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Entretien 08/04/2016

Philippe Richert : « Redéfinir par écrit notre collaboration avec l’Etat et fixer un cap »

par Aurélien Hélias, Martine Kis
Philippe Richert, président de l'ARF © Stadler

Quelques semaines après avoir remporté la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Philippe Richert a succédé, en janvier 2016, à Alain Rousset à la tête de l’Association des régions de France (ARF). Dans cette seconde partie de l’entretien accordé par l’ancien ministre des collectivités au Courrierdesmaires.fr, celui-ci dresse un tableau complexe des relations entre l'Etat et les régions sur différents dossiers : emploi et formation professionnelle, réorganisation des services déconcentrés et aménagement ferroviaire du territoire. Et le patron de l’ARF d’évoquer le positionnement de l’association dans la future campagne électorale à venir en 2017.

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La réforme de la décentralisation

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Le Courrierdesmaires.fr : Comment jugez-vous la réorganisation par l’Etat de ses services déconcentrés par rapport à la réforme de la carte régionale ?

Philippe Richert : La collaboration se passe bien avec les préfets qui ont la trempe pour mener leurs services à la nouvelle échelle régionale. Les préfets consultent les présidents de région régulièrement, d’autant que certains fonds européens sont gérés par les régions, d’autres par les préfectures. J’ai été consulté en amont de l’édification de la grande région, en ma qualité alors de président de la région Alsace. Et c’est au terme de cette discussion que Châlons-en-Champagne a été choisi par l’Etat pour accueillir la nouvelle direction régionale de l’agriculture, la Draf. Après, on ne peut pas imposer aux équipes des migrations quotidiennes de 500 kilomètres. Et il ne s’agit pas, comme je l’entends, de voir la région céder pour faire plaisir à tel ou tel, mais seulement d’acter qu’on ne peut pas tout mettre au même endroit : on n’est jamais efficace quand on veut tout regrouper. De l’autre côté de la frontière, le Bade-Wurtemberg a, lui aussi, l’équivalent des « maisons du conseil régional » sur tout son territoire.

 

© Stadler
Il s’agit seulement d’acter qu’on ne peut pas tout mettre au même endroit : on n’est jamais efficace quand on veut tout regrouper. »

 

 

Quel bilan dressez-vous des négociations avec l’Etat pour le pilotage par les régions du plan de 500 000 formations ?

P. R. : L’application par les régions du plan de 500 000 formations était une demande de l’ARF. Nous l’avons obtenu et, chose très nouvelle, l’Etat a accepté d’abonder de 1 milliard d’euros cette politique régionale, sans demander de contrepartie et en laissant faire les régions. C’est un progrès.

>> Lire aussi : Les régions piloteront le plan de formation des 500 000 demandeurs d’emploi

 

Comment jugez-vous, plus largement, la collaboration avec l’Etat ?

P. R. : La question est la suivante : comment travailler avec l’Etat dans un partenariat respectueux des compétences de chacun ? Or dernièrement, sur le dégel du point d’indice, c’est « le gouvernement décide, puis nous informe »… Idem pour les départements sur le RSA : au-delà de la polémique sur l’initiative prise par le Bas-Rhin, qu’on l’approuve ou non, j’observe que la loi délègue la compétence aux départements, mais l’encadre tellement, toujours par la loi, que cela fait des départements quasiment des services extérieurs de l’Etat… Cela ne se passerait jamais ainsi en Allemagne.

Sur le ferroviaire, il nous est aussi impossible, nous, régions, de fixer les tarifs sur les transports. Or, il me paraîtrait normal que nous puissions afficher en la matière nos priorités politiques.

 

L’un des grands dossiers à gérer pour les nouveaux exécutifs régionaux sera-t-il l’aménagement ferroviaire du territoire, alors que se multiplient les suppressions de lignes de TER et de TET ?

P. R. : Nous payons là l’incapacité à pourvoir en conducteurs les trains d’Ile-de-France. Ce faisant, la SNCF a supprimé de nombreuses lignes dans les autres régions, des lignes de TER pourtant conventionnées avec chaque conseil régional, pour affecter ces conducteurs à l’Ile-de-France… Et nous l’avons appris par les syndicats ! En plus, cela s’est fait dans des territoires déjà fragiles, que cette décision va fragiliser encore plus… Cela se passe aussi sur les TET, pour lesquels l’Etat a pris des décisions sans aucune concertation, et ce volontairement, avec les régions. Il faut arrêter avec cette volonté centralisatrice et retrouver de la cohérence sur les cinq ans à venir.

© Stadler
[...] l’Etat a pris des décisions sans aucune concertation, et ce volontairement, avec les régions. »

 

 

Le mandat à venir sera-t-il l’occasion pour les régions de réitérer leurs demandes de pouvoirs réglementaires ?

P. R. : Il y a eu des demandes des régions pour appliquer leurs réglementations, en étant des relais de la réglementation de l’Etat. Mais tout cela ne peut pas se faire en même temps que le transfert des compétences. Sur la perspective réglementaire, il faut se donner une perspective à 5 ans. Ce qui est certain, c’est qu’il faut des collectivités régionales avec des responsabilités importantes, le tout avec des contreparties de contrôle, notamment des chambres régionales des comptes. Pour cela, je crois beaucoup à l’expérimentation. Qu’ai-je entendu quand nous l’avons proposé sur l’emploi ! Les régions ne veulent pas diriger Pôle emploi ! Mais faut-il vraiment deux organisations pour passer des appels d’offres sur la formation ? On ne peut pas se satisfaire de ce qui existe. D’où ma position pragmatique de discussion sur le sujet avec la ministre du Travail, car on ne peut rester dans cette situation de blocage.

© Stadler
Il faut des collectivités régionales avec des responsabilités importantes, le tout avec des contreparties de contrôle, notamment des chambres régionales des comptes. »

 

 

L’ARF, qui veut devenir Conseil des régions de France, portera-t-elle des propositions institutionnelles dans le débat à venir pour l’élection présidentielle ?

P. R. : La première étape sera de redéfinir par écrit notre collaboration avec l’Etat et de fixer un cap. Ce cap avait pourtant été fixé avec le précédent Premier ministre Jean-Marc Ayrault, mais six mois plus tard, il n’y avait plus rien. Les ministres doivent travailler davantage avec les régions et cette idée est à la base de la plateforme que nous voulons mettre en place avec l’actuel Premier ministre. Il faut aussi davantage de décentralisation, qui est un outil de modernisation. Là-dessus, les présidents de région de droite et de gauche ont des positions très proches. On verra ce que les régions proposeront durant le mandat qui s’ouvre. Et je me réjouis que des personnalités politiques nationales de premier plan aient choisi de conquérir les régions et aient intégré, avant même qu’elle s’applique, la fin du cumul des mandats.

 

La décentralisation n’a pourtant plus autant bonne presse qu’il y a dix ans auprès des populations…

P. R. : Nous n’avons pas suffisamment tenu compte de ce que voulaient les gens. C’est pour cela que pour la future appellation de la région nous avons mis en place des groupes de travail pour choisir ce nom dans la région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine. Et si nous avons ajouté un quatrième nom aux trois noms retenus par ces ateliers, « Grand Est », c’était parce qu’il apparaissait en première place dans les sondages. A la fin de la consultation, plus de 300 000 personnes se seront exprimées. Il nous faut apporter davantage de démocratie participative, qui ne supplante pas pour autant la démocratie représentative. A partir de maintenant, il nous faut travailler sur l’évolution territoriale, administrative et politique pour les dix prochaines années.

 

>> Retrouvez la première partie de notre entretien : le président de l’ARF dresse un premier bilan de trois mois d’action des nouvelles grandes régions. Il fait le point sur les transferts de compétences en provenance des départements et la nécessaire collaboration tant avec les conseils départementaux qu’avec les futures intercommunalités aux périmètres rénovés.

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