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FEDERATION DES VILLES MOYENNES 24/09/2012

Christian Pierret, président de la FVM : « Renforcer la péréquation au profit des plus pauvres »

par Marion Esquerré

Christian PIERRET, président de la Fédération des villes moyennes et maire de Saint-Dié-des-Vosges, a confié au "Courrier" les attentes de ces élus et leur conception de la décentralisation. Cette dernière est le thème de la réunion-débat sur laquelle s'achèvera son assemblée générale, le 26 septembre 2012, à Paris.

Christian Pierret© C.Pierret-Flickr

« Nous sommes dans la salle des machines du développement économique »

Le Courrier des maires :  Quelle place défendez-vous pour les villes moyennes ?

Christian Pierret. Les villes moyennes souhaitent être considérées comme indispensables à l’équilibre territorial français. On parle beaucoup de l’importance, à juste titre, des métropoles. Mais elles ne sont pas nombreuses et ont besoin de la complémentarité des villes moyennes. Sans nous, la France deviendrait une carte blanche parsemée de quelques métropoles. Ce serait une catastrophe. Car il ne faut pas se payer de mots : si les villes moyennes disparaissaient, le service public disparaîtrait avec elles. Ce sont les villes moyennes qui permettent une bonne présence territoriale de l’Etat et des services publics nationaux.

Nous sommes par ailleurs indispensables à l’équilibre économique. « C’est dans les villes moyennes que les PME et les PMI s’installent. » Et c’est aussi à cet échelon que le concept des « circuits courts » peut devenir réalité. Or, si on a la volonté de réussir la transition énergétique, il faut développer une économie à taille humaine qui permette d’économiser les ressources de la nature, de limiter les émissions de CO2.

 

Qu’attendez-vous de l’Etat à l’occasion de l’Acte III de la décentralisation ?

— C. Pierret. On attend de lui qu’il renforce la péréquation au profit des territoires les plus pauvres. Les villes moyennes, parce qu’elles ont souvent un passé industriel et manufacturier, sont parmi les collectivités où le revenu par habitant est le plus faible.

Deuxièmement, on attend qu’il lance enfin une réforme fiscale de fond et qu’il améliore ses concours financiers. La suppression de la taxe professionnelle était une bonne chose, mais les ressources qui l’ont remplacée ne suffisent pas à notre autonomie.

On entend aussi qu’il poursuive le travail du précédent gouvernement dans le sens d’une plus forte capacité d’expérimentation des collectivités.

Enfin, personnellement, je pense qu’il y a trop de normes dans tous les domaines. La manie normative de l’Etat, malgré la commission consultative d’évaluation des normes, est une catastrophe. « Certaines normes limitent l’action des collectivités, au détriment de la population.« En matière sportive, de vie sociale, d’aides sociales, etc.,  un certain nombre de normes encadrent ou limitent l’action des collectivités locales au détriment de la population.

 

Dans le domaine économique, quelle place les villes moyennes peuvent-elles conserver aux côtés des régions ?

— C. Pierret. Pour l’économie, le rôle d’orientation que les régions vont être amenées à jouer dans la banque publique d’investissement, est incontestable. Mais l’existence de régions dynamiques suppose un accord harmonieux avec les villes moyennes.

Nous sommes dans la salle des machines, au sens propre du terme. Nous gérons des collectivités qui sont au front pour la défense de l’industrie, de l’innovation, de la lutte contre les délocalisations, du maintien des entreprises et surtout de l’innovation. La croissance va passer par les PME et PMI. Or, ces dernières se trouvent dans les villes moyennes.

Les politiques de développement doivent rester près, au sens géographique du terme, des réalités économiques pour assurer le succès d’une conversion de l’économie, d’une transition énergétique différente. « Nous nous battons pour développer l’enseignement supérieur. » Pour la même raison, nous nous battons pour maintenir et développer l’enseignement supérieur dans nos communes. Car la croissance a besoin de cette synergie entre l’université et les PME-PMI. C’est là que l’innovation se créé.

 

Comment jugeriez-vous les premiers mois du gouvernement ?

— C. Pierret. Globalement, j’approuve les politiques d’assainissement budgétaire et de redressement qui sont  entamées. Et que tout le monde doivent contribuer à l’effort national. Nous-mêmes, en tant que collectivités locales, devrons y contribuer.

En même temps, nous gérons plutôt bien nos communes en termes d’évolution des charges d’exploitation et de service public. Et il ne faudrait pas que l’on fasse peser le poids du service public sur nos épaules uniquement, ce que le gouvernement ne semble pas vouloir. Il faut partager la charge de l’effort, mais il ne faut pas que l’Etat se retire, surtout pour les territoires pauvres.

Quant aux relations avec le gouvernement, elles sont excellentes. L’atmosphère est à la discussion et au partenariat. Il existe un respect des collectivités locales qui ouvre de bonnes perspectives de travail.

Propos recueillis par Marion Esquerré
Photo : © C. Pierret

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