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Villes moyennes 09/04/2018

Le plan « Action cœur de ville » sera-t-il à la hauteur pour dissiper le blues des élus locaux ?

par Hugo Soutra
Centre-ville, la clé sous la porte © Flickr-CC-DirectionCentreVille

Quelques jours avant que le gouvernement ne dévoile son plan d’aide à 222 villes moyennes, plus d’une centaine d’élus locaux s’étaient réunis pour échanger à Vierzon, à l’occasion d’une Rencontre sur le renouvellement urbain le 23 mars. Une chose est certaine : les difficultés auxquelles font face ces représentants de territoires dévitalisés ne se dissiperont pas d’un coup de baguette magique.

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A la reconquête des centres-villes

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« Quel est le sens du plan Action Cœur de villes de 2018, tout comme l’ouverture du NPNRU aux territoires moins denses en 2014 ? Ont-ils été pensés pour assurer une mort digne aux petites et moyennes villes dans une France métropolisée, ou doivent-ils nous permettre de rebondir ? » Le sens de la formule de Nicolas Sansu, maire de Vierzon et ancien député (PCF) du Cher a fait mouche, vendredi 23 mars, pour introduire les « Rencontres sur le renouvellement urbain et la revitalisation des centres-villes ». A défaut de recevoir Jacques Mézard et Julien Denormandie qui s’étaient décommandés à la dernière minute, le centre des congrès hébergé dans l’ancienne halle à grains de Vierzon a accueilli plus de 150 élus, maires ou adjoints, et techniciens. Avant même que ne soient dévoilées 222 villes bénéficiaires du nouveau plan gouvernemental quelques jours plus tard, tous étaient venus trouver des réponses pour réhabiliter leurs cœurs de ville et éviter autant que possible que les écarts avec les métropoles voisines ne continuent à croître.

Accumulation de problèmes en tout genre

C’est peu dire qu’ils étaient au cœur de la problématique, ici, à Vierzon : seuls 2 des 10 hectares de l’ancienne friche industrielle située en plein centre-ville, où se tenait ce colloque, ont pu être réhabilités, faute de financements. Au cours des deux tables-rondes entrecoupées d’une visite de terrain, le maire communiste de cette ville moyenne n’a d’ailleurs pas manqué de faire passer quelques messages aux quelques commis de l’Etat et responsables nationaux – directeurs de l’ANAH, de l’ANRU, mais aussi représentants de l’USH ou d’Action Logement – qui avaient fait le déplacement. « Nous avons développé tous les outils législatifs et règlementaires locaux comme nationaux – de la taxe sur les friches commerciales au plan de stationnement en passant par le Fisac ; nous avons été retenu dans le NPNRU, le dispositif Centres-villes de demain ou le PNRQAD qui s’est traduit pour notre part à une poignée de mains –, mais force est de constater que les résultats sont pour le moins mitigés. Par contre, nous savons désormais remplir des dossiers et répondre à des appels à projets en un temps record… » n’a-t-il pu s’empêcher de glisser, en profitant au passage pour se plaindre des délais d’instruction du NPNRU.

Nicolas Sansu n’a pas manqué, non plus, d’évoquer sa passe d’armes avec Pôle Emploi. « Après EDF, l’hôpital ou dernièrement Orange, c’était au tour de l’opérateur en charge de  lutter contre le chômage formuler le souhait de s’installer dans une zone commerciale périphérique. A l’heure même où la mairie se démène pour soutenir les commerces de centre-ville, que certains commerçants fuient en abandonnant leurs logements situés au-dessus de leurs commerces, et que le centre-ville se paupérise… Heureusement, nous avons remporté cette bataille » se félicite le maire de Vierzon. Une histoire semblable à celle qu’a vécu Francis Adolphe, premier édile (DVG) de Carpentras : « lorsque j’entends Nicolas Sansu évoquer son rapport de forces avec Pôle Emploi, je m’aperçois que nous faisons face aux mêmes problématiques. »

Diversité des problématiques selon les territoires

Des témoignages qui ne semblent pas avoir ému plus que cela les dignitaires de l’Etat. « Contrairement à ce que certains croient, l’ANRU ne s’occupe pas seulement de grands ensembles dans les grandes aires urbaines. Cela correspond à une réalité  forte, mais nous intervenons aussi de plus en plus sur des quartiers anciens dégradés, moins enclavés que les banlieues populaires mais confrontées eux aussi à une paupérisation et un accès pour le moins complexe aux services publics. 57 projets ont ou font l’objet d’opérations de rénovation (PNRQAD, NPNRU) » vanta, de son côté, le patron de l’ANRU, Nicolas Grivel. Une évolution logique, selon son homologue de l’ANAH, Valérie Mancret Taylor : « 60% des ménages répondant aux critères d’attribution de logements très sociaux vivent dans le parc privé. En outre, 35% des propriétaires occupants sont éligibles aux aides de l’ANAH » illustre-t-elle.

Devant une assemblée majoritairement composée de représentants de petites communes dévitalisées, l’adjoint (PCF) au maire de Saint-Denis, David Proult tint à souligner quelques différences entre les banlieues populaires de métropoles et les centres paupérisés des villes moyennes. « Après une importante chute démographique liée à la désindustrialisation, nous avons gagné 30 000 habitants au cours des dernières décennies. Nous ne connaissons donc pas de problèmes de vacance résidentielle, mais dans un marché de l’immobilier extrêmement tendu et avec un parc de logements fortement dégradé – avec 40% d’appartements potentiellement indignes –, nous connaissons un phénomène de paupérisation y compris en centre-ville. Ce sont des personnes encore plus précarisées que ceux vivant habituellement dans des logements sociaux. » Et, même si ce vice-président de Plaine Commune reconnit tout de même certains points de similitude pour traiter ces nouvelles poches de pauvreté, Saint-Denis comme Vierzon ou Carpentras s’alarment du manque d’ingénierie pour porter une démarche globale.

Différentes solutions locales

Intervenant en soutien dans nombre de projets de revitalisation urbaine, l’ANAH a, elle aussi, confirmé que les actions de résorption de l’habitat seules ne pouvaient permettre de faire revivre des centres-villes anciens. « Il faut articuler les OPAH-RU avec une action de dynamisation commerciale et de rénovation du patrimoine, inscrite dans une stratégie globale » conseilla Soraya Daou. « Ne nous racontons pas d’histoires : les régions peuvent accompagner les centres-villes dans leurs projets, mais cela nécessite un changement de modèle radical. Nous ne trouverons pas de solutions en reproduisant ce qui s’est déjà fait ailleurs » estima, pour sa part, le président (PS) de la région Centre-Val-de-Loire, François Bonneau.

Pour cultiver l’espoir, il a appellé les élus des villes moyennes présents dans la salle à mettre en œuvre de véritables stratégies de différenciation. Et à ne surtout pas se laisser tenter par des recettes copié-collé ne correspondant pas forcément aux besoins du territoire. Une stratégie qu’a fait sienne le premier magistrat (LREM) de Nevers, Denis Thuriot : « en 2014, ma ville faisait face à 24% de vacance commerciale et résidentielle. Pour recréer de l’attractivité et faire revenir les habitants, nous avons embelli le cadre de vie (fleurissement, aide aux commerçants) et amélioré les transports urbains. Nous avons aussi fait le choix, plus clivant, de rendre le stationnement gratuit. Cette année, je renonce ainsi à 600 à 800 000 euros de recettes. Je reviendrai dessus l’an prochain si ce n’est pas rentable » assura-t-il.

Paradoxe de l’ingénierie… métropolitaine

Comme Nicolas Sansu, Denis Thuriot déplore toutefois la lenteur des Agences de l’Etat pour l’aider à rénover le parc de logements. « Si nous ne souhaitons pas mourir, dignement ou pas, il faut que cela aille vite. Les délais d’instruction des dossiers et de recherche de financements sont insatisfaisants. Ce n’est pas simple d’assumer devant l’impatience des habitants » confia encore cet élu LREM. « Nous ne vous laisserons pas mourir dignement, mais inverser de telles logiques qui découlent de plusieurs décennies d’aménagement ne se fait pas en cinq minutes » répliqua finalement Nicolas Grivel, le DG de l’ANRU mis sous pression par ces élus locaux désabusés. Ce haut-fonctionnaire préconisa notamment de faire émerger une ambition collective pour le territoire, à l’échelle de l’agglomération, du bassin de vie ou de la zone d’emploi tant l’évolution du centre-ville et des zones périurbaines sont interdépendantes.

Profitant de l’expérience qu’il a retiré suite à l’accompagnement d’une centaine de villes moyennes en deux ans via le dispositif « Centres-villes de demain » de la Caisse des Dépôts, Michel-François Delannoy enjoint les élus intercommunaux à faire preuve d’un peu plus de cohérence. Selon lui, « redynamiser les commerces du centre-ville en n’intervenant pas contre le déploiement libéralisé et agressif de mètres carrés commerciaux supplémentaires en périphérie est inutile. C’est comme écoper l’eau de la coque d’un bateau sans stopper la personne qui assène des coups de hache dans le fond. » Pour autant, l’ancien maire (PS) de Tourcoing ne fait pas de jugements moraux : « redresser une ville-centre en déshérence nécessite d’être extrêmement bien conseillé, sauf que, paradoxalement, les meilleurs experts se trouvent là où les dynamiques de développement sont naturellement présentes, dans les métropoles, et plus rarement dans les villes pauvres. »

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