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Gouvernement Philippe 17/05/2017

Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb ressuscitera-t-il la police de proximité ?

par Hugo Soutra
collomb © Ville de Lyon

Soutien de la première heure du nouveau président de la République, Gérard Collomb (LREM, ex-PS) entre dans le gouvernement d’Edouard Philippe (LR) et devient son ministre de l’Intérieur. Outre la lutte contre le terrorisme, et particulièrement le djihadisme, qui occupera une grande partie de son agenda, le maire et président de la métropole de Lyon devra également faire renaître la « police de proximité ».

Le patron des collectivités locales lyonnaises, qui s’était consacré jusqu’alors exclusivement au développement de son territoire, prend donc son envol national. A bientôt 70 ans, Gérard Collomb devient l’un des principaux cadres du gouvernement d’Edouard Philippe, puisqu’il a été nommé au rang de ministre d’Etat aux côtés de Nicolas Hulot (Transition écologique et solidaire) et François Bayrou (Justice).

De multiples chantiers l’attendent en tant que ministre de l’Intérieur : lutte contre le djihadisme, renforcement des services de renseignement, simplification de la procédure pénale, gestion de la crise migratoire, coproduction de la sécurité du quotidien, refonte d’une « police de proximité », amélioration des relations polices-population, organisation et financement du culte musulman, etc.

Quelle « police de proximité » pour demain ?

A la tête de l’administration de la Place Beauvau, Gérard Collomb succèdera à Matthias Fekl, Bruno Le Roux, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls qui ont occupé cette fonction au cours du quinquennat précédent. De la lutte contre le terrorisme – englobant la réponse répressive à court terme et l’action préventive à long terme – à la lutte contre les incivilités et la délinquance du quotidien, il sera particulièrement attendu : parviendra-t-il à réduire le sentiment d’insécurité des Français ?

En matière de police de proximité, nul doute que son passé d’élu local confronté au fonctionnement en silo des administrations sera un atout pour obtenir l’oreille des préfets et améliorer concrètement les relations entre les forces de l’ordre et les polices municipales (mais aussi les entreprises de sécurité privée). Plusieurs associations d’élus (Villes de France, France Urbaine) ne cachent plus vouloir débattre du partage des rôles entre l’Etat régalien, qui cherche à se recentrer sur son cœur de métier, et les collectivités censées veiller à la tranquillité publique.

Sur le terrain, l’ancien maire du 9e arrondissement de Lyon, qui a conquis la mairie centrale en 2001 avant de développer le Grand Lyon, illustre pourtant le virage de la gauche en matière de sécurité publique – un sujet de moins en moins clivé politiquement. La « tolérance zéro » figurait même parmi ses thèmes de campagne aux municipales de 2001.

Armement progressif de la police municipale lyonnaise

En 2015, sa police municipale était la troisième de France (330), selon un classement du Club Prévention-Sécurité de la Gazette des communes, soit plus de six agents pour 10 000 habitants. Ce service a été considérablement renforcé au cours des dernières années, et particulièrement des derniers mois pour tenir compte du contexte terroriste et du risque d’attentats.

Hier farouchement opposé à l’armement des policiers municipaux, Gérard Collomb – en bon pragmatique – a revu sa position au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, invoquant notamment l’état d’urgence pour ne pas donner l’impression de réagir sous le coup de l’émotion : « A situation nouvelle, réponse nouvelle ! » Les policiers municipaux lyonnais, dont certains étaient déjà équipés de flashballs, sont progressivement armés, en fonction de leurs missions, de leurs horaires de travail, de leurs lieux d’intervention ainsi que, bien sûr, de leurs formations en maniement des armes à feu.

Gérard Collomb, représentant des « grandes villes » au gouvernement

Le débat sur l’armement des polices municipales ne s’est pas limité à Lyon, parcourant toutes les villes, petites et grandes, de droite comme de gauche. Mais Gérard Collomb assume parfaitement la dépolitisation de certaines politiques publiques dans les grandes villes, à l’instar de la sécurité publique ou de la vidéosurveillance : « Nous sommes moins dans des débats théoriques parce que les questions qui se posent à nous sont terriblement concrètes. Est-ce que cela veut dire qu’il n’y a plus de débat droite-gauche ? » s’interrogeait-il dans la Gazette à l’automne 2015.

Malgré une longue carrière parlementaire – député du Rhône lors du premier septennat de François Mitterrand, et sénateur depuis 1999 –, Gérard Collomb s’était donc, avant sa nomination à l’Intérieur, essentiellement investi dans des responsabilités locales. D’après le site d’investigation locale Mediacités, il a cumulé 100 années de mandats électoraux. Il avait également occupé de nombreuses responsabilités au sein des associations d’élus, que ce soit Eurocities au cours des années 2000, mais aussi celle des grandes villes françaises (AMGVF) ou des communautés urbaines (ACUF) – dont il fut même le président par deux fois (2009-2012, 2014-2015) – avant qu’elles ne fusionnent pour former France Urbaine. Une expérience qui pourrait se révéler précieuse puisque, à défaut d’un ministère des collectivités territoriales en bonne et due forme dans le nouveau gouvernement, le nouveau ministre de l’Intérieur pourrait bien hériter de ces responsabilités.

Farouchement attaché à « sa » métropole

Membre influent du pôle des réformateurs du PS, il s’était engagé corps et âme dans la campagne d’Emmanuel Macron. Voire avant même le lancement officiel de sa campagne… Il fait partie des quelques élus ayant poussé l’ex-ministre de l’Economie à assumer ses ambitions élyséennes, en tenant meeting en juillet 2016 à Paris puis en démissionnant du gouvernement à la fin de l’été. Cette fidélité lui a permis, très tôt, de conseiller Emmanuel Macron sur un certain nombre de sujets, probablement la sécurité, mais aussi les questions de décentralisation et de métropolisation. Le patron des collectivités locales lyonnaises,  pour qui « le modèle administratif uniforme n’a plus lieu d’être », était tout à fait légitime puisqu’il était jusqu’ici à la tête de la métropole la plus aboutie de l’hexagone, la seule à avoir été promue au rang de collectivité territoriale de plein exercice. Il devra très probablement démissionner de ses postes à la mairie de Lyon et au Grand Lyon, poste qu’il s’était lui-même forgé au gré des différentes réformes territoriales.

Dans un entretien accordé à la Gazette des communes en 2014, il vantait la reprise par sa collectivité des politiques départementales à destination des populations les plus fragiles, afin de « réconcilier les deux compétences, l’urbain et l’humain, [et] construire une métropole-providence, capable de prendre le relais de ce que l’Etat n’arrive plus à assumer ». Dans les yeux du maire et président du Grand Lyon, cette organisation devait alors permettre de réduire les inégalités territoriales et lutter contre la ségrégation : pour lui, il était impératif de « surmonter les fractures sociales territoriales » dans la mesure où elles « sont toujours un frein au dynamisme d’une ville ». Des vues qu’il pourra sans nul doute partager, au sein du gouvernement, avec un autre « macroniste » de la première heure, Richard Ferrand qui a pour sa part hérité du ministère de la Cohésion des territoires.

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