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SANTÉ PUBLIQUE 16/01/2017

Un bailleur social fait alliance avec le monde de la psychiatrie

par Nathalie Da Cruz
Centre de santé mentale à Beaumont-sur-Oise © P. Marais

Le programme « Logement et santé mentale », mis en place par l’office HLM Plaine Commune Habitat avec le secteur de la psychiatrie, en 2015, porte ses fruits. Plus de 100 locataires en difficulté ont été accompagnés en 18 mois.

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La santé, une mission nouvelle pour les collectivités territoriales

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L’interco Plaine Commune
Etablissement public territorial (9 communes, 414 000 hab.), Seine-Saint-Denis
Plaine Commune Habitat, office HLM intercommunal, 18 000 logements répartis sur 4 communes

Pourquoi ?

Troubles croissants, violences envers des locataires, voire envers des agents de proximité, pétitions… La présence de malades psychiques dans certains des ensembles du bailleur Plaine Commune Habitat (PCH) générait une ambiance tendue depuis plusieurs années. « La seule solution pour nous était l’expulsion, mais elle était très insatisfaisante, car les personnes en errance, sans suivi médical, revenaient souvent sur les lieux », indique Nassira Abbas, directrice de l’action sociale à Plaine Commune Habitat.
Conviés à un atelier « santé ville » par la ville de Saint-Denis en 2013, les représentants du bailleur rencontrent les soignants du centre hospitalier psychiatrique de Ville-Evrard, qui pilote plusieurs centres médico-psychologiques (CMP) en Seine-Saint-Denis. Ceux-ci prennent en charge des malades psychiques au quotidien et s’occupent de rechercher des logements classiques pour les patients stabilisés.

Comment ?

Un échange de bons procédés est expérimenté entre le monde de la psychiatrie et l’office HLM intercommunal. Quatre logements du bailleur sont mis à la disposition des patients stabilisés suivis par chaque CMP. En contrepartie, en cas de difficulté avec un locataire en place, les soignants des CMP apportent leur concours. Une équipe pluridisciplinaire est formée, regroupant deux psychiatres, une infirmière, un éducateur spécialisé et une assistante sociale, coordinatrice du programme « Logement et santé mentale » de PCH, Tania Berki. « L’équipe intervient sur demande de la famille, sur signalement d’un voisin ou d’un gardien, s’il y a un danger réel ou une demande d’écoute. Notre équipe effectue en moyenne six visites par situation. » Puis, s’il le faut, le CMP prend en charge le locataire.

Quels partenaires ?

Le Conseil local de santé mentale de la ville de Saint-Denis a rassemblé les acteurs autour de la table, dont l’office HLM Plaine Commune Habitat, retenu dans un appel à projets lancé par la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal), en 2014, sur « l’innovation sociale dans le champ de l’hébergement ». Le bailleur a reçu une subvention de 150 000 euros pour trois ans. L’association Vivre autrement a été, elle, mise à contribution pour ses « baux glissants » de location à destination des nouveaux entrants dans le parc. Quand ils se sentent prêts à être titulaires du bail, celui-ci « glisse » de l’association vers eux.

Quels résultats ?

L’expérimentation a porté sur le patrimoine du bailleur à Saint-Denis et à l’Ile-Saint-Denis – soit 16 000 logements - de mai 2015 à octobre 2016. En un an et demi, 100 situations ont été prises en charge par les CMP, allant d’un suivi médical rapproché à une hospitalisation. L’opération, qui a fait ses preuves, sera étendue en 2017 au patrimoine des autres communes, à la demande du CMP du secteur de Pierrefitte, Villetaneuse et Epinay-sur-Seine.

Et ailleurs : au niveau national
Piloté par la Dihal, le programme national « Un chez-soi d’abord » est destiné aux sans-abri souffrant de graves troubles psychiques et d’addiction. Déployé depuis 2011 à Lille, Marseille, Toulouse et Paris, il touche plus de 700 personnes accédant à un logement ordinaire souvent géré par une association. Un bilan à quatre ans montre que l’accès au parc social reste difficile.

Quels obstacles ?

Le bailleur a dû adapter ses méthodes pour éviter des actions maladroites envers les malades psychiques. Par exemple, l’envoi d’un avis de relance pour dette locative a provoqué chez un locataire fragile une forte anxiété et une hospitalisation de deux jours.

 

« Inquiète de la pérennisation de notre action »

Elisabeth Belin, adjointe au maire de Saint-Denis, chargée de la santé et du handicap

Ce projet est issu du Conseil local de santé mentale (CLSM) que j’anime, qui a été créé en 2013. Pour la première fois, les services sociaux de la ville, les professionnels de la santé mentale, le bailleur social, les usagers et les aidants se sont rencontrés. Nous avons aussi convié l’association Vivre autrement. Le coordinateur a découvert l’appel à projets de la Dihal et incité Plaine Commune Habitat à candidater. Les résultats du programme sont très satisfaisants, l’atmosphère s’est beaucoup apaisée dans les grands ensembles de logements. Mais pourrons-nous le poursuivre quand nous n’aurons plus la subvention de la Dihal ? Je suis inquiète de la pérennisation de notre action. Nous avons un an devant nous pour trouver d’autres partenaires.

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  1. Excellente nous en avons 2 ds notre copropriété et c’est difficile. ..des dérangements fréquents mal supportés par les résidents ne sachant pas comment réagir. .si ce n’est appeler la police ce qui n’est pas la solution pour les malades hébergés ici mieux qu’en psy. … ..

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