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Prévention de la radicalisation 12/04/2017

Radicalisation violente : tout (ou presque) reste à inventer… pour les collectivités comme l’Etat

par Hugo Soutra
Islam et radicalisation : une mise en perspective de l’INHESJ © Flickr-CC-M.Poujol-Rost

La délégation du Sénat aux collectivités a publié mardi 11 avril un rapport d’information de Jean-Marie Bockel et de Luc Carvounas relatif à la prévention de la radicalisation. Objectif : donner des clés de compréhension et des pistes d’actions aux maires et présidents de conseils départementaux, mais aussi sensibiliser des élus parfois trop complaisants face aux dérives communautaristes et rappeler l’Etat à ses responsabilités.

Pas de place à la polémique ou à la stigmatisation de tel ou tel territoire. « A travers ce rapport, nous souhaitions établir un diagnostic lucide de la radicalisation violente susceptible de conduire au djihadisme et/ou à la perpétuation d’actes terroristes, ainsi qu’attirer l’attention sur des initiatives locales intéressantes tentant de les prévenir » introduisit Jean-Marie Bockel (UDI), mardi 11 avril au Sénat.

Selon les derniers chiffres de l’UCLAT (mars 2017), la France comptait 17 393 individus signalés pour radicalisation à caractère terroriste. Les régions d’Ile-de-France, des Hauts-de-France, de la région PACA ou d’Occitanie sont les plus touchées. « Il faut bien l’avouer : les pouvoirs publics débutent en la matière et nul ne dispose encore de solution-miracle » reconnaît d’ailleurs, humblement, le sénateur du Haut-Rhin, également président de Mulhouse Alsace Agglomération.

Implication croissante des collectivités territoriales

Ces derniers mois, ils ont multiplié, avec son compère d’Alfortville (Val-de-Marne) Luc Carvounas (PS), les déplacements, dans des banlieues populaires comme des villes moyennes. « Même si certains territoires très concernés figurent encore aujourd’hui nettement en retard, par clientélisme ou complaisance, les choses changent. Sarcelles fait preuve d’une pugnacité remarquable à travers une politique de prévention globale, qui va de la formation de ses employés territoriaux pour qu’ils détectent les signaux faibles à l’installation d’un centre de ressources. D’autres villes à priori moins touchées s’impliquent très fortement, elles aussi, pour prendre les devants : c’est le cas de Chalon-sur-Saône qui a créé des cellules municipales d’échanges sur la radicalisation (CMER), ou de Colmar. » Au titre de l’aide sociale et de la protection de l’enfance, le département des Alpes-Maritimes projette des films dans ses collèges suivi de débats basés sur un kit pédagogique.

Les deux sénateurs en ont dorénavant acquis la certitude : rien ne sert de nier que les collectivités sont aujourd’hui en première ligne pour éviter le basculement dans le djihadisme ou faciliter la réinsertion des individus concernés. « Les questionnaires que nous ont retourné les élus locaux, la table-ronde organisée avec différentes associations d’élus ainsi que les sociologues, psychanalystes et hauts-fonctionnaires de la Police ou de la Justice que nous avons pu rencontrer au cours de travaux nous confirment cet état de fait. » Reste dorénavant à évaluer les bonnes pratiques – « certaines initiatives réputées prometteuses, comme celle de Dounia Bouzar, se sont finalement relevées décevantes » – et mettre en place de véritables stratégies territoriales de prévention de la radicalisation.

Quelle répartition des rôles entre collectivités et Etat ?

Surtout, chaque acteur doit rester dans son rôle ! A l’heure où l’Etat sollicite les collectivités de manière croissante, les élus préoccupés par l’observation de comportements de rupture de certains de leurs concitoyens avec les institutions et la société en général n’ont pas à investir, pour autant, le terrain régalien.

« Au nom d’une doxa comptable, des commissariats ferment pour renforcer le renseignement et l’investigation. Mais les maires ne peuvent pas tout faire tout seuls, de la police du quotidien à la prévention de la radicalisation » s’inquiète Luc Carvounas, vice-président de la métropole du Grand Paris, qui promeut un renforcement du partenariat local.

Cet axe concentre une bonne partie des vingt-et-une recommandations de leur rapport, « dont 80% peuvent être enclenchées dès demain, sans qu’il n’y ait besoin d’une loi spécifique, par les préfets, sous l’autorité de l’Etat et l’impulsion du gouvernement » tient à préciser Jean-Marie Bockel. « Qu’attendent les recteurs pour multiplier les contrôles dans les écoles privées ou hors-contrat ? Le soutien de l’Etat doit être financé à travers le renforcement du fonds interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, mais doit aussi être opérationnel. »

Nécessaire « prévention de la communautarisation »

« Les collectivités doivent bien entendu agir dans une logique de prévention du risque terroriste, mais aussi, en amont, contre la communautarisation d’une partie de notre société. Car prévenir la radicalisation violente, c’est aussi prévenir le repli identitaire prôné par les salafistes. Un combat politique, éducatif, social et religieux doit être mené sur le long-terme pour empêcher ce terreau fertile du djihadisme de continuer à prospérer. Les élus n’ont pas à jouer les agents de renseignement, mais attention à ne pas se mettre à contrario dans une situation inconfortable, par complaisance. Il n’est pas possible de demander des moyens financiers supplémentaires ou des informations sensibles à l’Etat si vous n’êtes pas vous-mêmes irréprochables » tance Luc Carnouvas.

Pour ces deux membres de la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation, les collectivités auraient tout intérêt à capitaliser sur les acquis de la prévention de la délinquance. Objectif : améliorer, au plus vite, le partenariat local.

Problèmes de partage d’informations persistant

« Les réticences à collaborer entre élus, magistrats et travailleurs sociaux demeurent vives, mais les barrières tombent au fur et à mesure grâce au travail réalisé depuis vingt ans sur le partage d’informations lié à la prévention de la délinquance. Cela reste toutefois encore nettement insuffisant : beaucoup d’aspirants djihadistes en profitent et passent aujourd’hui entre les mailles du filet. La haute fonction publique devra changer très rapidement ses modes de faire » prévient Jean-Marie Bockel.

« J’étais de ceux qui avaient réclamé publiquement l’accès aux fiches S » se remémore Luc Carvounas, « mais l’UCLAT m’a convaincu que cette requête n’était pas forcément pertinente, étant donné que ce fichier des services de renseignement ratisse volontairement large et est peu dynamique. Mais il existe toujours un problème d’accès à la bonne information nous permettant d’agir, de prévenir la radicalisation à court comme à long-terme. Ne pourrions-nous pas créer un fichier consultable par les élus, afin que les collectivités n’aient plus peur de recruter des fonctionnaires ou des contractuels suspectés de dérives radicales, qu’il s’agisse d’animateurs périscolaires ou de médiateurs ? Pourquoi ne sommes-nous pas prévenus lorsque des salafistes font de l’entrisme dans des associations ou des mosquées ? Que peut-on faire pour lutter contre la déscolarisation des enfants et le développement d’écoles clandestines ? »

Après des mois, des années d’élaboration d’un arsenal législatif plus répressif contre la radicalisation et le terrorisme, beaucoup reste à inventer et à faire en matière de prévention.

Références

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  1. Bonjour,
    Je lis avec tristesse qu’un nouveau rapport sur la « déradicalisation » fait son apparition. Et surtout qu’une fois de plus, ceux qui le commentent ont preuve d’une étonnante méconnaissance du sujet. Je suis une maman concernée par ce problème et j’ai la chance d’avoir rencontré sur mon chemin de lutte contre un éventuel risque de basculement Dounia Bouzar (alors que le phénomène n’intéressait personne et surtout pas les politiques) que les médias n’arrêtent pas de traîner dans la boue alors que vous, les élus, auriez tout intérêt à vous rapprocher d’elle car sa méthode fonctionne et je l’ai vu avec mon enfant qui, de robot qu’elle était, s’est remise à réfléchir.
    De plus, si, comme je le suppose, ce rapport, comme celui de Mesdames Goulet et Benbassa démolit gratuitement tout un travail sans avoir auditionné la principale intéressée, c’est grave. Madame Bouzar n’a d’ailleurs toujours pas été auditionnée par ces deux sénatrices.
    Je vous renvoie aux liens suivants que je vous invite à lire attentivement :
    la demande de Me Bouzar à être auditionnée par ces deux sénatrices : http://www.cpdsi.fr/actu/deradicalisation-la-reponse-indignee-de-dounia-bouzar-au-rapport-desther-benbassa/
    La tribune de Serge Hefez, pédopsychiatre connu et reconnu qui s’indigne de cette non-audition et applaudit le travail du CPDSI qu’il supervise depuis 3 ans : http://www.cpdsi.fr/actu/deradicalisation-un-rapport-desther-benbassa-radical-partisan-et-politique/
    Sur le site du CPDSI, vous trouverez la lettre adressée par Me Bouzar à Mme Goulet que je vous invite à lire si vous êtes suffisamment disponible et intéressé car elle est assez longue : http://www.cpdsi.fr (nul doute que Me Bouzar aurait également des choses à dire à MM Jean-Marie Bockel et Luc Carnouvas)
    Vous trouverez également sur le site du Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI) le bilan 2016 de cette association : http://www.cpdsi.fr/wp-content/uploads/2016/08/rapport_activite_2016.pdf
    Et enfin, je vous invite à parler avec des interlocuteurs qui sont directement impactés par le phénomène et non en vous basant sur vos impressions, car c’est bien ce que ça me donne comme vision des choses : déconnexion avec la réalité de terrain.
    Cordialement.
    Katy Lutaire

  2. Bonjour,
    je m’étonne qu’un nouveau rapport cite le travail du CPDSI sans avoir auditionné personne de cette équipe, de la même façon que les commissions précédentes.
    Cordialement

  3. Bonjour
    je m’élève en faux, 1 parce que nous avons besoin d’espoir, et 2 parce que les faits sont là.
    des jeunes qui sont radicalisés intellectuellement peuvent être tempérés, voir ramener à davantage de raison, encore faudrait t-il, s’appuyer sur ce qui marche. c’est le cas de ma fille. je peux témoigner mile fois que j’ai reçu auprès de Madame Bouzar les qui m’ont aidé à sortir de l’ornière, car ces jeunes qui ne sont pas passés à l’acte il est indispensable de les aidés. c’est triste de voir Corroborer sur pas mal d’espaces, les conclusions de rapports qui n’ont jamais auditionnés les personnes concernés. c’est triste et dangereux, ca invite à la démission. le CPDSI est efficace !!!

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