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Bibliographie 29/07/2016

Atout risques – Des territoires exposés se réinventent

par Martine Kis
Bords de l'Oise. Charles François Daubigny. 1817-1878. Paris. Bruxelles. Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique. © Flickr-CC-by-JL.Mazieres

Les risques ne connaissent pas les frontières administratives. Et la technologie ne les fera pas disparaître, pas plus que fermer les yeux sur eux. C’est pourquoi un Atelier national, voulu par deux ministères, a réuni une équipe pluridisciplinaire avec des élus et des acteurs des territoires pour construire une vision de développement. Un ouvrage en est résulté qui montre la voie à suivre pour intégrer les risques à l’urbanisme et donne la parole aux élus des territoires étudiés.

© Ed. Parenthèses
Longtemps, les risques ont paru une anomalie que la modernité allait faire disparaître. Il a fallu déchanter. Fin de la naïveté. Les risques et aléas sont consubstantiels à la vie, à la nature et à toute construction sociale. L’urbanisme en étant une.

Au lieu de nier les risques – inondation, incendie, effondrement, explosion industrielle, etc. –, de les contourner, donc, de ne pas les anticiper, il s’agit désormais de penser la ville avec eux.

Cette approche a été l’objet d’un Atelier national « Territoires en mutation exposés aux risques », porté par les ministères de l’Ecologie et du Logement(1). Dans ce cadre, des équipes pluridisciplinaires ont travaillé sur 5 territoires(2), sous la houlette de l’urbaniste Frédéric Bonnet. Ces travaux ont fait l’objet d’un ouvrage, « Atout risques. Des territoires exposés se réinventent », qui en présente les conclusions rapportés aux territoires étudiés.

Contrainte et vision multiscalaire

Selon Frédéric Bonnet, les risques sont une contrainte qui devient une ressource, qui impose d’inventer. A condition d’avoir une vision multiscalaire du territoire, c’est-à-dire intégrant différentes échelles. Ainsi, pour créer un quartier résilient, qui accepte l’aléa, on adapte l’urbanisme, les infrastructures, les équipements. Mais en dépassant les limites du quartier en question.

En effet, il s’agit d’arbitrer entre les lieux où l’on acte le retrait en restituant le site au milieu naturel, en sanctuarisant les lieux où l’on résiste. Cette approche multiscalaire impose une connaissance globale et locale de l’aléa de façon à prendre en compte toutes les échelles de temps et d’espace.

 

Cette approche par les risques permet d’établir un “destin commun” pour des territoires où la mobilisation des élus est difficile. »

 

Dans la vallée de l’Oise, 40 kilomètres de long et 4 intercos, le risque d’inondation incite à reculer usines et quartiers résidentiels, au détriment des terres agricoles et avec l’obligation de créer voiries et réseaux. Cette approche par les risques permet d’établir un « destin commun » pour des territoires où la mobilisation des élus est difficile à une telle échelle et propose des solutions conciliant les contraintes et les usages à toutes les échelles.

Croiser les métiers, source d’économie

L’atelier a été, selon Frédéric Bonnet, l’occasion de rencontres fécondes entre des métiers et des savoir-faire qui ne se croisent pas dans les projets territoriaux. Ainsi, au val de Tours, où l’on rencontre des problèmes de renforcement de digues, de déplacements et développement urbains, de paysage, des savoir-faire d’hydrauliciens ont été mobilisés.

 

Chaque euro dépensé dans le domaine hydraulique “donne quelque chose d’autre au territoire”. »

 

Dans la plaine agricole du val d’Argens, les hydrauliciens ont rejoint les acteurs du foncier. Une grande leçon en ressort. Chaque euro dépensé dans le domaine hydraulique (rigoles, seuils, surverses, etc.) « donne quelque chose d’autre au territoire ; une promenade, des services, des liens inédits, des activités de loisirs, un paysage, un corridor écologique ».

Gouvernance pour des territoires solidaires

Territoires à plusieurs échelles, métiers s’entrecroisant, la gouvernance à son tour doit s’affranchir des limites administratives, tout comme l’eau qui ne connaît pas les limites communales. Il s’agit non seulement d’un dialogue entre différentes collectivités, mais aussi d’un dialogue entre celles-ci et Voies navigables de France, le Conservatoire du littoral, etc.

Lorsque des communes rurales dans une zone de confluence annoncent qu’elles ne développeront plus d’offre résidentielle, ni de zones d’activité, au profit d’activités de loisirs et de production maraîchère, elles offrent à toute l’agglomération une spécificité à haute valeur ajoutée, alors que jusqu’à maintenant les critères d’évaluation de richesse sont la démographie, le revenu et l’emploi.

Urbanisme, temps et nature

Les travaux de l’atelier revêtent, pour Frédéric Bonnet, une dimension plus profonde que ces évolutions, certes importantes, mais finalement assez techniques. Il y décèle quelque chose de plus profond, une « philosophie » de l’urbanisme.

Selon lui, aborder l’urbanisme par l’angle des risques fait ressortir toute la fragilité des constructions humaines. Au lieu d’être figé dans l’effroi et la recherche de la régulation technique, »l’incertitude, les variations et le mouvement de la nature redeviennent une ressource et se combinent avec une intelligence collective renforcée… ».

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Note 01:

La démarche Atelier national consiste à mettre à disposition des élus et services de l’État, au cours d’une année, une équipe de concepteurs de haut niveau entourée d’experts pluridisciplinaires, pour construire avec eux un projet de territoire. - Retourner au texte

Note 02:

Val de Tours-Saint-Pierre-des-Corps ; vallées de la Fensch et de l'Orne ; vallée de l'Argens ; vallée de l'Oise, de Creil à Compiègne ; bords de Marne. - Retourner au texte

Références

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