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Crise urbaine 01/12/2017

Villes moyennes en déclin: une sortie de crise esquissée par les géographes

par Emilie Denètre
VilleMoyenne3 © Adobe

Dans le cadre d’une mission d’information commune conduite à l’Assemblée nationale, Hervé Le Bras, démographe, et Frédéric Santamaria, géographe, ont été invités à exposer leurs constats sur les villes moyennes, souvent mal en point. Ensemble, ils ont imaginé des sorties de crise possibles sur la base d’expériences réussies, en France ou à l’étranger.

Métropoles versus territoires ? Voici la question qui a sous-tendu l’ensemble des discussions, ce jeudi 30 novembre, à l’Assemblée nationale et sur laquelle les deux chercheurs étaient invités à disserter.

Dès son propos introductif, le président de la mission d’information, le député de l’Aveyron (LR), Arnaud Viala, plante le décor: « Nous avons constaté que les différentes étapes de la décentralisation ont conduit à créer une concentration des richesses et des croissances sur certains pôles métropolitains au détriment de leurs environnements. Par ailleurs les villes moyennes et les espaces en frange de ces pôles métropolitains sont principalement intégrés à des politiques transversales qui ne prennent pas en compte leurs spécificités ».
Et ce dernier d’inviter Hervé le Bras et Frédéric Santamaria  « à confirmer ou infirmer » ce constat. « Nous voulions, en termes de méthodologie, vous entendre en premier » explique Arnaud Viala.

Incohérences et rétraction

Pour Hervé Le Bras, le démographe, il s’agit en premier lieu de pointer « les incohérences » des lois successives de décentralisation. Dans son viseur les lois Maptam (2014) et NOTRe (2015) : « La situation de la France est assez étrange ! Ou bien on choisit un développement axé sur les métropoles et on définit les régions d’autour d’elles avec des obligations de leurs part, ou bien on laisse tomber l’argumentaire visant à dire que l’on veut des régions de taille européenne, alors que certaines n’ont aucune métropole… ».

Quant à savoir si les métropoles « aspirent » l’ensemble des énergies de leurs territoires, Hervé le Bras se montre mesuré. « Oui assure-t-il, vous retrouvez dans les métropoles les revenus les plus élevés, les cadres, les jeunes, etc… mais vous avez aussi les plus pauvres, et c’est bien dans les métropoles que les taux de chômage sont les plus élevés ». Preuve pour le démographe « que la situation des territoires périphériques n’est pas totalement « catastrophique ».

Un problème de taille ? Pas sûr…

Pour Frédéric Santamaria, le géographe, il est important également de ne pas céder à des facilités : « toutes les villes moyennes ne vont pas mal, et certaines grandes villes, notamment dans le Nord, souffrent des mêmes maux que les plus petites ; l’entrée dans la problématique par la taille de ville n’est pas pertinente» martèle-t-il plusieurs fois.

Reste un constat partagé : oui, un certain nombre de villes moyennes ont en effet subi « une rétraction »…sous l’effet conjugué de la désindustrialisation, de la disparition de certains services publics (tribunaux, casernes, hôpitaux), et de l’essor des centres commerciaux périphériques qui ont tué les centres-villes.

Des idées… de Cholet au Japon

Interrogés ensuite sur ce qui fait qu’un territoire devient résilient, les deux chercheurs proposent des solutions piochées au gré d’expériences réussies.

Pour Hervé Le Bras, c’est l’exemple de Cholet qui retient son attention. Un territoire qui a vu partir son industrie du mouchoir mais qui est parvenu à faire revivre sa ville grâce à l’esprit entrepreneurial de ses habitants… notamment autour de la brioche. Bref, à chaque territoire de trouver son identité, sa marque, en lien ou non avec ses activités du passé, assène-t-il. « J’analyse les choses en me servant de l’Histoire et je constate que les territoires les plus jacobins se sont plus reposés sur l’État et que ce sont ceux-là, qui aujourd’hui ont le plus de mal à rebondir ».

Pour Frédéric Santamaria, il est inutile pour ces petites villes de « copier la métropole » estimant que ces « décroissances » peuvent aussi devenir une « opportunité pour recomposer le territoire ». « La pression foncière baisse, et cela peut être une chance pour racheter des bâtiments et en faire autre chose ; pour dé-densifier aussi, afin de retendre les marchés immobiliers à bon escient ». Et le chercheur d’imaginer, comme dans certaines villes japonaises, une adaptation de la ville « aux besoins et aux pratiques » de sa population plus âgée. Bref, recréer de la centralité et revaloriser une qualité de vie de ces centres-villes… pour un type spécifique de population. 

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