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Entretien 26/12/2016

Les parcs naturels régionaux, « facteurs de modernité »

par Nicolas Barriquand
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De la baie de Somme au mont Ventoux, en passant par la Côte d'Emereaude, l'Aubrac et le Médoc, la France fourmille de projets de parcs naturels régionaux (PNR). Spécialiste des rapports entre l'homme et la nature et des mouvements sociaux de protection de la biodiversité, le sociologue André Micoud analyse le succès de cette institution, qui fêtera ses 50 ans en 2017.

Comment expliquer l’engouement somme toute assez récent que suscitent les PNR, créés en 1967 ?

André Micoud - C’est la reconnaissance de la pertinence d’un outil, adapté aussi bien aux endroits reculés qu’aux zones périurbaines menacées par l’expansion des villes. Il s’explique aussi par le nouveau profil des conseillers municipaux. Jeunes retraités de la fonction publique pour la plupart, ils ne sont plus forcément originaires de la région où ils sont élus. Pour cette population sensible à la préservation de l’environnement, c’est un outil appréciable.

Dans le contexte de baisse des dotations, n’est-ce pas également parce que les communes membres d’un PNR s’en sortent mieux que les autres ?

A.M. - Très certainement. Les PNR fonctionnent comme de gros services techniques venant en appui logistique de petites communes qui n’ont absolument pas les moyens de s’offrir des urbanistes, architectes et autres conseillers. Par ailleurs, ils fonctionnent comme de formidables machines à décrocher des subventions. A la fin des années 1970, avec deux collègues, nous avions calculé que pour un franc mobilisé par un parc, trois francs retombaient dans le territoire. Nous sommes, depuis, passés à l’euro, mais le rapport n’a pas changé ! Les élus locaux des PNR ne le disent pas assez. Au contraire, ils ont tendance à se plaindre auprès de leurs administrés des contraintes qu’entraînerait leur parc. Mais c’est grâce à celui-ci que leur commune peut financer une chaufferie au bois ou une nouvelle salle polyvalente. Toutes proportions gardées, cette attitude rappelle celle de nos députés, toujours prompts à critiquer l’Europe sans jamais saluer les aides financières attribuées par Bruxelles.

Cet « outil » est-il encore adapté en 2017 ?

A.M. - Oui. Car il fait preuve de beaucoup de souplesse et a pour mission, entre autres, l’expérimentation. Cela offre aux parcs la possibilité de s’emparer des thématiques du jour. Le développement du tourisme de proximité il y a quelques années, la mobilité, la transition énergétique ou les circuits courts, aujourd’hui. Dernièrement, au conseil scientifique du PNR du Pilat [massif entre Saint-Etienne, Vienne et Annonay], un élu a suggéré que le parc s’investisse dans la préservation des zones blanches, ces endroits vierges d’ondes, pour les personnes électro-sensibles. Voilà un sujet complètement nouveau ! Autre facteur de modernité : les PNR comptent parmi les rares institutions où toutes les parties prenantes – élus, associations, acteurs économiques – décident ensemble de l’avenir d’un territoire.

Une sorte de démocratie participative avant l’heure…

A.M. - Exactement ! Ainsi, les parcs régionaux ont été en avance sur le développement durable. Bien avant qu’on utilise cette expression d’ailleurs.

La France compte 51 PNR qui couvrent 15 % du territoire. Toutes les zones non-urbaines sont-elles des parcs en devenir ?

A.M. - Non, on ne verra jamais de PNR éclore dans la Beauce ou la Brie ! L’explosion de la demande de parcs prouve la réussite du modèle, mais elle risque de le dévoyer, en lui faisant perdre son originalité.

Cet engouement n’a-t-il pas besoin d’être nuancé ? La carte des Baronnies provençales, dernier-né des PNR, est en trous de gruyère : 44 communes n’y ont pas adhéré&hellip

A.M. - Ce désaccord est relativement récent. Les premiers parcs, créés au forceps, tombaient du ciel : les préfets sommaient les élus ruraux de les accepter, au mieux ils les amadouaient avec la promesse de subventions. Puis, de plus en plus, les initiatives sont venues de la base. En général, un élu plus dynamique que les autres entreprend une tournée des popotes et convainc ses confrères de monter un projet. Or, depuis une loi de 2006, personne ne peut plus forcer une commune à adhérer ou à rester dans un parc si son conseil municipal y est opposé. C’est ce qu’on observe en Provence.

A quels autres obstacles se heurtent aujourd’hui les promoteurs des PNR ?

A.M. - Principalement à la réticence – pour ne pas dire plus – des agriculteurs et, plus singulièrement, du syndicat majoritaire [la FNSEA], qui ne comprend pas le sens de l’Histoire. Du côté des régions, on freine parfois les projets au nom du budget. C’était le cas en Auvergne, sous la présidence du conseil régional par Valéry Giscard d’Estaing [de 1986 à 2004].

Laurent Wauquiez, à la tête d’Auvergne-Rhône-Alpes, vient quant à lui d’enterrer les PNR de la Dombes, dans l’Ain, et des sources et gorges de l’Allier, en Haute-Loire…

A.M. - Des projets pourtant bien engagés… Celui du Haut-Allier avait même recueilli un avis positif du Conseil national de la protection de la nature - une instance assez tatillonne – puis le soutien du ministère de l’Environnement. Dans les deux cas, Laurent Wauquiez a donné des gages aux représentants agricoles les plus rétrogrades.

A la place, il crée des « contrats de territoire », soit des enveloppes réservées aux projets des communes concernées par les anciens projets de PNR. Qu’en pensez-vous ?

A.M. - C’est du clientélisme. Il distribuera directement la manne aux élus. Mais il prive ces territoires d’un étage de réflexion, de dynamisme et de mise en œuvre des opérations.

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