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Urbanisme - Aménagement 16/09/2016

Politiques publiques : quand les territoires travaillent leurs indicateurs

par Martine Kis
Observ'agglo : le solde migratoire apparent sur la période 1999-2012 (résultats localement supérieurs à 500 seulement) © Observagglo

L’action politique a besoin d’indicateurs fiables et pointus. La Fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau) et l’Assemblée des communautés de France (AdCF) se sont alliées pour les identifier. Observ’agglo résulte de leur collaboration. Il cartographie et analyse 50 indicateurs, pour certains tout à fait originaux.

Les collectivités ne veulent pas subir les transformations. Et des transformations, il y en a : fusion des régions, métropolisation, croissance des intercos, mais aussi retrait de l’Etat, concurrence européenne et internationale…

« Les élus veulent disposer des outils pour construire une vision et une stratégie nationale », explique Jean Rottner, président de la Fnau et maire de Mulhouse, lors d’une conférence de presse, le 14 septembre.

« En France, l’aménagement du territoire a longtemps été porté par l’Etat avec la Datar, explique Patrice Vergriete, maire de Dunkerque et vice-président de l’Agur (agence d’urbanisme et de développement). Cette histoire s’est arrêtée. Il est donc normal que les élus remettent la politique d’aménagement du territoire sur la table, à l’échelle nationale et européenne, avec une démarche “bottom-up” et non plus “top-down” ».

50 indicateurs

Conséquence de ce constat : l’alliance de la Fnau et de l’AdCF engendre « Observ’agglo, 50 indicateurs pour décrypter les dynamiques des grandes agglomérations ».

Il ne s’agit pas d’un classement, qui permettrait de découvrir que les villes industrielles et portuaires du Nord sont en queue de peloton et que les agglos du Sud et de l’Est caracolent devant, ironise Patrice Vergriete. Il s’agit de cartes thématiques, mettant en avant des indicateurs à l’échelle des EPCI de plus de 200 000 habitants (périmètres de 2015 et hors Ile-de-France).

La mise en commun de ressources diverses permet de connaître la position d’une agglomération, ses forces, ses faiblesses et d’en tirer des conclusions pour l’action sur son territoire. Et il ressort de ce travail des constats inhabituels et parfois surprenants.

Taux de survie des entreprises

Ainsi, c’est dans le sud du pays que se créent le plus d’entreprises, mais c’est dans le nord que le taux de survie est le plus important.

Alors que les classements grands publics privilégient toujours les villes universitaires, Observ’agglo regarde le rapport entre le nombre de doctorants et de masters. En ressort un palmarès radicalement différent. Au premier rang, Grenoble, avec 18 doctorants pour 100 masters. On constate que de petites agglos avec une forte spécificité peuvent aussi avoir un fort taux de doctorants, comme Nice, Toulon ou Perpignan.

Autre indicateur innovant : le nombre d’années de revenus nécessaires pour devenir propriétaire d’un trois pièces, ancien ou neuf : 27 et 29 ans à Nice, 9 ou 10 ans à Montbéliard, Limoges ou Brest, la moyenne étant de 14 ans.

Logiquement, l’indice de pression sur le logement social est le plus élevé à Nice, avec 8,8 demandes pour un logement, et de 1,26 à Montbéliard, la pression augmentant avec la taille des agglos.

Sont également traités, la parité dans les exécutifs, le nombre d’actifs ayant un emploi et utilisant les transports en commun, la part des habitants vivant dans les quartiers prioritaires, le nombre de fauteuils de cinéma ou encore, la consommation foncière par nouveau logement.

Ce travail devrait être réactualisé tous les deux ans, en intégrant l’Ile-de-France et le nouveau périmètre d’Aix-Marseille Métropole.

 

Les territoires des nouvelles régions

Autre ouvrage : « Les territoires des nouvelles régions ». Il s’agit cette fois de proposer « un document qui fasse référence » sur les interrelations en train de se constituer entre les territoires à l’échelle nationale et européenne, explique Brigitte Bariol, directrice de la Fnau. Cinq thèmes organisent ce travail :
– Systèmes territoriaux, gouvernance, réseaux ;
– Ecosystèmes économiques territoriaux ;
– Société mobile et connectée ;
– Biens communs territoriaux ;
– Disparités et cohésion.

L’Europe fait l’objet de trois focus particuliers :
– Innovation en Europe et coopération d’innovation technologique ;
– Transfrontalier, « angle mort des politique d’urbanisme et territoriale, alors que la France est le principal pays navetteur transfrontalier avec 375 000 personnes », souligne Brigitte Bariol ;
– Société connectée.

Pour Patrice Vergriete, ce travail permet de mettre sur la table le débat sur la taille des régions, de les comparer aux autres régions européennes. « Il pointe des interrogations sur les politiques publiques », souligne-t-il.
Il relève ainsi le fait que la région mulhousienne profite de la dynamique bâloise. « Dunkerque pourrait aussi profiter de la dynamique flamande qui n’a pas de chômage. Mais il n’y a pas de transfrontalier. Pourquoi ? Est-ce une question de culture ? de politique publique ? », s’interroge le maire de Dunkerque, qui, dans cette optique, lance l’apprentissage du néerlandais dans les écoles de sa ville.

Références

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