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Elections législatives - 1er tour 13/06/2017

« Les spécificités territoriales n’ont pas disparu du vote aux élections législatives »

par Emilie Denètre
Jean Petaux, politologue, professeur à Sciences-Po Bordeaux © DR

Politologue à Sciences Po Bordeaux, Jean Petaux décortique pour le Courrier des maires les résultats du premier tour des législatives. Il évoque le renouvellement profond du personnel politique auquel nous assistons mais défend l’idée que les spécificités territoriales n’ont pas disparu… même si elles sont pour l'heure «noyées » sous la vague La République en marche.

Jean Petaux est professeur à Sciences-Po Bordeaux. Il est l’auteur dans la collection « Territoires du politique » d’un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire (PS) de Mérignac (éd. Le Bord de l’Eau).

Comment expliquez-vous ce succès de la LREM au premier tour des Législatives ?

Jean Petaux : Attention, on ne peut parler ici que pour ceux qui se sont exprimés dimanche dans les urnes. Et il semble que ceux-là aient manifestement voulu que la cohérence prévale et ont donc choisi de donner sa chance au président nouvellement élu. Ce raz-de-marée est de grande ampleur, mais ce n’est pas la première fois que l’on voit cela sous la Vème République. En 1993, on avait 472 députés de la majorité de droite sur les 577 que compte l’Assemblée nationale, mais ils étaient effectivement « divisés » en deux groupes : 257 RPR et 215 UDF. Autre exemple, en 2002, après l’élection de Jacques Chirac, le groupe UMP à l’Assemblée rassemblait 359 députés !

Peut-on encore avoir une lecture territoriale de ces résultats ?

C’est comme lorsque vous lâchez l’eau d’un barrage dans la vallée, vous avez la formation d’un lac artificiel, et vous ne voyez à sa surface plus aucune différence, comme une sorte d’homogénéisation du paysage politique. Mais en réalité sous l’eau, les reliefs demeurent, les bâtiments aussi. Mais cela on ne le perçoit que lorsque le lac est asséché… C’est un peu la même chose ici : les spécificités territoriales n’ont pas disparu, simplement on ne les voit plus pour le moment. La seule chose qui émerge encore du « lac LREM », c’est la présence du FN dans le Nord et l’Est de la France, dans les Hauts-de-France et dans les départements Ardennes et Lorraine… Dans ces territoires, Marine Le Pen avait fait des scores supérieurs à 30 % à la présidentielle, elle confirme avec son résultat dans la circonscription d’Hénin-Beaumont (46,02%). Surnage aussi un peu de vote France Insoumise en Auvergne, mais c’est très limité.

Cette vague a-t-elle aussi emporté le lien du député à son territoire ?

Il vrai que la majorité des probables futurs députés LREM n’a pas d’ancrage territorial, même si ces derniers ne sont pas tous hors-sol. Certains étaient en effet élus locaux ou nationaux auparavant. Mais avec ce renouvellement politique causé par la règle du non-cumul du mandat et accentué par le mouvement d’Emmanuel Macron, fait en effet émerger de nouveaux députés, dont l’ancrage aujourd’hui est désormais lié soit à leur activité professionnelle, soit à la vie associative locale ou encore au simple fait de résider sur le territoire. Nous assistons à un vrai renouvellement du personnel politique.

Certains disent qu’avec cette abstention, ces députés seront mal élus…

Je crois que l’on a surtout tendance à oublier les règles simples de la démocratie. Premièrement, ceux qui ne votent pas sont autorisés à se taire ! Deuxièmement, si sur 100 personnes inscrites vous n’en avez que 10 qui se déplacent, vous avez sans doute un problème de quorum, mais c’est bien la répartition de ces 10 voix qui compte. Si l’un des candidats rassemble quatre voix et que les six autres voix se répartissent sur six candidats différents, eh bien c’est le premier qui l’emporte. Cette remise en cause répétée des résultats, par de mauvais perdants à longueur de scrutin est pour moi très dangereuse et entretient justement cette lassitude des électeurs…

Justement, comment expliquer un tel record d’abstention ?

Je ne pense pas qu’il y ait une seule cause… Mais l’inversion du calendrier y est pour quelque chose. Depuis 2002, la participation aux Législatives ne cesse de chuter : 2002, au premier tour, 64% de participation contre 57% en 2012 ; et au second tour cela s’accentue : 2002 : 60 % de participation, 2012 : 55%. Je pense donc que nous assisterons dimanche à un accroissement de l’abstention. Les Français aiment les élections présidentielles, ils ont vraiment le sentiment de peser sur les choses ; avec les législatives, qui arrivent après une longue séquence électorale, c’est un peu comme s’ils ne parvenaient pas à aimer deux élections à la fois : ils voient le scrutin législatif comme une élection de second rang…

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