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Politique de la ville 16/09/2017

« Une double peine » pour les quartiers prioritaires

par Emilie Denètre
Banlieue © Touvert (Flickr, Creative commons)

Après la coupe de 46,5 millions d’euros dans les crédits de la politique de la ville cet été, le gouvernement a confirmé une baisse drastique des contrats aidés. Pour Driss Ettazaoui, élu (MoDem) en charge de la politique de la ville au Grand Evreux et vice-président de l’association « Ville & Banlieue », c’est tout l’aspect social et du vivre-ensemble dans les quartiers prioritaires qui est ici remis en cause.

Courrierdesmaires.fr : Avez-vous été surpris par l’annonce estivale d’une coupe de 46,5 millions d’euros sur le programme 147 des crédits de la politique de la ville ?

Driss Ettazaoui : Oui c’était brutal. Brutal, car il n’y a eu aucune consultation sur le sujet mais aussi en raison des conséquences significatives et durables que cette décision va avoir sur le tissu associatif qui est la première victime de cette baisse des crédits surprise.

Plus globalement, c’est ici tout le « vivre-ensemble » dans les quartiers prioritaires qui sera impacté, avec des opérations qui ne verront pas le jour…

Pour sa défense, le gouvernement insiste sur le fait que ces crédits n’étaient pas encore engagés…

C’est un peu plus compliqué que cela, et je peux vous le dire car je le vis au local. Aujourd’hui, l’Etat ne respecte pas sa signature : quand il signe des contrats de ville, qui sont véritablement des documents stratégiques en termes de politique de la ville, le préfet précise les moyens alloués au territoire.

© evreux.fr Driss Ettazaoui

Par exemple pour Evreux, c’est 322 000 euros avec une première programmation et une seconde programmation ensuite. L’agglomération a commencé à travailler sur les projets à financer sur un montant de 240 000 euros dans un premier temps, en lien avec les services de l’Etat. L’idée étant qu’on conserve provisoirement le reste de l’enveloppe avant de la prioriser ensuite… Evidemment, les projets fléchés prioritaires ont démarré, mais on espérait tout de même un financement dans le cadre de la deuxième programmation !

Techniquement ces crédits n’étaient donc pas « engagés », mais lorsque vous recevez une enveloppe globale, vous n’imaginez pas qu’elle sera grevée et en plus d’un montant significatif, soit 64 000 euros sur Evreux. Pour ne rien arranger, chez nous, le préfet a décidé de ne pas nous allouer non plus les crédits égalité et citoyenneté d’un montant de 25 000 euros.

L’autre mauvaise nouvelle de l’été, c’est la baisse des contras aidés ?

Oui, c’est la double peine ! Mais celle des contrats aidés est sans doute la plus sévère car, et je pèse mes mots, c’est tout le tissu associatif qui va être déstabilisé et donc les offres de services à la population, dans les quartiers prioritaires en particulier, qui risquent aujourd’hui d’être remises en question.

On a 31 contrats aidés concernés sur notre territoire. Les opérateurs associatifs ont été informés que les contrats ne seraient pas renouvelés d’ici la fin de l’année et début 2018. Ce sont des postes autour de projets éducatifs, d’alphabétisation, d’animation ou d’accueil du public. Mais le pire, c’est  qu’il y a un effet « cascade ». Quand vous supprimez un poste, vous supprimez un projet et vous supprimez les co-financements qui étaient liés au projet…

Par ailleurs, les arguments avancés par le gouvernement, sur le fait que ces emplois sont coûteux sans permettre une insertion des bénéficiaires, sont ceux de personnes qui vivent dans une tour d’ivoire. Moi, je le vois car je dirige un service de la politique de la ville dans une collectivité à côté de mon engagement d’élu, et je peux vous affirmer que si la collectivité ou l’opérateur joue le jeu et assure une formation au bénéficiaire du contrat aidé, à la sortie cette personne, forte d’une expérience et d’une formation, s’insère sur le marché du travail. C’est dommage qu’un dispositif qui fonctionne bien, soit remis en cause pour des exceptions.

Comment va se positionner l’association Ville & Banlieue, désormais ?

On a cette volonté farouche de nous faire entendre et je peux vous dire que nous sommes en formation de « combat ». On ne peut pas ainsi battre en brèche les moyens humains et financiers qui ont été investis dans la politique depuis des années parce qu’on doit à tout prix faire des économies. Nous [ndlr : l’association Ville et Banlieue] serons reçus le 20 septembre par les conseillers du Premier ministre pour évoquer ces différentes questions.

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  1. Bonjour
    Concernant les finances de mon pays , notre President s’efforce avec son équipe de trouver des solutions, ce qui pour ma part reste un challenge compliqué mais nécessaire.
    Serait il pas convenable de revoir aussi notre système de taxation , pourquoi chaque habitant ne verserait pas 10% de leurs revenus et cela quelque soit son niveau de vie ?
    Bien à vous
    Bonne journée
    Jeannie SEYMOUR

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