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100ème CONGRÈS DES MAIRES 21/11/2017

Sécurité publique : les élus locaux craignent le retrait de l’Etat

par Hugo Soutra
Police municipale © Flickr-CC-JLZimmermann

Confrontée à une menace terroriste toujours plus élevée, le ministère de l'Intérieur ne cache plus avoir besoin de l'implication croissante des collectivités territoriales sur la sécurité. Profitant du 100ème Congrès des maires, les élus locaux ont fait part de leurs doutes sur l'avènement de ce nouveau paradigme.

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Congrès des maires 2017 : tous les enjeux, tous les débats de la centième édition

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Quel paradigme les pouvoirs publics doivent-ils inventer pour assurer la sécurité de la population au 21ème siècle ? Comment mieux articuler les interventions de l’Etat régalien et les actions de proximité des collectivités ? Quelle politique de sûreté locale mettre en place pour réduire le sentiment d’insécurité des citoyens ? Loin de se réduire à un débat conceptuel, ces questions taraudent de plus en plus d’élus. Preuve en est : l’affluence conséquente, au sein d’un atelier régulièrement délaissé au cours des années précédentes.

« Il faut dire que le contexte a énormément évolué depuis 2015. L’Etat s’est réorganisé après les attentats pour apporter une réponse immédiate à la menace terroriste, laissant souvent les collectivités en première ligne sur le terrain » constate Agnès Le Brun, vice-présidente de l’AMF et maire (LR) de Morlaix. Son confrère Gaël Perdriau, premier édile (LR) de Saint-Etienne et co-président de la commission Sécurité de France Urbaine se fait, lui, plus offensif : « la co-production de sécurité n’est pas nouvelle en soi, mais elle n’a eu de cesse de s’intensifier depuis quelques mois. L’Etat ne doit plus nous demande de pallier le retrait de la police nationale ; qu’il remplisse à nouveau ses missions régaliennes et répondent aux attentes de plus en plus élevées de nos concitoyens. »

Une évolution « nécessaire » respectant les cœurs de métiers de chacun?

Directeur central de la sécurité publique au ministère de l’Intérieur, Pascal Lalle balaie la critique du revers de la main : l’évolution de la menace « diffuse, préoccupante » implique, selon lui, la nécessaire « mobilisation de tous les instants de l’ensemble des responsables politiques – étatiques ou locaux. » Il rappelle, sur un ton grave, qu’il est « possible de se répartir les tâches tout en respectant les cœurs de métiers de chacun. Les policiers nationaux ne doivent plus se contenter de prêter assistance aux victimes et lutter contre les auteurs de crimes et délits, mais aussi se tenir prêts à intervenir face à un risque de tuerie de masse, le tout sans se démobiliser sur la sécurité des personnes et des biens. C’est pourquoi l’Etat doit travailler plus en complémentarité avec les polices municipales, et améliorer la coopération avec les entreprises de sécurité privée qui se sont professionnalisées. »

Attentifs, les élus présents dans la salle écoutent. Mais ne lâchent rien sur le fond. Dans les faits, « l’Etat demande davantage aux maires, qui doivent du coup renforcer leurs polices municipales. Mais ce n’est pas tout : les préfets délivrent également des préconisations ambitieuses pour sécuriser les manifestations et les espaces publics, qu’elle demande aux collectivités locales de financer avec leurs propres moyens » s’étonne le maire (PS) de Lomme (Nord), également président du Forum Français pour la sécurité urbaine (FFSU). A entendre Gaël Perdriau, certains représentants de l’Etat ne daigneraient même pas concerter sur le sujet avec les élus concernés, censés obéir sans sourciller.

La « PSQ » attendue par des élus… qui demandent à être rassurés

Là aussi, le ministère de l’Intérieur s’inscrit en faux contre cette version de l’histoire. « Que les élus se rassurent : nous demandons bien aux préfets de vous associer à leurs réflexions. L’Etat ne compte pas se décharger sur les maires, et est d’ailleurs en capacité d’adjoindre des effectifs de force mobile en cas de grands évènements » tente de se défendre Pascal Lalle.
Ce haut-fonctionnaire du ministère de l’Intérieur conclura sa câlinothérapie à l’adresse des élus locaux en abattant sa carte-maîtresse : la police de sécurité du quotidien. « Ce ne sera pas une énième réforme de la réorganisation de la police. Elle permettra de mieux prendre en compte les besoins de sécurité exprimés par nos concitoyens, de placer l’usager-citoyen au centre de nos missions de police. »

De quoi se mettre les élus dans la poche ? « Bien sûr que renforcer la présence physique de la police nationale, sur le terrain, répond à un besoin fort de la population et des élus puisque c’est vers nous, in fine, qu’ils se retournent quand ils ont des comptes à demander » réagit Gaël Perdriau. Se rappelant « ne pas avoir touché un seul centime de l’Etat sur les 600 000 euros investis par la ville pour sécuriser nos écoles, au lendemain de l’attentat de Nice », le président de Saint-Etienne Métropole ne donne toutefois pas de blanc-seing à Pascal Lalle et son supérieur, Gérard Collomb : « à l’heure où l’Etat se décharge d’une partie de ses missions sur les collectivités tout en leur retirant des moyens, nous nous inquiétons qu’aucune définition précise des missions qui lui seront assignées n’a encore été donnée… »

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