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Urbanisme stratégique 03/07/2017

Revitalisation des centres-villes : l’espoir est permis… sous conditions !

par Hugo Soutra
Centre-ville, commerces, Le Puy-en-Velay © Flickr-CC-DirectionCentreVille

Après le constat, place à la reconstruction. Réunis les 29 et 30 juin à Orléans pour les 12ème Assises nationales du centre-ville, maires et élus en charge de l’urbanisme ou encore du commerce ont échangé sur leurs recettes susceptibles de permettre une revitalisation de leurs cœurs de ville. Le sujet s’est définitivement imposé comme l’une des principales préoccupations de leurs mandats.

Les élus locaux ayant d’ores et déjà planché sur l’avenir de leurs cœurs de villes, embauché  des « managers de centre-ville » ou pris des moratoires contre le développement anarchique des surfaces commerciales en périphérie ne s’y sont pas trompés. « Alors que seuls 32% des Français considèrent encore leurs cœurs de villes dynamiques – contre 44% l’an dernier –, ils sont neuf sur dix à considérer que leur redynamisation devrait être l’un des principaux objectifs des maires » introduit Caroline Mériaux, directrice marketing de Clear Channel France.

La reconquête passera par une stratégie globale

Partenaire des 12èmes Assises organisées par l’association Centre-Ville en mouvement, l’entreprise américaine de publicité urbaine a financé elle-même ce baromètre auprès de l’institut CSA. De quoi documenter, en tout cas, le sujet de la dévitalisation des centres-villes, qui s’est hissé ces derniers mois au premier rang des préoccupations des élus. Ce phénomène touche en particulier les villes moyennes et centre-bourgs, déjà en proie à un sentiment de déclassement du fait de la fermeture de certains services publics ou de la désertification commerciale. « 42% et 45% des sondés résidant dans des villes de moins de 50 000 et 20 000 habitants déclarent moins fréquenter leurs centres-villes qu’auparavant faute d’une offre satisfaisante » ajoute-t-elle. Mais, de rapports en colloques, et de séminaires en livres blancs, une prise de conscience semble néanmoins en cours.

« Lors des premières Assises, je me souviens qu’il était spécifiquement question de commerces. Nous nous sommes rendus compte, depuis, que les centres-villes étaient de véritables ensembles, et que nos politiques de revitalisation devaient aller bien au-delà de l’animation commerciale » témoigne Philippe Laurent, maire de Sceaux et secrétaire général de l’AMF. » Le député de l’Hérault, Patrick Vignal, vice-président de l’association Centre-Ville en mouvement, poursuit : « à l’heure où l’urbanisation galopante grignote toujours plus de terres agricoles et où la vacance commerciale a doublé, en quelques années, dans les centres de Béziers, Lodèze comme de Perpignan, la problématique touche en effet de multiples politiques publiques. Il faut créer des maisons de santé, attirer des professions libérales, travailler main dans la main avec les bailleurs sociaux, repenser le stationnement pour les deux roues et les voitures électriques, renforcer nos politiques de sécurité » liste-t-il.

Maîtrise du foncier commercial

Comme le dit Sylvie Robert, sénatrice d’Ille-et-Vilaine et ancienne maire-ajointe de Rennes : « tout passe par l’aménagement et la création d’aménités urbaines. Avoir un centre-ville vivant passe par une politique culturelle… et donc, encore une fois, par l’urbanisme. »
Pour enrayer le déclin démographique de Montrouge, Etienne Lengereau a pu compter sur le prolongement du métro… mais aussi un fort volontarisme politique. « Nous avons récupéré la maîtrise du foncier commercial grâce à notre société publique locale, qui rachetait des locaux vacants puis les relouait à des tarifs raisonnables » explique-t-il concrètement.

Les maires ne disposant pas de l’ingénierie nécessaire peuvent solliciter leur agglomération pour les épauler. Qu’il s’agisse d’interventions foncières ou d’aides économiques, mais aussi de planification et d’aménagement équilibré du territoire, les intercommunalités comme les régions disposent en effet des compétences voire des moyens pour appuyer les actions des maires. « En Occitanie, il y aurait besoin d’un vrai débat sur l’aménagement du territoire à l’échelle régionale. Alors que tous les élus veulent leurs Ikea ou leurs Decathlon, comment faire cesser la prolifération des centres commerciaux à nos sorties de ville ? » interroge Patrick Vignal.

La Caisse des Dépôts et les commerçants ont (aussi) des solutions

La Caisse des dépôts assume son rôle d’accompagnant des collectivités… lorsque le couple communes/intercommunalités dispose d’un véritable projet de territoire. « Nous sommes là pour apporter des contributions tangibles, en termes d’ingénierie voire de financements en cas de difficultés budgétaires. Nous traitons de tout type de sujets, de la mobilité et du stationnement, au développement économique local, en passant par la politique d’habitat ou l’animation commerciale » illustre Michel-François Delannoy, chargé de mission « Projets territoriaux complexes » à la CDC.

Les stratégies locales de préservation ou de dynamisation des centre-villes ne peuvent pas, non plus, faire l’impasse sur l’implication des premiers concernés. Des habitants, bien sûr, mais aussi des commerçants, dont certains sont en train de faire leur aggiornamento et repensent leurs offres de services d’A à Z pour s’adapter aux pratiques de leurs clients. « Le premier libraire de France, aujourd’hui, c’est Amazon. Autrement dit : c’est le seul libraire… qui ne lit pas de livres ! D’où le besoin pour les libraires indépendants de ne plus se contenter de distiller de bons conseils, mais aussi de se mettre à niveau pour être capable de livrer un service analogue aux grands fournisseurs, notamment en termes de délais de livraison » explique Xavier Capodano, patron de la librairie du « Genre urbain » dans l’Est parisien, mais aussi co-fondateur des sites Librest ainsi que Leslibraires.fr

Rester attentifs et vigilants

Nombre de commerçants réclament, en contrepartie, une gestion plus dynamique et optimisée du stationnement à leurs élus. Cela tombe bien : leurs pouvoirs vont considérablement s’accroître avec la prochaine entrée en vigueur de la décentralisation du stationnement payant, qui s’accompagnera d’une dépénalisation leur permettant de fixer eux-mêmes le montant des amendes. « Alors que le turn-over est trois à six fois plus important sur les places payantes que sur les places non-réglementées, la maîtrise du stationnement payant est un outil de l’attractivité des centres-villes ! Cela permettra aux élus de diminuer les voitures-ventouses, qui représente un véritable handicap pour les commerces » analyse Stéphane Rouve, préfet chargé de la direction opérationnelle de la décentralisation du stationnement payant.

Tout au long de ces deux journées, les organisateurs ont pu compter sur leurs invités pour répéter comme un mantra le fil rouge de ces Assises : arrêtez de penser vos centres-villes en silos ; imaginez et planifiez plutôt leur avenir de manière stratégique, c’est-à-dire à partir des besoins des usagers, des citoyens. Ce qui doit les pousser, à l’instar du premier édile de Montrouge, à rester continuellement attentifs. « Malgré cette récente croissance démographique, nous demeurons vigilants. Nous devons prendre en compte les nouveaux usages et pratiques des consommateurs, notamment l’explosion du e-commerce. Il ne nous faut pas oublier non plus les questions liées aux mobilités douces et à la transition énergétique, ainsi que l’enjeu de la logistique urbaine et des modes de livraison au dernier kilomètre » avertit Etienne Lengereau. Rien n’est acquis. Conserver un centre-ville dynamique requiert une vigilance de tous les instants.

2ème édition des Trophées des centres villes et cœurs de métropoles

Après une première édition en 2016, Le Courrier des Maires et la Gazette des communes récompensent et mettent en valeur de nouveau des initiatives locales de développement et de dynamisation des centres bourgs, centres villes et cœurs de métropoles. La remise des prix aura lieu le 19 octobre, à Paris.

Candidatez avant le 15 septembre ! Informations et candidatures ici.

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  1. Un centre-ville ne peut pas être vivant s’il est désert à partir de la fermeture des commerces. Il faut donc qu’il soit habité. Pour les communes qui n’ont pas un service de transport en commun intense, l’habitant du centre ville doit avoir la possibilité d’utiliser sa voiture.
    Les lus

  2. je suis étonnée qu’on ne fasse pas le lien entre les ouvertures des GMS de plus 400 m2 les dimanche matin et le commerce alimentaire de proximité. et pourtant on le sait ….les villages ont été les premiers concernés en perdant jusqu’à leur boulanger.(puis par ricochet les habitants , les écoles …).peu achètent une maison où il n’y a plus de services. un gel des extension et développement est urgent mais qui aura le courage politique de le faire

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