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Cohésion européenne 08/05/2018

Élus et Europe : je t’aime moi non plus

par Hugo Soutra
L’Europe du Conseil des communes et régions d'Europe (CCRE) : 42 pays représentés © CCRE

Citoyens et élus fêtent la journée de l'Europe, ce mercredi 9 mai. L'heure n'est pourtant pas à la fête du côté des collectivités territoriales, qui devraient bientôt ressentir les effets de la coupe budgétaire de 7% de la politique de cohésion, décidée au début du mois par la Commission européenne. Loin de céder au pessimisme ambiant, le Conseil des communes et régions d'Europe (CCRE) appelle les élus à réinventer l'Europe, dans un ouvrage collectif réalisé par une centaine de dirigeants locaux et régionaux.

Drôle de façon d’inviter ses amis à son anniversaire. Alors que l’Union européenne commémore, ce mercredi, la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, la Commission a présenté au début du mois une proposition de budget pour la période 2021-2027. C’est peu dire qu’elle n’a pas fait l’unanimité, en France mais aussi dans de nombreux autres Etats. Confrontée au départ du Royaume-Uni occasionnant une perte sèche d’une dizaine de milliards d’euros par an et devant financer de nouvelles priorités (sécurité, défense, migrations, etc), elle a fait le choix de couper clairement dans les budgets de la PAC et de la politique de Cohésion, qui se verront respectivement amputer de 5% et 7% de leurs crédits.

Coup dur pour les collectivités territoriales

Régions de France s’est faite alarmiste en annonçant que « plusieurs milliards d’euros ne seraient pas investis dans nos territoires qui en ont tant besoin. » A leurs yeux, ce retrait n’aidera pas vraiment à « répondre à la grave crise de confiance entre les citoyens européens, les agriculteurs et l’Union européenne ». Même désapprobation du côté de l’Association des petites villes de France, qui soulignait que cette baisse d’investissement intervient « au moment où les distorsions territoriales continuent à se creuser en Europe, entre métropoles et le reste du territoire. » En attendant que la Commission européenne détaille ses propositions à la fin du mois de mai, le ministre français de la Cohésion des territoires a préféré retenir le fait qu’aucune région ne sera exclue de la politique de cohésion. Des rumeurs avaient laissé entendre qu’elle serait limitée aux régions les moins développées (Europe de l’Est, Portugal, Grèce), ce qui avait déjà suscité l’ire de plusieurs associations d’élus.

« Amputer la politique de cohésion de 7 %, tel que le préconise la Commission, c’est  porter un coup dur aux villes et régions européennes » a, lui aussi, réagi Stefano Bonaccini, président du Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE). « Mais là où se trouve l’obscurité, se trouve aussi la lumière » a aussitôt ajouté l’élu italien, préférant retenir « la volonté de la Commission d’inscrire le climat, le transport et l’innovation comme priorités. » Comment expliquer cet esprit volontairement positif malgré cette mauvaise nouvelle pour les collectivités territoriales ? La réponse est à trouver dans l’ouvrage « Europe 2030 : les territoires prennent la parole » publié aux éditions Autrement (21 euros), avec le soutien du CCRE. Stefano Bonaccini y est pour le moins clair : « nous ne pouvons pas nous permettre d’être ni euro-enthousiastes ni euro-sceptiques. Nous sommes européens, et nos enfants ont besoin que nous soyons conscients de nos responsabilités. »

Unification au pied du mur

Nombreux sont les dirigeants locaux comme régionaux venant des quatre coins de l’Europe à s’exprimer, dans cet ouvrage, sur leur vision de l’Europe de demain. Parmi les plumes françaises, on y retrouve Valéry Giscard d’Estaing, Damien Carême, Ronan Dantec ou encore Philippe Laurent. Rappelant le rôle non négligeable joué en 1951 par les maires pour unifier l’Europe et ce que l’œuvre de Jean Monnet et Robert Schuman a permis en matière de décentralisation comme de services publics, certains y donnent même des pistes pour relancer le projet européen. Aux « avants-postes des défis de notre temps, à l’avant-garde des défis sociétaux, environnementaux ou économiques », les élus locaux seraient plus que légitimes à se faire entendre dans la période troublée qui est la nôtre aujourd’hui pour « réinventer l’Europe que nous souhaitons » estime Stefano Bonaccini.

De l’accueil des réfugiés à l’adaptation des villes au changement climatique, les maires et présidents d’intercommunalité sont amenés à faire face « à tous les problèmes que les Etats ne parviennent pas à résoudre. C’est pourquoi ils comprennent et reconnaissent l’importance d’être unis et de joindre leurs forces pour construire un avenir meilleur pour les prochaines générations » poursuit le président du CCRE. « La vie, la culture, le savoir, la civilisation, l’art sont les domaines dans lesquels les communes, les collectivités locales sont directement impliquées. Qu’elles travaillent sur cet aspect : l’identité culturelle et sociale de l’Europe » ajoute Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République française. De la nécessité, peut-être, pour la Commission européenne de tendre l’oreille et prendre en compte les critiques formulées par le CCRE comme les personnalités et associations d’élus français.

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  1. Il est une évidence : sans la restitution immédiate des études d’humanités greco-latines et du latin PARLÉ, l’Europe ne sera plus qu’une mayonnaise qui ne prend pas. Mais le latin n’est même pas au nombre des langues officielles de l’Institution Européenne d’aujourd’hui ! D’où vient cette imbécillité ?

    Schola Nova Belgium

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