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Sciences humaines et sociales 08/12/2016

Progrès urbain : quand des chercheurs sollicitent les décideurs publics pour une ville meilleure

par Hugo Soutra
Sans titre

Peut-on construire une ville meilleure ? Tel était l’intitulé de la conférence organisée par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), le 7 décembre, autour d’Olivier Bouin et Marc Fleurbaey, deux membres du comité de pilotage du Panel international pour le progrès social (PIPS). Qui appellent élus et fonctionnaires à enrichir leurs travaux pluridisplinaires via une plateforme internet.

Après l’écho obtenu par les scientifiques du « GIEC » sur le changement climatique en cours, les décideurs mondiaux sont-ils prêts à tendre l’oreille à des chercheurs leur parlant de progrès social ? C’est le pari de près de 350 philosophes, juristes, économistes, sociologues, anthropologues, politistes du monde entier, réunis au sein du Panel international pour le progrès social (PIPS). De la démocratie aux inégalités en passant par les migrations, les villes, le travail, la mondialisation, les risques environnementaux ou la gouvernance de l’économie et des entreprises, leurs travaux débutés en 2014 cherchent à renseigner l’évolution des sociétés et les facteurs de progrès.

Leur rapport sortira mi-2018. Il sera alors prolongé par des documentaires, expositions et débats. Mais, d’ores et déjà, quelques ébauches de leurs différents chapitres sont disponibles en ligne (en anglais) et ouvertes aux commentaires. Deux responsables du PIPS sont venus présenter l’état de leurs réflexions devant les fonctionnaires du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), mercredi 7 décembre à Paris. « Nous sommes preneurs de vos retours d’expérience. L’expertise scientifique doit aussi se nourrir des idées et des projets des décideurs publics » ont-ils lancé à leur adresse, et plus globalement, à l’ensemble des élus locaux et citoyens français.

Des politiques publiques à repenser autour de la notion de progrès social…

Olivier Bouin, directeur du Collège d’études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme :

« Même si l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a encore du mal à reconnaître les impacts sociaux et environnementaux néfastes de la mondialisation, la plupart des organisations internationales sont en train de changer de doctrine. La mode n’est plus à la dérèglementation ! L’OCDE, par exemple, n’a plus peur de dire que la financiarisation du capitalisme créé des inégalités. Les décideurs internationaux s’intéressent davantage au progrès social, au bien-être des populations, et se montrent plus sensibles aux thèses sur la non-soutenabilité de nos modes de production et de consommation. Un consensus est en train de se former sur la nécessité de ré-institutionnaliser le marché et le capitalisme pour le mettre au service des sociétés. »

Marc Fleurbaey, professeur d’économie, d’études humanistes et de questions publiques à l’université de Princeton (Etats-Unis)

« Le modèle anglo-saxon basé sur la croyance en l’existence d’une main invisible est périmé, tout comme l’option souverainiste, qui retrouve des couleurs ces derniers temps mais n’en reste pas moins peu réaliste. Alors que la social-démocratie scandinave paraît pour sa part difficilement exportable, nos travaux dessinnent un nouveau modèle basé autour des notions de décentralisation, de responsabilisation et d’autonomisation.

Marc Fleurbaey (Princeton), à gauche, et Olivier Bouin (MSH), à droite.

La démocratisation des entreprises et la réforme du marché – dont les activités polluantes sur le plan environnemental et social seraient davantage taxées, après l’harmonisation des règlementations et des impôts sur les sociétés – permettraient de libérer l’Etat-central de sa tâche de redistribution et de s’engager sur de nouvelles missions. Il faut mieux protéger les citoyens, les rendre plus indépendants et plus autonomes à la fois de la puissance publique comme de leurs employeurs. »

… pour faire émerger des villes globales… et équitables !

Olivier Bouin, directeur du Collège d’études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme :

 « Les villes sont des espaces ambigus : elles sont à la fois les lieux de la créativité, de l’innovation et de solidarité, mais elles reproduisent en parallèle les excès de nos sociétés en matière d’inégalités, de justice ou de violence. Partout, en Europe comme aux Etats-Unis ou dans les pays émergents, les espaces de résidence et de consommation fermés, exclusifs et luxueux prolifèrent. Notre collectif travaille sur une « charte mondiale du droit à la ville », qui promeut une ville juste, globale, connectée et équitable. Des notions qui s’opposent à un urbanisme privatif qui segmente et exclut une partie de la population du fait de la spéculation foncière. Pour que les groupes sociaux les plus faibles bénéficient du droit d’être présent et respectés dans la ville, qu’ils obtiennent le pouvoir d’y contribuer, nous défendrons une approche plus inclusive du foncier et souhaitons réhabiliter la planification urbaine. A côté de cette justice urbaine, l’Etat doit, en parallèle, garantir leur accès aux droits et aux services universels – revenu du base, éducation, santé. »

Marc Fleurbaey, professeur d’économie, d’études humanistes et de questions publiques à l’université de Princeton (Etats-Unis)

 « Le modèle urbain que l’équipe du PIPS – coordonnée par Saskia Sassen et Edgar Pietersee – appelle de ses vœux répond aux mêmes logiques que le changement de doctrine politico-économique que nous avons observé au sein de la plupart des organisations mondiales. Si l’on souhaite réduire les inégalités et les dégâts environnementaux, ainsi que tendre vers plus de démocratie et une plus grande participation citoyenne, il faut à tout prix repenser nos structures autour des principes de décentralisation et de responsabilisation. Des principes qui valent pour la Ville, mais aussi la réforme de l’Etat-providence et les entreprises. Ces principes sont transposable à tous les espaces – mégalopoles, espaces périurbains ou ruraux – ainsi qu’à différentes politiques publiques – santé, éducation, environnements, etc. »

Références

Lien vers le site du PIPS, sur lequel il est possible de commenter certaines ébauches dont celle sur les villes

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  1. Il manque à cette analyse un point important.
    Il ne suffit pas créer des logements sociaux ni de les construire dans des lieux valorisants. La précarité des populations bénéficiaires de logements sociaux est de plus en plus grande : qu’il s’agisse de précarité monétaire, sociale ou culturelle.
    Pour leur permettre de jouer leur rôle dans la collectivité, il faut à mon sens, aussi penser à étendre le rôle des office d’HLM vers un accompagnement social. Exactement comme des associations le font aujourd’hui pour les populations vulnérables (SDF, mères célibataires, jeunes en rupture de ban…) accueillies dans des maisons relais ou des pensions de famille.

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