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Outre-mer 05/04/2017

Les élus guyanais aux côtés du collectif dans son bras de fer avec l’Etat

par Emilie Denètre
Réunion des élus guyanais lundi 3 avril autour de David Riché (au centre), président de l'association des maires de Guyane

Alors qu’un mouvement social de grande ampleur paralyse toute la Guyane depuis bientôt un mois, le collectif et les 77 élus du territoire ont décidé de faire cause commune pour obtenir une rallonge sur l’enveloppe promise par le gouvernement. Première étape : bloquer le centre spatial pour maintenir la pression sur Paris, alors que le conseil des ministres se penche ce mercredi 5 avril sur le dossier. Entretien avec David Riché, président de l’association des maires de Guyane.

En fin de semaine dernière, Matthias Fekl, ministre de l’Intérieur, et Erika Bareigts, ministre des Outre-Mer reprenaient leur avion pour Paris bredouilles. L’enveloppe de 1,085 milliard d’euros mise sur la table par le gouvernement n’avait, en effet, pas permis de calmer la colère du collectif- à l’initiative du mouvement social – qui dénonce l’état de délabrement de ce territoire ultra-marin, qui manque de tout (écoles, hôpitaux, routes, pompiers, etc.)

Président de l’association des maires de Guyane et maire de Roura, David Riché répond aux questions du Courrier des maires.

Courrierdesmaires.fr : Quelle est la place des élus guyanais dans ce mouvement ? N’avez-vous pas été mis de côté par le collectif le temps des négociations avec le gouvernement ?

David Riché : Les collectifs ont en effet souhaité entamer les négociations sans les élus [ndlr : les ministres sont arrivés en Guyane le 28 mars] chose que nous avons acceptée… Leur raisonnement c’était de dire ‘vous avez essayé de votre côté, vous les élus avec le pacte d’avenir [en 2013, François Hollande promettait un pacte d’avenir pour la Guyane qui n’a jamais été signé car considéré comme étant « au rabais » par les maires de Guyane], maintenant on va essayer à notre manière’. Et c’est vrai qu’ils se sont permis de dire des choses aux ministres que nous nous n’aurions pas osé ! Néanmoins, le collectif s’est aussi rendu compte qu’ils avaient beau être 40 000 dans la rue, le gouvernement ne les écoutait pas plus que nous.

Au final, la séparation n’a pas duré longtemps. Le collectif est revenu vers nous -les 77 élus de Guyane : maires, collectivité territoriale et parlementaires) lundi soir à la maison des maires et avons ensemble signé un document commun. 

Qu’y a-t-il dans ce document ?

Il s’agissait pour nous, élus, de comprendre ce que le collectif demandait. L’Etat avait mis sur la table 1,085 milliard d’euros et le collectif réclamait 2,4 milliards de plus. Nous avons abondé dans ce sens et signé cette demande qui devient commune, avant de la faire partir à Paris où ce matin le conseil des ministres se réunit.

Il aura suffi d’un mois et 28 jours aux « bonnets rouges bretons » pour obtenir 2 milliards d’euros, nous méritons aussi d’être entendus. Il faut que vous compreniez qu’en Guyane à certains endroits, vous n’avez pas d’eau, pas d’électricité, pas de téléphone… en infrastructure routière, nous avons 4 kilomètres de deux fois-deux voies… Comme le disait François Mitterrand, la fusée décolle sur fond de bidonvilles !

Le collectif a d’ailleurs décidé de clouer cette fusée au sol… Le CNES a été obligé d’annuler certains vols prévus ces jours. Tous les accès sont bloqués, les routes, le centre spatial…tout le monde est dans la rue, toutes les catégories socio-professionnelles, toutes les cultures. C’est du jamais vu. 

Ne peut-on pas vous accuser, vous élus, de prendre parti pour ce mouvement et de ne pas maintenir l’ordre ?

Des herbes colonisent les tuyaux de l’hôpital de Cayenne, mettant en jeu la sécurité sanitaire de l’établissement.

Mais l’ordre est maintenu. Ce mouvement est totalement pacifique. Pas une seule gifle n’a été distribuée. Mais plus largement, en tant que maire, nous sommes des élus de terrain qui devons défendre la population… comment voulez-vous que nous allions contre leurs doléances ? Elles sont justifiées. Et puis avant d’être maire, je suis aussi un père. Et cela n’est pas normal que j’hésite à amener ma fille à l’hôpital pour qu’elle se fasse opérer. A l’hôpital, il y a de l’herbe qui pousse sur la tuyauterie. Cela suffit, non ? 

Beaucoup des revendications du collectif relèvent en fait des compétences des élus locaux…

oui. Mais les dotations que nous recevons ne sont pas en adéquation avec nos charges de fonctionnement. Même le meilleur des gestionnaires n’y arriverait pas. Par exemple, les écoles. Oui c’est au maire d’en construire mais nous n’avons pas les moyens alors que la démographie en Guyane explose ! En métropole, vous fermez des écoles, nous on a besoin d’en ouvrir mais on ne peut pas. Nous avons essayé de notre côté de faire bouger les choses, le collectif a essayé aussi, mais maintenant stratégiquement nous sommes ensemble. Et nous espérons…

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