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Politique de la ville 20/08/2017

Un vent d’inquiétudes souffle sur les quartiers prioritaires

par Hugo Soutra
Banlieue © Touvert (Flickr, Creative commons)

Un certain nombre d’élus locaux et de professionnels de la politique de la ville se soucient du sort réservé aux communes pauvres, aux associations intervenant dans les quartiers prioritaires ainsi qu’au secteur du logement social. Plusieurs décisions estivales entérinées ou en passe de l’être par le ministère de la Cohésion des territoires leur restent en travers de la gorge.

Devant des élus réunis au Sénat au cœur de l’été, Emmanuel Macron a eu l’occasion d’exposer sa doctrine en matière de décentralisation et de solidarité territoriale. Mais le nouveau président de la République et son gouvernement ont-ils une philosophie établie en matière de politique de la ville et d’émancipation des citoyens des quartiers populaires ? C’est la question que se posent actuellement plusieurs élus de communes abritant un des 1514 quartiers prioritaires. Un projet de révision des obligations faites aux municipalités en matière de construction de logements sociaux, récemment dévoilé, alimente leurs doutes.

D’après une indiscrétion du Monde, le gouvernement réfléchirait à assouplir considérablement la loi SRU et particulièrement son article 55, dans le cadre de la future loi Logement attendu pour l’automne 2017. Le quotidien du soir avance deux pistes formulées par la direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) au sein du ministère de la Cohésion des territoires : repousser après 2025 l’échéance faite aux communes concernées d’atteindre 20 à 25% de logements sociaux sur leurs communes, ainsi que comptabiliser les logements intermédiaires dans les quotas HLM. 

Quelle mixité sans logements sociaux ?

Une telle décision réjouirait sans nul doute les quelques maires à la tête de communes préférant actuellement être mises à l’amende que faire sortir de terre des logements sociaux. Mais, dans l’attente de l’arbitrage gouvernemental, elle inquiète aussi une grande partie de ces élus en charge de la politique de la ville ainsi que des bailleurs sociaux. Ces derniers tablent en effet sur d’importantes constructions d’appartements HLM en dehors des quartiers prioritaires pour parvenir à concrétiser leurs objectifs de mixité sociale. Ce projet inquiète d’autant plus ces différents acteurs engagés auprès des 5,5 millions d’habitants des quartiers populaires que l’été, pour eux, s’est déjà révélé suffisamment difficile sur le plan budgétaire. 

Trois jours après la Conférence nationale des territoires où leurs représentants avaient réclamé une modulation de l’effort de réduction des dépenses publiques en fonction de l’ampleur de leurs problématiques, ils ont vu… fondre une partie de leurs crédits. Le décret 2017-1182 du 20 juillet, signé par le ministre de l’Action et des comptes publics, Gérald Darmanin, a ainsi supprimé 130 millions d’euros en crédit de paiement sur le programme Urbanisme et amélioration de l’habitat – mettant ainsi en péril la construction de 12 000 logements très sociaux (PLAI).

Le volet « humain » de la politique de la ville mis à mal

En outre, la diminution des concours financiers de l’Etat aux communes a retranché environ 200 millions d’euros à la « dotation Politique de la ville » versée à la centaine de villes les plus pauvres. Mais c’est encore une autre décision qui a suscité l’ire des élus en charge de la politique de la ville : ce même décret est également revenu sur l’engagement contractuel de l’Etat pris dans le cadre des financements des 435 contrats de ville. Le programme 147, qui n’est autre que le volet « humain » de la politique de la ville, a été ponctionné de 46,5 millions d’euros. Soit tout de même une réduction de 11% de son budget.

Dans les colonnes du Courrier des maires, fin juillet, la sénatrice du Nord, Valérie Létard (Union centriste) avait alerté sur les faibles moyens alloués par l’Etat pour réussir la réforme de la politique de la ville. Interrogé par Le Monde, Marc Vuillemot, maire (PS) de La-Seyne-sur-Mer, parle pour sa part d’un « très mauvais calcul », même mis au regard du doublement annoncé des crédits en faveur de la rénovation urbaine. « Sans actions d’accompagnement importantes sur le terrain, tous les efforts réalisés dans le cadre du PNRU seront réduits à néants. On le sait tous depuis longtemps. La régulation du climat social est essentielle » tonnait le président de l’association Ville & Banlieue.

Désengagement de l’Etat = risques d’émeutes ?

Une tribune co-signée par une quarantaine de maires essentiellement étiquetés à gauche (PCF, PS) mais aussi d’En Marche! et de LR, parue dans L’Humanité, dénonçait aussi cette coupe budgétaire : il en irait de la survie de centaines d’associations engagées dans la lutte contre l’illettrisme, la formation professionnelle, la citoyenneté et le vivre-ensemble, ou encore la prévention de la délinquance et des radicalisations. 

Outre des répercussions avérées pour leurs salariés et les bénéficiaires de ces actions socio-éducatives, cette décision menacerait, à les entendre, l’ensemble des habitants des quartiers populaires ainsi que leurs voisins des territoires à proximité. « La seule année en quatre décennies où les quartiers populaires ont eu à subir pareil désengagement de la puissance publique, a été 2005, celle qui les a vus s’enflammer et connaître les violences urbaines sans précédent qui demeurent dans les mémoires » écrivent-ils, sans y aller par quatre chemins. Gageons pour le gouvernement que leur hypothèse se révèle erronée.

Un peu plus tôt, le président du mouvement « Bleu Blanc Zèbre » – fondé par l’écrivain Alexandre Jardin – et délégué général de l’Agence pour l’éducation par le sport (APELS) avait, lui aussi, pris la plume. Avec les maires d’Allonnes (FdG), d’Arras (UDI), d’Epinal (LR), de Montceau-les-Mines (LR), de Sevran (Ecologistes!) et du 3ème arrondissement de Lyon (PS), Jean-Philippe Acensi a publié un texte alarmiste dans Libération sur la ghettoïsation, les trafics de drogue, la hausse du décrochage scolaire et la radicalisation religieuse. Ils appelaient à l’organisation d’un « Grenelle de la fraternité » dès la rentrée afin d’ouvrir une « nouvelle ère » de la politique de la ville. Sans davantage être entendu, pour l’heure, par le gouvernement.

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