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Aménagement du territoire 08/11/2017

28% des Français estiment vivre dans des territoires « délaissés des pouvoirs publics »

par Hugo Soutra
Village de Domme, Périgord noir © Flickr-CC-Dynamosquito

A l'heure où la métropolisation de la France et le creusement des inégalités territoriales sont abondamment commentés, voici une étude qui ne manquera pas de faire réagir. D'après le CRÉDOC et le Commissariat général à l'égalité des territoires, près d'un Français sur trois, essentiellement des habitants de zones rurales isolées, estiment vivre dans des lieux délaissés par les pouvoirs publics.

Depuis plusieurs années, la « fracture territoriale » s’est imposée dans le débat public. Cette image a donné lieu à de nombreuses controverses scientifiques comme politiques, sur la véracité du phénomène, sa délimitation, sa mesure et son niveau de gravité, ses éventuelles conséquences électorales, les moyens efficients d’y répondre, etc. Loin de relancer vainement une énième pièce dans la machine, la dernière enquête sur les conditions de vie et aspirations des Français du CRÉDOC s’intéresse à la perception que se font les citoyens de ces inégalités territoriales.

Et, pour près d’un tiers d’entre eux, cette fracture est non seulement réelle mais aussi bien concrète : 20% ont « plutôt » le sentiment de vivre dans un territoire délaissé des pouvoirs publics, tandis que 8% – pour la plupart, des habitants des communes isolées ou situées dans des pôles de petite taille… – en sont convaincus. Près de 40% d’entre eux, majoritairement des jeunes et des locataires confrontés à divers freins à la mobilité (manque d’épargne et/ou de réseau), estiment qu’il leur serait plus facile de mener à bien leurs projets de vie dans une autre ville que la leur, indique le CRÉDOC.

Variations entre zones rurales et quartiers prioritaires

Sans surprise, le sentiment de délaissement est fortement corrélé à la situation sociale et économique des individus interrogés. Qu’ils habitent dans un territoire en « relégation spatiale » ou bien une métropole dynamique, les pauvres (36%), non-diplômés (33%) et chômeurs (39%) – parce qu’ils sont « moins dotés en capital culturel et économique » avance le CRÉDOC –  sont les premiers à faire état de la prégnance des inégalités territoriales.

Une différence existe tout de même entre habitants des zones rurales et ceux résidant dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Conscients de vivre dans un territoire bénéficiant de l’action renforcée des pouvoirs publics, à proximité des grandes agglomérations supposées être synonymes d’opportunités de mobilité et d’accession sociale, ces derniers seraient moins gagnés par ce ressentiment territorial.

Développement local ou aides à la mobilité ?

Alors, faut-il continuer à encourager la métropolisation en espérant qu’un « ruissellement » s’opère en faveur des territoires connaissant un décrochage socio-économique, au travers des transferts sociaux et/ou de la péréquation ? Les pouvoirs publics doivent-ils encourager les Français vivant dans des régions en crise et des zones d’emploi sinistrées à migrer vers des territoires plus dynamiques ? Evidemment que non, répondent à l’unisson les sondés connaissant un sentiment de délaissement – du fait des contraintes objectives liées à la mobilité ou parce qu’ils sont, plus paradoxalement, attachés à leurs territoires.

Refusant d’éventuelles « aides à la mobilité », la majorité d’entre eux se prononce en faveur d’un renforcement de l’attractivité des territoires en déprise démographique comme économique : développement de leurs territoires, installation de nouvelles entreprises, amélioration de l’offre de santé, des transports et des services administratifs (mairie, Pôle Emploi, CAF), etc.

La méthodologie de l’enquête du CRÉDOC

Réalisé auprès d’un échantillon de 2 000 personnes âgées de 18 ans ou plus, résidant en France métropolitaine, sélectionnées selon la méthode des quotas, le sondage du CRÉDOC répond à une commande du Commissariat général à l’égalité des territoires. Plusieurs questions ont été ajoutées à la demande du CGET à la traditionnelle enquête « Conditions de vies et aspirations des Français » qu’ils mènent chaque année depuis 1978.

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