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Jeunesse 10/04/2017

Le premier parti des jeunes est l’abstention, le FN arrive en second

par Emilie Denètre
Le conseil des jeunes de Strasbourg présidé par Mathieu Cahn © J. Dorkel/CUS

A deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, l’Association nationale de conseils d’enfants et de jeunes (ANACEJ) dévoile une étude sur les comportements électoraux des jeunes. L’occasion aussi pour son président Mathieu Cahn, maire–adjoint de Strasbourg (PS), de regretter que les politiques jeunesse n’occupent pas plus de place dans cette campagne.

Quels points-clés retiendrez-vous de la dernière étude de l’Anacej sur le vote des plus jeunes ?

Ces résultats sont une photographie à un instant « T », mais le premier enseignement que l’on peut en tirer, c’est que les jeunes ont l’intention de s’abstenir encore plus fortement que lors de la dernière présidentielle. Seuls 52% d’entre eux sont sûrs d’aller voter, contre 70% en 2012 à la même période…

La seconde chose, inquiétante, c’est la montée très forte du vote FN chez les jeunes, notamment chez ceux qui vont voter pour la première fois.

Est-ce à dire que Marine le Pen a su les convaincre ?

Quand vous regardez l’électorat jeune de Marine Le Pen, vous avez notamment des jeunes moins diplômés issus de la ruralité, des jeunes qui partagent un certain sentiment de relégation. Je pense que l’erreur d’Emmanuel Macron a été de ne s’adresser, lui, qu’aux jeunes qui ont réussi ou qui vont réussir… avec une version très anglo-saxonne de l’égalité des chances en disant « si vous travaillez, vous réussirez ». Ce n’est évidemment pas aussi simple que cela… et les jeunes le savent très bien.

Ce qui est très paradoxal, c’est que ces jeunes, lorsque vous leur demandez leur déterminant, ils vont mettre en avant les progrès sociaux (ils sont en faveur de la PMA pour les couples homosexuels, ils sont pour le droit à l’avortement, ils sont contre la sortie de l’Union européenne, etc.) mais à la fois, ils vont faire valoir un fort besoin de protection contre les événements internationaux, le terrorisme, et la concurrence économique, le dumpimp… Ils sont donc très ouverts, mais aussi très protectionnistes !

© Mairie de Strasbourg
Avez-vous le sentiment justement que les politiques jeunesse sont suffisamment abordées dans cette campagne ?

Non. Cette campagne me laisse sur ma faim. Avec François Fillon, c’est une approche punitive de la jeunesse… et avec Benoît Hamon, vous avez le revenu universel, dont l’une des cibles est bien la jeunesse, mais ensuite nous n’avons pas entendu d’autres propositions fortes. C’est dommage, car les jeunes auraient pu être un des enjeux majeurs de cette campagne. Ils s’intéressent vraiment à la politique mais on s’aperçoit aussi qu’ils refusent l’offre politique telle qu’elle se structure aujourd’hui, que ce soient l’organisation en partis ou les thèmes qui émergent et qui ne les intéressent pas.

Comment jugez-vous le quinquennat qui s’achève ? François Hollande avait fait, lui, de la jeunesse l’un de ses thèmes de campagne…

Je suis un élu socialiste, donc ma réponse sera nécessairement biaisée mais je dirais : « de très bonnes intentions mais aurait pu mieux faire ! ».

Il y a des choses fortes qui ont été faites durant ce quinquennat pour les jeunes comme la garantie jeunes – qui apporte de vraies avancées sociales -, le service civique ou même au niveau de l’éducation (recrutement des enseignants, réformes des rythmes scolaires, dispositif « plus de maitres que de classes », etc.) mais ce n’est pas allé assez loin.

Concernant le service civique par exemple, aujourd’hui faute de moyens, tous les jeunes volontaires ne peuvent pas en faire un… Sur la question des mobilités, notamment internationales, on parle beaucoup d’Erasmus mais ce dispositif ne s’adresse qu’aux étudiants : que fait-on pour ceux qui sont pas ou peu diplômés ?

Plus largement, j’ai la sensation que le gouvernement a plus fait à la place des jeunes qu’avec les jeunes.

Au moment de l’adoption de la Loi Travail, les jeunes étaient très mobilisés dans la rue contre le gouvernement… qui n’a pas cédé. Peut-on parler de rupture ?

Oui, mais ce n’est pas tant la Loi Travail en elle-même qui a cristallisé les choses que la méthode. L’utilisation du 49.3 a été dévastatrice. Notamment chez des jeunes qui demandent plus de démocratie participative, voire de démocratie directe.

 

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