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Pouvoirs locaux 10/03/2017

Les villes, ces lieux de pouvoirs… donc de conflits

par Séverine Cattiaux
FestivalGéopolitiquev2

Sous la loupe de la géopolitique, les villes sont aussi le théâtre de conflits où s’affrontent des acteurs pour le contrôle d’un territoire - sans effusion de sang, heureusement, s’agissant de l’hexagone. Retour sur les débats de l'édition 2017 du festival de géopolitique de Grenoble.

« L’approche géopolitique des conflits n’est pas réservée aux seuls Etats, elle peut tout aussi bien s’appliquer aux villes, lieux où s’exerce une concentration de pouvoirs et donc de conflits » affirme Béatrice Giblin. La directrice de la revue Hérodote intervenait ce 9 mars dans le cadre de la table ronde « La ville, lieu de conflits » du festival de géopolitique de Grenoble portant, pour sa 9ème édition, sur « le pouvoir de villes ».

Comparaison est ici raison, assure la directrice. A la manière des grands conflits interétatiques, ceux des villes se nouent également autour d’enjeux économiques, symboliques ou politiques. Et de la même manière que pour décrypter les conflits entre les Etats, la géopolitique des villes doit tenir compte de l’ensemble des représentations que se font chacun des protagonistes d’un territoire, pour ne pas être côté de la plaque. « Aller sur le terrain est nécessaire, il ne faut pas se contenter d’informations de seconde main » ajoute Béatrice Giblin.

Sans quoi, l’analyse tombera dans l’écueil de « polluer un conflit » de ses propres représentations. C’est ce qui arrive aux commentateurs qui évoquent Jérusalem en la sublimant » cite en exemple Frédéric Encel maître de conférences à Sciences Po Paris, qui a fait sa thèse sur « la géopolitique de Jérusalem ».

De Rio à Levallois-Perret

Il est des villes dans le monde où les adversaires ne se font pas de cadeau. Hervé Théry, chercheur au CNRS, spécialiste de Rio de Janeiro a suivi toute la « reconquête » des favelas, par les pouvoirs publics. Ces favelas ont été des années durant sous la coupe des trafiquants de drogue. En 2011, la Ville décide de reprendre en main ses propres quartiers, motivée par la perspective d’accueillir des futurs événements internationaux. C’est l’armée qu’il faut alors envoyer, chars d’assaut et hélicoptères…

« Il arrive qu’on ne meurt pas dans les conflits des villes, où très exceptionnellement » lance Philippe Subra, spécialiste de la géopolitique locale, qu’il qualifie lui-même de « géopolitique soft ». Rien de trop méchant en effet dans les enjeux géopolitiques qui agitent les pouvoirs locaux des villes d’Europe de l’ouest. Evolutions électorales, politiques et conflits d’aménagement, gouvernance territoriale et réseaux d’influence des acteurs économiques, sociaux, politiques, sont ainsi les sujets qu’étudie ce professeur à l’Institut français de géopolitique (université Paris-8).

A la lumière de cette discipline, le géographe illustre, par exemple, comment Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret (LR) est parvenu à contrôler l’évolution démographique, géographique et sociale de sa commune pour assurer sa réélection. « Il lui a suffi de démolir les quartiers populaires qui ne votaient pas pour lui, et de reconstruire d’autres quartiers qui ont attiré ses électeurs ».

« Le partage du pouvoir, c’est le compromis »

Dans les luttes de pouvoirs locaux, l’Etat ne joue pas un rôle central. En revanche, fait remarquer le professeur à l’Institut français de géopolitique, « il peut avoir le rôle d’arbitre, et étant donné le contexte de la présidentielle, il pourrait même faire basculer les situations ». Et de citer le cas de la Région Ile-de-France, où Valérie Précresse, sa présidente, lorgne sur les prérogatives de la Métropole. Suivant le candidat qui s’installera à l’Elysée, la présidente aura gain de cause ou pas.

Malgré les luttes de pouvoirs, où chacun défend des intérêts collectifs ou individuels, il peut aussi coexister dans le même temps des zones de « non-conflit ». « Quand les coalitions se mettent en place autour d’un projet de territoire, témoignant de la capacité des acteurs à construire du partenariat, décrypte Philippe Subra. Le partage du pouvoir, c’est le compromis…»

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