Réforme du système de santé : Matignon relance le chantier de l’organisation territoriale

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Accès aux soins 13/02/2018

Réforme du système de santé : Matignon relance le chantier de l’organisation territoriale

par Aurélien Hélias
Edouard Philippe présente la stratégie de transformation du système de santé à Eaubonne, le 13 février 2018, au côté de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn © @EPhilippePM

En ouvrant le 13 février le chantier de la transformation du système de santé, Edouard Philippe a aussi relancé celui de l'organisation territoriale des soins entre ville et hôpital et de l'accessibilité géographique des soins du quotidien. Dans la droite ligne du plan de lutte contre les déserts médicaux, les pistes ouvertes misent davantage sur la coordination renforcée, sur la base du volontariat des professionnels de santé et des expérimentations locales, plutôt que sur des mesures coercitives.

« Les organisations, c’est un peu comme les organismes, parfois, ça vieillit. Certains éléments demeurent robustes tandis que d’autres souffrent de faiblesses ». C’est à l’aune de ce diagnostic qu’Edouard Philippe a présenté le 13 février à l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne (95). Et le Premier ministre de relever « trois faiblesses majeures de l’organisation des soins en France » : la prévention, la complexité issue du « du cloisonnement entre l’hôpital, les soins de ville et le médico-social », et « la difficulté d’accéder aux soins sur certains territoires ».

« “Vais-je avoir accès aux soins dont j’ai besoin ou dont je pourrais avoir besoin un jour ?”. Ce n’est pas une plainte isolée, mais une vraie angoisse collective pour beaucoup de nos compatriotes. A nous de mettre en œuvre de façon très méthodique et systématique, et de compléter si nécessaire, le plan pour l’égal accès aux soins sur les territoires », a-t-il rappelé.

« Penser l’organisation des soins au niveau du territoire »

Quatre mois après la présentation de ce Plan de lutte contre les déserts médicaux, Edouard Philippe a donc fait de l’organisation territoriale l’un des cinq chantiers(1) à mener. « Pour garantir l’égalité devant l’accès aux soins, pour offrir à chaque patient tout un panel de prises en charge – de la prévention jusqu’au traitement de maladies chroniques – il faut penser l’organisation des soins au niveau du territoire. Le développement du numérique, de la télémédecine, la diversification des modes d’exercice sont de premières réponses », a évoqué le Premier ministre.

Ce à quoi il ajoute trois axes de travail :

  • « continuer à structurer les soins de ville afin que l’exercice isolé [devienne] l’exception ». L’exécutif compte sur les professionnels de santé pour « organiser la continuité des soins, l’accès en premier recours à un généraliste ou à un spécialiste, la coordination avec le secteur médico-social » ;
  • « tisser des liens entre les soins de ville et l’hôpital » en jouant « sur leurs complémentarités ». Pour définir les schémas territoriaux les plus performants, Matignon mise sur l’expérimentation avec des « pionniers ». D’ici la fin 2018, un appel à projets « visant à identifier 3 à 5 territoires qui pourront proposer des modèles d’organisation totalement nouveaux, qui prendront en charge la santé de toute une population » sera lancé. « Nous souhaitons donner à ces territoires volontaires, la possibilité d’oser, d’innover, de sortir des sentiers battus et des cadres de gestion existants », a lancé Edouard Philippe ;
  • « la gradation des soins : on ne doit pas organiser géographiquement de la même façon les soins de proximité et les soins de recours », prône-t-il.

Les Groupements hospitaliers de territoires encouragés…

Sur ce dernier point, l’exécutif souhaite poursuivre le dispositifs des groupements hospitaliers de territoire (GHT), qui laissent pourtant dubitatifs de nombreux élus locaux. « Chacun comprend qu’un chirurgien qui n’opère qu’une ou deux fois par semaine peut, à un moment donné, manquer de pratique. L’important, c’est de pouvoir accéder très vite, quel que soit l’endroit où on habite, à tous les soins de quotidien, qui concernent 98% des besoins, se justifie Edouard Philippe. Et de pouvoir accéder aussi, quand c’est nécessaire, à une médecine de très haut niveau, très pointue, très technique et technologique lorsqu’un grave problème survient. […] Les groupements hospitaliers de territoire constituent une bonne première étape, elle doit encore être approfondie ».

… tout comme la T2A, préservée

Quant à la tarification à l’activité (T2A), elle aussi depuis plusieurs années dans le viseur des élus des petites villes notamment, « l’enjeu n’est pas de [la] supprimer, mais de la corriger, de la rééquilibrer », a seulement consenti le Premier ministre. Le tout « pour y intégrer des objectifs plus collectifs. Pour intégrer dans les parcours les nouvelles pratiques de soins ambulatoires et d’hospitalisation à domicile ». La T2A doit à terme représenter 50% maximum des modes de rémunération, selon la promesse du candidat Macron, l’autre moité devant faire la part belle aux « financements innovants ». 

Autant d’orientations déjà avancées mais sur lesquelles l’exécutif dit vouloir consulter. « Je veux que chacun puisse s’exprimer sur le schéma cible que je viens de brosser. […] La santé, c’est d’abord l’affaire des patients et des professionnels. Je veux qu’ils puissent pleinement participer à l’élaboration puis à la mise en œuvre de ces chantiers ». La concertation doit donc s’ouvrir « à plusieurs niveaux », et notamment « au niveau local d’abord : des groupes de concertation territoriale permettront de recueillir l’avis des acteurs du terrain », promet le Premier ministre.

Ehpad : un enjeu également de « coordination territoriale »

« Il est évident que toute notre organisation doit s’adapter au phénomène du vieillissement qui mériterait un discours à lui seul. Comment mieux le prévenir, mieux l’anticiper ? Comment faire évoluer les structures concernées ? Tous ces sujets feront l’objet d’une réflexion plus générale avec les professionnels », a précisé Edouard Philippe s’agissant des Ehpad. La ministre des solidarités et de la santé doit proposer en la matière un calendrier d’action « d’ici la fin du mois de mars ».

Note 01:

Avec la qualité des soins et la pertinence des actes, les modes de financement, le numérique et les ressources humaines - Retourner au texte

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