publicité

 

Réagir
Gouvernement 15/05/2017

Edouard Philippe, un juppéiste et élu local solidement implanté s’installe à Matignon

par Aurélien Hélias
Edouard Philippe, député-maire du Havre © Codah

Emmanuel Macron a donc choisi un élu de droite, le député-maire du Havre Les Républicains Edouard Philippe, comme Premier ministre pour diriger le Gouvernement. Portrait de l’élu normand, qui s’est implanté dans la cité portuaire au tout début des années 2000, et qui fut tout ce temps un fervent soutien d’Alain Juppé.

Malgré sa relative jeunesse pour un locataire de Matignon – 46 ans -, Edouard Philippe a déjà connu tous les mandats locaux à la suite de son bref passage au Conseil d’Etat (1997-2000) : conseiller régional (2004-2008) de ce qui était alors encore la Haute-Normandie, conseiller départemental de Seine-Maritime (2008-2012) et surtout maire du Havre depuis 2010. Un mandat que lui avait légué le premier édile de la ville, le chiraquien Antoine Rufenacht, démissionnaire en octobre 2010. Ce qui permit ensuite à Edouard Philippe, déjà adjoint depuis 2001, d’être reconduit haut la main dans ce fauteuil de maire dès le premier tour des municipales 2014.

En 2012, il ajoute à son implantation locale un mandat de député de Seine-Maritime, succédant à Jean-Yves Besselat dans la 7e circonscription du Havre. Au Palais Bourbon, il préside d’ailleurs le groupe d’études sur la politique portuaire, enjeu majeur du développement économique havrais, et fait notamment partie du groupe d’études Villes et banlieues. 

A l’œuvre pour le Havre… et au-delà

Figure locale donc, Edouard Philippe a consolidé son assise en prenant la présidence de plusieurs instances locales clé de coopération. La plus importante d’abord : la communauté d’agglomération du Havre (Codah) depuis 2010.

Puis, le pôle métropolitain du Havre pour lequel il n’a pas ménagé ses efforts malgré l’opposition active d’une minorité de maires des communes implantées sur le territoire du bassin de vie du pôle… voire celle du préfet. « Le projet était voté par tous mais refusé par l’Etat, le préfet de Seine-Maritime prenant justement prétexte de cette discontinuité territoriale. La vraie raison, j’en suis convaincu, était politique : il fallait empêcher l’émergence d’un pôle territorial supposé constituer une « menace » pour celui de Rouen », confiait-il au Courrier des maires en mars 2016.

Relancé depuis, le projet a enfin abouti le 31 mars dernier avec la naissance officielle du syndicat mixte Pôle Métropolitain de l’Estuaire de la Seine, l’Etat ne pouvant, dans le cadre de la Normandie réunifiée faisant la part belle à Rouen et Caen, laisser sur le bord de la route l’aire urbaine havraise.

15 ans dans le sillage d’Alain Juppé

Au niveau national, celui qui fut – brièvement – rocardien lors de ses années études à Sciences-Po, s’est ensuite rapidement rapproché de la droite, au point de participer aux côtés d’un autre Enarque, Alain Juppé, à la fondation de l’UMP en 2002. Depuis, Edouard Philippe est toujours resté dans le sillage de l’élu bordelais, de sa participation succincte au cabinet du ministre d’Etat à l’environnement (1) à son statut de pilier de la campagne du maire de Bordeaux lors de la primaire 2016 pour la candidature LR à la présidentielle, en tant que porte-parole.

A l’Assemblée nationale, ses interventions en séance publique sont plutôt rares – une douzaine sur la législature – et le membre de la commission des lois s’est abstenu de toute proposition de loi, se contentant d’en co-signer plusieurs déposées par des membres du groupe LR. A l’inverse, ses nombreuses questions au Gouvernement dénotent une appétence certaine pour certains sujets à forte connotation locale : la coopération intercommunale, la fiscalité locale, la fonction publique territoriale, les transports et enfin les marchés publics, son domaine de spécialisation lors de son passage au Conseil d’Etat.

« On imagine mal le fameux « système » se laisser faire »

Après la défaite de son favori pour l’Elysée, Alain Juppé, lors des primaires de la droite fin 2016, Edouard Philippe se rallie de facto au vainqueur François Fillon. Mais se retire rapidement de la campagne de l’élu sarthois quand éclate le « Pénélopegate ». Et semble même vouloir se concentrer sur son « fief » havrais puisqu’il annonce privilégier son mandat de maire par rapport à celui de député, non-cumul oblige.

Depuis ce retrait de la campagne LR, Edouard Philippe se faisait donc discret au niveau national… hormis une chronique hebdomadaire tenue dans les colonnes de Libération. Le 3 mai, en plein entre-deux-tours de la présidentielle, il évoquait ainsi la probable l’hypothèse de la victoire du candidat « ni de droite ni de gauche » : « Si c’est Emmanuel Macron, écrivait-il, il devra transgresser. Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l’opposition droite-gauche pour constituer une majorité d’un nouveau type. Son chemin sera étroit. Et risqué. On imagine mal le fameux « système » se laisser faire. » Le voici désormais à la meilleure place pour tester le caractère visionnaire de sa propre analyse…

Un « DirCab » issu du privé… mais familier de la décentralisation

Benoît Ribadeau-Dumas, bientôt 45 ans, a été nommé la veille du dévoilement du Gouvernement directeur de cabinet du Premier ministre, Edouard Philippe. Un fin connaisseur des territoires, services déconcentrés et collectivités locales puisque cet énarque, avant de faire carrière dans le privé de 2004 à 2017 (Thalès, CGG, Zodiac Aerospace) fut conseiller technique chargé de la Réforme de l’Etat et de la décentralisation… sous Jean-Pierre Raffarin (2002 -2004). Conseiller d’Etat, il avait aussi au tout début de sa carrière occupé la fonction de secrétaire général adjoint de la haute juridiction administrative en 1999.

Note 01:

Alain Juppé ne fut titulaire du poste qu’un mois, sa défaite aux législatives de 2007 le poussant hors du gouvernement - Retourner au texte

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous