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Cohésion urbaine 23/03/2018

Et si le bloc urbain pilotait la Politique de la ville ?

par Hugo Soutra
villes banlieue cités

Devant l’ex-ministre Jean-Louis Borloo chargé de réfléchir à la refonte de la politique de la ville, fonctionnaires et élus urbains ont plaidé pour que l’Etat les « laisse travailler. » Ces "frondeurs" réunis par France urbaine et l’AdCF, ont fait leur aggiornamento avant de réclamer plus de responsabilités. Les deux associations d'élus signeront prochainement un manifeste commun en ce sens.

Se dire les choses, sans concession : telle était l’unique consigne de l’atelier de travail sur l’avenir de la politique de la ville, organisé par France Urbaine et l’Association des communautés de France (AdCF), en présence de Jean-Louis Borloo, mercredi 21 mars à Paris. Plus d’une centaine d’élus et de chefs de projets s’étaient réunis pour nourrir un « manifeste » commun que les deux associations d’élus s’apprêtent à signer avec l’ex-ministre de la Ville et père de l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU), le 6 avril prochain à Dijon. Missionné par le président de la République, il tente depuis plusieurs mois de convaincre les ministères et les élus d’en faire plus qu’aujourd’hui pour les quartiers prioritaires et les classes populaires.

Au vu ce que lui inspire la politique de la ville telle que menée actuellement, nul doute que l’ancien député-maire de Valenciennes prend sa mission à cœur : « nous sommes à la fin d’un système épuisé, inefficace, menteur où les pouvoirs publics font rapport sur rapport pour expliquer leur inaction. Personne n’en peut plus. Sauf que 200 des 1500 quartiers prioritaires – où les services publics sont deux moins nombreux qu’ailleurs, et le chômage des jeunes deux fois plus élevé – sont désormais en passe de décrocher. C’est déjà le cas pour 60 d’entre eux, tandis que 15 sont déjà dans l’affrontement avec la République » alerte Borloo, en forme de mise en garde.

Moins de bureaucratie, plus de libertés

Ce tableau sombre dressé par Jean-Louis Borloo ne sembla pas émouvoir plus que cela l’assemblée. Encouragé par les organisateurs, chacun se mit à livrer son témoignage, faisant tour à tour siffler les oreilles de l’ANRU ou du CGET. Sans réelle visée transformatrice néanmoins. En effet, la plupart ressassaient leurs rivalités vis-à-vis des services de l’Etat et concluaient sur la nécessité de parvenir à moins de bureaucratie, plus de libertés locales et de simplicité. Un discours non dénué de fondements mais déjà maintes fois entendu. Très applaudi, Matthieu Cahn ne dérogea pas à la règle. « Les préfets convoquent des « CoPil » et des « CoTec » pour statuer sur 5 000 euros de subventions, tandis que les associations adaptent à la marge leurs actions qu’elles présentent comme de la prévention de la radicalisation pour entrer dans les cases du sous-préfet. En réalité, moins l’Etat est présent, plus il nous complique la vie » rapporte le vice-président (PS) de l’eurométropole de Strasbourg.

« L’Etat, la technostructure, Paris est aujourd’hui désemparé sur la politique de la ville » confirme Jean-Louis Borloo. « Mais, croyez- moi, les préfets ne sont pas plus heureux que vous de devoir vous réunir pour subventionner une association » continue l’ancien ministre de la Ville, avant que le maire d’Annecy et président de l’AdCF, Jean-Luc Rigaut, ne clarifie les règles du jeu : « vous pouvez dire du mal de l’Etat si cela vous fait du bien, mais les collectivités urbaines ne parviendront pas à réduire les fractures sans lui. » Même son de cloche chez le maire de Rouen, Yvon Robert, responsable du pôle Politique de la ville chez France Urbaine : « je sais à quel point les leçons que vous donnent vos collègues fonctionnaires d’Etat vous irritent, mais nous ne nous pouvons plus nous contenter d’être dans la dénonciation des uns et des autres. Il y a évidemment des choses à réclamer auprès de l’Etat, mais, en même temps, à nous d’agir pour permettre la résorption des fractures urbaines. »

Les intercos doivent (encore) prouver leur plus-value

Malgré cet utile rappel, peu d’élus et de fonctionnaires parvenaient à prouver à Jean-Louis Borloo la plus-value à attendre d’une responsabilisation accrue des agglomérations sur le sujet. Et pour cause : une partie d’entre elles, comme le Grand Paris ou la métropole Aix-Marseille, ne semblent pas encore suffisamment mûres pour assumer le pilotage d’au moins une partie des dispositifs de la politique de la ville. « Arrêtons les discours pavloviens accusant l’Etat d’être responsable de tout et dépeignant les territoires comme victimes » appuya Francis Chouat, maire (PS) d’Evry. « Comment expliquez que les CP soient dédoublés à Grigny et bientôt à Evry mais pas à Courcouronnes, à deux cent mètres de là, de l’autre côté du boulevard ? Les jeunes de ces quartiers s’affrontent régulièrement à coups de barres de fer, je peux vous affirmer qu’ils la vivent depuis longtemps l’intercommunalité. Il faudrait fusionner tout cela » propose-t-il.

Si le renforcement de l’intégration ne parle pas spontanément à tous les élus présents, un certain nombre d’élus s’accordent toutefois sur l’inutilité d’un affrontement direct vis-à-vis de l’Education nationale, par exemple. C’est le cas notamment de Myriam Naël, conseillère (PS) de Nantes Métropole, qui aurait aimé un travail collégial avec le rectorat à la rentrée dernière où aurait pu être abordée la réforme des rythmes scolaires, l’attractivité et la mixité des écoles, l’évitement scolaire, la réussite éducative ou encore le dédoublement des classes de CP dans les quartiers prioritaires : « c’est une très bonne mesure, sans doute la meilleure depuis longtemps – je le dis sans dogmatisme. Sauf que la rapidité de sa mise en œuvre et la difficulté à trouver rapidement des locaux pour sa mise en œuvre nous a conduits à expulser des associations qui œuvraient ici depuis des années. »

Etat-Collectivités : vers une nouvelle méthodologie de travail ?

« Avant de demander à l’Etat de s’engager plus clairement et de mieux nous associer, il faut aussi être clair avec soi-même. Chacune de nos collectivités doit prendre ses responsabilités. Encore aujourd’hui, trop de métropoles cherchent à contractualiser avec les régions sur l’innovation ou l’enseignement supérieur – ça embellit la vitrine, c’est vrai – mais pas la politique de la ville, l’insertion ou la formation professionnelle. Pourtant, je signerai banco » témoigne le président (LR) de la région Grand Est, et patron de la fédération nationale des agences d’urbanisme (FNAU), Jean Rottner. C’est pourquoi Jean-Louis Borloo réclament aux intercommunalités de s’engager dûment sur un certain nombre d’actions opérationnelles (réussite éducative, parrainage de jeunes, accompagnement socio-éducatif, rénovation urbaine, etc) qu’elles pourraient rapidement mettre en œuvre, en direct ou avec des partenaires, pour améliorer le quotidien des habitants des quartiers prioritaires.

« Si vous êtes d’accord pour signer un pacte territorial de 5 ou 6 pages – il ne s’agit pas de faire nouveau contrat de ville – listant plusieurs enjeux urbains, sociaux et humains (habitat, jeunesse, éducation, numérique, lutte contre illettrisme) sur lesquels vous pourriez agir rapidement, je m’engage à trouver des financements » promet Jean-Louis Borloo. Message bien entendu par France Urbaine et l’AdCF, qui se serviront de cette matinée de travail et des contributions qu’ils recevront dans les jours à venir pour nourrir un « manifeste pour une nouvelle politique de cohésion urbaine » le 6 avril prochain à Dijon. Objectif : proposer une nouvelle organisation de travail entre Etat et collectivités pour permettre à la politique de la ville de gagner en efficience. « Il s’agit d’un pacte avec la Nation, pas uniquement avec vos territoires » conclut Jean-Louis Borloo. Le message semble passé.

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