après le CGET, les centres des petits et moyens pôles urbains pourraient bien être considérés comme les « nouvelles périphéries », en référence à un niveau de vie moindre que la moyenne nationale et un taxe de vacance du logement plus important qu’ailleurs…

Pour résumer : « oui, les espaces qui vont le plus mal vont de plus en plus mal. Et ceux qui vont le mieux vont de mieux en mieux. Mais cette polarisation se fait à toutes les échelles, au niveau national mais aussi au niveau local avec des dynamiques très différentes entre les cœurs de métropoles, leurs quartiers populaires et les espaces périurbains. Les écarts se creusent aussi au sein des métropoles » explique Hugo Bevort. Les métropoles ne vont pas toutes bien, tout comme les périphéries ne sont pas toutes délaissées. « Rien n’est simple. Aucune catégorie n’est homogène. Les dynamiques internes sont contrastées » confirme Benoît de Lapasse.

L’Observatoire des territoires, une mine d’informations

A travers son rapport annuel 2017, l’Observatoire des Territoires souhaite réinjecter un peu de complexité dans un débat public simpliste en ce qui concerne les fractures territoriales. Sur le site internet du CGET, élus et fonctionnaires de l’Etat ou des collectivités désireux d’objectiver la situation de certains territoires peuvent donc retrouver différentes études, cartes et autres indicateurs en accès-libre. Des fiches d’analyse thématiques sont également publiées régulièrement, les prochaines concerneront les départements d’outre-mer qui connaissent des écarts toujours prononcés avec la France métropolitaine, les territoires agricoles et industriels, la composition de la population ou encore l’accès aux services.

 

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