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Santé publique 28/08/2018

L’ambroisie, « fleur du mal » et fléau sanitaire

par Sophie Helouard
Ambroisie © Adobe/ Wiltrud

L’ambroisie - une plante envahissante dont le pollen est fortement allergisant - est en pleine expansion dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Particulièrement touchée, la métropole de Lyon lutte contre ce fléau depuis plusieurs années.

 

Article initialement paru dans le Courrier des maires n° 314

Feuillage découpé vert franc, silhouette gracile ondulant au moindre souffle de vent : en Rhône-Alpes, l’ennemi numéro 1 est l’ambroisie. Une jolie fleur sauvage dont le doux nom dissimule un redoutable nuisible. Depuis quinze ans, la métropole de Lyon lutte contre ce fléau qui coûte près de 20 millions d’euros par an au système de santé. Originaire d’Amérique du Nord, la plante est apparue dans l’Hexagone à la fin du XIXsiècle, probable passager clandestin d’un cargo américain de semences. Et se répand au fil du temps dans le Sud-Est, en Bourgogne et Poitou-Charentes. « C’est une plante qu’on trouve beaucoup le long du 45parallèle, où la photopériode et les facteurs climatiques favorisent son développement, explique Samuel Monnier, ingénieur au Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). En Europe, la Hongrie en est infestée. »

Allergène puissant

Lorsqu’elle est en fleur, à la fin de l’été, l’ambroisie émet plusieurs millions de grains de pollen par jour, aéroportés à des dizaines de kilomètres à la ronde par le vent. Cinq grains par mètre cube suffisent à déclencher une allergie. Les symptômes les plus courants – rhinite, eczéma, trachéite, asthme… – affectent plus de 12 % de la population rhônalpine (150 000 personnes). Jusqu’à 20 % dans les zones les plus touchées. « Et on est sans doute loin du compte, car beaucoup de malades préfèrent faire de l’automédication plutôt que de se rendre chez leur médecin », note Pierre Diamantidis, élu lyonnais, animateur du réseau des « référents ambroisie », dont en fait partie Marie-Laure Rué, conseillère municipale chargée de l’environnement à Charly. Dès qu’elle reçoit un email lui signalant la présence du végétal sur le territoire de sa commune, elle se rend sur place pour procéder à l’identification de la plante. « Si c’est bien de l’ambroisie, je coordonne sa destruction », dit-elle. Tout signalement constitue un geste citoyen permettant limiter l’expansion de cette « fleur du mal ». 

Les acteurs

La métropole de Lyon. Depuis une quinzaine d’années, la métropole de Lyon mène des actions de lutte pour contenir l’expansion de l’ambroisie. En parallèle de ses missions curatives (arrachage, fauchage), la collectivité territoriale sensibilise le public aux risques d’allergie et l’aide à reconnaître la plante via la diffusion de supports d’information sur tout le territoire (mairies, pharmacies, cabinets médicaux, etc.).
Le Réseau national de surveillance aérobiologique. Le RNSA est chargé de la surveillance des pollens et des moisissures dans l’air. Grâce à un réseau de capteurs répartis sur l’ensemble du territoire national, il publie chaque semaine des bulletins allergopolliniques. En période de floraison de l’ambroisie, il émet un communiqué spécial en collaboration avec Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, un observatoire de la qualité de l’air.
L’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes. L’ARS est engagée de longue date dans la lutte contre l’ambroisie. Elle soutient financièrement le réseau de capteurs de surveillance aérobiologique, dirigé par le RNSA en collaboration avec Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, qui réunit les observatoires de surveillance de la qualité de l’air dans la région. Elle a également lancé en 2014 la plateforme interactive et participative signalement-ambroisie.fr avec la région Rhône-Alpes, Air Rhône-Alpes et le RNSA. En 2015, la plateforme a reçu 4 589 signalements.
L’Observatoire des ambroisies. Créé en 2011 par les ministères chargés de la Santé et de l’Agriculture et par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), l’Observatoire des ambroisies (ambroisie.info) coordonne les actions de prévention et de lutte mises en place au niveau national. Depuis 2017, son pilotage a été confié à la Fredon-France, réseau des fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles. Une lettre mensuelle permet de se tenir au courant de la progression de la « fleur du mal » sur le territoire et des techniques pour s’en débarrasser.
 

Ce que dit la loi

Le décret n° 2017-645 du 26 avril 2017, relatif à la lutte contre l’ambroisie à feuilles d’armoise, l’ambroisie trifide et l’ambroisie à épis lisses, développe une réglementation sur l’ambroisie au niveau national. Ce texte liste les espèces dont la prolifération constitue une menace pour la santé. Il précise également les mesures susceptibles d’être prises pour prévenir l’apparition de ces espèces végétales et lutter contre leur prolifération, comme la destruction des pieds d’ambroisie ou la gestion des espaces visant à limiter fortement leur capacité d’installation. La non-conformité aux mesures de lutte prescrites constitue une infraction punie d’une amende.

Les leçons - « L’identifier pour l’éradiquer »

Pierre Diamantidis, conseiller communautaire à la métropole de Lyon
 
Coordonner et Agir vite. « Bien que le problème ait été identifié depuis plus de vingt ans, la prise de conscience des pouvoirs publics a été assez tardive. Malgré les efforts menés ces dernières années par les collectivités, la plante poursuit son expansion. On en trouve désormais en Bourgogne et en Poitou-Charentes. Il faut savoir qu’un pied peut produire entre 3 000 et 5 000 graines et qu’une fois dans le sol, elles peuvent conserver leur pouvoir germinatif jusqu’à quarante ans. Aujourd’hui, la lutte contre l’ambroisie est un véritable enjeu de santé publique. En Hongrie, pays européen très touché par ce fléau, près de 40 % de la population est allergique ! C’est pourquoi il est urgent de coordonner les actions et d’agir vite.
 
Eduquer et informer.  La lutte contre l’ambroisie passe tout d’abord par l’information et l’éducation de la population. Aujourd’hui, beaucoup ignorent à quoi ressemble la plante. Or, pour l’éradiquer, il faut savoir la reconnaître. Raison pour laquelle la métropole de Lyon travaille en partenariat avec plusieurs acteurs (l’agence régionale de santé, la Fredon, l’Observatoire des Ambroisies, etc.) dans le but de sensibiliser les gens via des campagnes de communication. Au sein de la métropole, une centaine d’agents ont été formés pour pouvoir identifier la plante et la détruire. Nous avons également mis en place un réseau de référents ambroisie. Nommés par les maires, ces derniers ont pour rôle de suivre l’évolution de la plante sur leur territoire et de mettre en œuvre son éradication. Ils sont actuellement 109 sur le Grand Lyon.
 
Travailler sur la prévention.  Outre l’aspect curatif, les collectivités doivent également se pencher sur la question du préventif. On sait aujourd’hui que l’ambroisie ne pousse que sur des zones vierges. Les terrains qui bordent les routes ou les chantiers sont propices à son installation. Il faut donc créer un couvert végétal sur ces parcelles afin d’éviter que la plante ne se développe. C’est en travaillant à fois sur la prévention et sur l’éradication qu’on viendra à bout de ce fléau… »

Chiffres Clés

  • la Métropole du Grand Lyon : 59 communes, 1,3 million d’habitants, 534 000 km2

Références

Contacts

Grand Lyon : 04 78 63 40 40
Observatoire des ambroisies : 07 68 99 93 50
RNSA (Réseau national de surveillance aérobiologique) : 04 74 26 19 48
Plateforme signalement-ambroisie.fr : 0 972 376 888

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