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Courses cyclistes 30/06/2016

Cyclisme : les collectivités vont-elles mettre pied à terre ?

par David Picot
Tour 2009, l'arrivée à Saint-Fargeau © Flickr-CC-JPC24M

Derrière le Tour de France qui démarre ce 2 juillet 2016 du Mont-Saint-Michel (Manche), la majorité des 43 courses professionnelles du pays repose sur le financement des collectivités territoriales. La baisse des dotations conjuguée à la nouvelle carte régionale font planer des incertitudes sur l’avenir de plusieurs épreuves.

 

En France, la petite reine roule par vent de face, avec des moyens limités. A l’exception du Tour de France et de quelques courses comme Paris-Nice et le Critérium du Dauphiné, propriétés d’Amaury sport organisation (ASO), les courses professionnelles sont toutes chapeautées par des bénévoles.

Comme Alain Clouet, un commercial à la tête du Tour du Poitou-Charentes. « Chaque année, je dois trouver environ 500 000 euros de budget pour quatre jours d’épreuve. » Et solliciter les collectivités… pour le couvrir à 60%.

Une proportion qui est loin d’être un cas particulier. « L’apport public varie de 30% à 70% », observe David Lappartient, président de la Fédération française de cyclisme (FFC), par ailleurs maire de Sarzeau (Morbihan) et à la tête de la communauté de communes de la Presqu’île de Rhuys.

« Il est clair que la baisse des dotations constitue une menace pour nos épreuves. Pour le moment, les organisateurs s’en sortent parce qu’ils font des miracles et qu’ils bénéficient encore de financements croisées entre bloc communal, département et région. Mais pour combien de temps encore ? »

Un équilibre financier fragile

Illustration à Denain (Nord) où le Grand Prix de la ville, au budget de 260 000 euros était financé cette année, à 57%, par les collectivités (ville, communauté d’agglomération, département et région).

Pour le Tour de l’Ain, une course à étapes de 5 jours en août, la proportion grimpe à 65%. Cas particulier, la Classic Loire-Atlantique parvient quant à elle à attirer 70% de partenaires privés. « Mais tout cela ne tient qu’à un fil et à des sponsors fidèles », reconnaît l’organisateur, Jean-Luc Chaillot, loin d’être serein.

Si elle facture les collectivités à hauteur de 65 000 euros hors taxe pour un départ et 110 000 euros HT pour une arrivée du Tour de France, l’entreprise ASO n’est pas vraiment inquiète. Attirés par des retombées directes ou en termes d’images, 250 villes, intercommunalités, départements ou régions se proposent chaque année pour figurer sur la carte de l’épreuve.

Grenoble passe son Tour

Mais l’organisateur privé commence à percevoir quelques signes de frilosité. Illustration à Grenoble (Isère) porte d’entrée – ou de sortie, c’est selon – de la Grande Boucle, dans les Alpes.

La nouvelle équipe municipale a tout bonnement décidé de passer son tour. Trop coûteux. Sous réserve de la validation d’une délibération à venir, « c’est la métropole qui devra désormais porter l’événementiel sportif comme le Tour de France », explique Sadok Bouzaiene, adjoint aux sports à la ville. « De notre côté, nous œuvrons en faveur du sport pour tous, le cyclisme amateur en particulier ».

Autre exemple : pour convaincre des villes réticentes à accueillir des étapes sur ses autres épreuves, ASO use parfois du levier « Tour de France ». Message tout à fait clair, même s’il est implicite : accepter de recevoir une étape de Paris-Nice ou du Dauphiné peut aider une collectivité à obtenir le Tour.

Sans compter que cette approche permet également de se roder au niveau de l’organisation. Ces dernières années, Gap (Hautes-Alpes) est ainsi apparue sur la carte du Dauphiné 2014 puis sur celle du Tour 2015. Même constat pour Digne-les Bains (Alpes-de-Haute-Provence) ou Modane-Valfréjus (Savoie), arrivée finale du Dauphiné 2015 et ville-départ du Tour l’an passé également.

Mutualisations en régions

Et comme le cyclisme est aussi une histoire de géographie, il pourrait faire l’objet d’une forme de mutualisation au sein des nouvelles grandes régions.

Dans les Hauts-de France, Xavier Bertrand, le président du conseil régional, a d’ores et déjà annoncé sa volonté de mettre en place un Tour des Hauts-de-France, en remplacement du Tour de Picardie (70 éditions) et des Quatre Jours de Dunkerque (62). En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, la question se pose aussi de faire coexister le Tour du Limousin et celui du Poitou-Charentes.

« Nous avons encore peu de recul en la matière mais des régions vont devoir faire des choix pour réaliser des économies », souligne David Lappartient.

Il demeure toutefois optimiste car « de nombreux élus restent d’ardents défenseurs du cyclisme, sport profondément ancré dans notre pays ». Reste à savoir si la passion des organisateurs comme celle de certains élus suffira pour rester en selle.

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