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Sondage exclusif Ifop - Le Courrier des maires 20/11/2017

François Kraus, Ifop : « le renouvellement de la confiance aux maires en place n’est pas gagné »

par Aurélien Hélias
Francois Kraus, directeur du pôle Politique de l’Ifop © Ifop

Notoriété et taux de satisfaction qui s'érodent, poids croissant de la personnalité du candidat dans l'optique du prochain scrutin municipal, volonté de reconduction du maire en 2020 qui plafonne... François Kraus, directeur du pôle Politique de l’Ifop, décrypte les différents enseignements de l'enquête exclusive menée par l’Institut de sondage pour le Courrier des maires sur le regard des Français sur leur maire à mi-mandat.

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« Le maire est une institution, un référent politique majeur pour les Français, bien ancré dans leur rapport à la politique. Mais s’il reste leur élu préféré, il pâtit aussi de leurs très fortes attentes, comme le montrent les différentes études sur la perception des politiques depuis une dizaine d’années ». Directeur du pôle Politique de l’Ifop qui réalise depuis une douzaine d’années des bilans d’action municipale pour le compte de municipalités, mais aussi de partis ou de personnalités politiques locales qui préparent les prochaines échéances électorales, François Kraus décrypte les résultats de l’enquête exclusive réalisée par l’Ifop pour le Courrier des maires sur « Le regard des Français sur leur maire à mi-mandat ».

Courrierdesmaires.fr : N’est-ce pas surprenant que de voir un Français sur deux méconnaître son maire à la mi-mandat ?

François Kraus : Ce chiffre de 50 % est à relativiser : certes, il y a dix ans, le taux de notoriété du maire approchait davantage des 70%. Mais lorsqu’on demandait ensuite aux Français quel était ce nom, une bonne partie ne le donnait pas ou donnait un nom erroné ! Beaucoup de gens croient connaitre mais se trompent, comme le montre ce sondage qui est le premier à poser la question d’abord de manière ouverte. Les erreurs s’expliquent aussi par les nombreux changements intervenus à la tête de la marie à la faveur de la vague bleue de 2014, mais aussi du non-cumul qui s’est imposé cette année et a amené un nouveau maire à s’installer à l’hôtel de ville. Dans les communes de plus de 15 000 habitants, 10 à 20 % des maires ont changé depuis 2014 ! Le cumul avait un effet multiplicateur pour la notoriété des députés-maires et sénateurs-maires. Ajoutez à cela les élections intermédiaires, départementales et régionales, et vous obtenez une conjonction de phénomènes expliquant un certain brouillage de l’identification des élus et des maires auprès des Français. Ce taux de notoriété devrait toutefois peu à peu remonter.

Comment expliquer la perte en ligne de satisfaction des Français à peine la mi-mandat passée ?

Là aussi il faut replacer les choses dans leur contexte : le fort renouvellement de 2014, surtout dans les villes moyennes et les grandes agglomérations, fait que les maires nouvellement installés n’ont pas encore pu récolter les fruits de la mise en place de leur programme. Autres explications : la forte abstention et le basculement à droite de nombreuses villes pourtant sociologiquement ancrées à gauche font que le hiatus politique entre le maire et ses administrés intervient plus rapidement que l’érosion naturelle du taux de satisfaction à mesure que le mandat avance dans le temps.

Le contexte financier et institutionnel peut-il jouer ?

Il est certain que les baisses de dotations, même si les maires n’y sont pour rien, ne favorisent pas la satisfaction des Français : les administrés ne comprennent pas forcément les raisons de la fermeture de tel ou tel service public local, la disparition de tel référent au sein de la collectivité, le pourquoi des baisses de subventions aux associations… Quant à l’élargissement des intercommunalités, elles suscitent parfois une certaine incompréhension des Français sur le rôle de leurs élus communaux dont ils se disent qu’ils ne servent à rien si la commune est noyée dans l’intercommunalité… Le maire, notamment en milieu rural, peut se retrouver cantonné à un rôle symbolique, ce qui n’aide pas à favoriser la satisfaction…

Comment analysez-vous le lien entre cote de satisfaction et sympathie partisane ?

Les variables du taux de satisfaction restent stables : sociologiquement, plus on fait partie d’un milieu populaire ou modeste, moins on est diplômé, plus on va douter du maire et de son action. Politiquement, plus on partage une ligne politique contestataire, plus on va être insatisfait du maire, et ce d’autant plus qu’on dispose sur ces lignes contestataires – FN, extrême-gauche, France Insoumise, apolitiques – de peu d’élus locaux, exception faite des communistes. A l’inverse, plus on converge vers le centre, plus le taux de satisfaction est élevé.

Un chiffre est rassurant pour les maires : 80 % de ceux ayant voté pour celui ayant été élu sont satisfaits de son action. L’enjeu pour lui est donc d’élargir sa base. D’autant que s’il a été élu sur son programme, paradoxalement, les projets et équipements annoncés n’aboutissent souvent que sur la toute fin du mandat, quand ce n’est pas au début du suivant !

Le programme arrive justement en critère numéro un pour le bulletin dans l’urne en 2020…

Le programme et, pour le maire, le bilan, sont traditionnellement les deux premiers critères des Français pour décider de leur vote. Mais un changement notable apparaît : le critère de la personnalité progresse de onze points par rapport à la veille des élections 2014 ! L’effet personnalité du candidat joue de plus en plus et on ne peut que faire le lien avec la chute parallèle du critère de l’étiquette politique, qui perd huit points. Comme pour l’élection d’Emmanuel Macron à la tête du pays, on voit là la personnalisation de l’élection et la croyance croissante dans l’homme providentiel : on n’attend plus d’un élu un programme politique, idéologique, mais une capacité à assurer le service public. Pour les maires candidats, leur programme sera important. Mais leur capacité à lier leur bilan avec la démonstration que c’est leur personnalité qui a permis de le mener à bien pourra leur donner un avantage comparatif net face à leurs adversaires.

A 30 mois des municipales, seulement 50 % des Français souhaitent voir leur maire réélu. Les maires doivent-ils s’inquiéter ?

Si ce chiffre est effectivement en deçà des 58 % de souhait de réélection à la mi-mandat 2001-2008, il faut l’interpréter avec prudence, et le lier avec le taux de satisfaction et de notoriété qui devraient progresser au fur et à mesure des deux dernières années de mandat. Reste que malgré l’image du maire comme élu le plus populaire, 50 % seulement de Français souhaitant qu’il soit réélu et surtout seulement 72 % de ses propres électeurs dès le 1er tour de 2014 sont des chiffres décevants pour eux. Il y a pour ces élus, avec leurs équipes municipales, tout un travail de pédagogie et de communication à mener sur cette deuxième partie de mandat pour mettre en valeur, mieux que ne l’ont permis les traditionnels bilans de mi-mandat, leurs réalisations. Et ce, surtout sur les derniers 18 mois de la mandature. Car le potentiel de réélection souffre clairement du manque de moyens des élus pour mener à bien leur programme et en faire la démonstration. A ce jour, le renouvellement de la confiance aux équipes municipales et aux maires en place est loin d’être gagné.

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