publicité

 

Réagir
Métropolisation - Normandie 07/03/2016

« Pas question de rajouter une couche de plus à un millefeuille territorial déjà trop épais ! »

par Aurélien Hélias
Edouard Philippe, député-maire du Havre © Codah

Député-maire (LR) du Havre, Edouard Philippe se réjouit de voir le projet de pôle métropolitain de l’Estuaire de la Seine enfin validé par l’Etat. Pour Le Courrier des maires, il détaille l’intérêt pour le territoire normand de disposer de cet outil de coopération souple, sans création d’administration supplémentaire et à même de coordonner les actions publiques entre les EPCI situés des deux côtés du Pont de Normandie.

Courrierdesmaires.fr. Pourquoi ce projet de pôle métropolitain de l’Estuaire de la Seine lancé par l’agglomération du Havre et d’autres intercommunalités ?

Edouard Philippe. Le territoire compte 500 000 habitants, de Fécamp au nord à Lisieux au sud. Il est à la fois très industriel avec le port du Havre, mais aussi agricole – Lisieux, le pays de Caux – et touristique, avec Deauville notamment.

Il a une vraie unité, il constitue un même bassin de vie et d’emploi, et pourtant, il a peiné à s’organiser, divisé qu’il était en trois départements et, jusqu’à récemment, en deux régions. Mais les deux rives ont été rapprochées en 1995 par le Pont de Normandie. D’où la création d’un comité des élus de l’Estuaire qui nous permet d’échanger sur différents projets.

 

Cet outil de concertation ne se suffisait-il pas à lui-même ?

E. P. En 2007-2008, nous avons créé un Grenelle de l’Estuaire sur les questions de transport, de développement économique, de préservation de la nature et de santé.

C’était utile, mais insuffisant. Il nous fallait trouver une structure permettant de coordonner des actions publiques, sur le développement économique et touristique par exemple, une structure disposant de la personnalité morale et permettant de redistribuer les moyens et l’argent entre des collectivités.

L’avantage d’un Pôle métropolitain est qu’il s’agit d’un outil très léger, qui ne dessaisit les EPCI d’aucune de leurs compétences et qui accepte les discontinuités territoriales.

 

Le projet a été voté par tous mais refusé par l’Etat, le préfet de Seine-Maritime prenant justement prétexte de cette discontinuité territoriale. La vraie raison, j’en suis convaincu, était politique…

 

Pour quelles raisons le projet de pôle métropolitain a-t-il été bloqué depuis ?

E. P. Le montage final du dossier s’est fait en 2010-2011 autour de 11 EPCI dont trois, Deauville, Beuzeville et Lisieux, ne s’inscrivaient pas dans une contiguïté géographique.

Le projet a été voté par tous mais refusé par l’Etat, le préfet de Seine-Maritime prenant justement prétexte de cette discontinuité territoriale. La vraie raison, j’en suis convaincu, était politique : il fallait empêcher l’émergence d’un pôle territorial supposé constituer une « menace » pour celui de Rouen.

Ce refus a provoqué incompréhension et consternation chez les élus, mais nous n’avons pas baissé les bras. En attendant de pouvoir reprendre le projet, nous avons créé une Association de préfiguration du pôle métropolitain capable de faire des propositions et de porter des projets.

Aujourd’hui, le projet de pôle métropolitain rassemble 12 EPCI, et bientôt 13. La procédure est relancée et nous espérons faire passer le dossier complet en mars ou avril et créer le pôle d’ici la fin de l’année 2016 ou au début de 2017. Car cette procédure est longue et implique la consultation des collectivités, des EPCI et même de la nouvelle région Normandie.

© AURH Les 11 EPCI fondateurs de l’association pour la création du pôle métropolitain de l’Estuaire de la Seine.

 

Comment imaginez-vous le fonctionnement futur du pôle métropolitain ?

E. P. Le pôle bénéficiera de moyens limités et d’une structure souple qui ne devrait pas dépasser cinq salariés. Il n’est pas question de rajouter une couche de plus à un millefeuille territorial déjà trop épais mais de rechercher l’efficacité et l’alliance des moyens sur des sujets précis.

Nous recueillerons des fonds des collectivités participantes, fonds qui seront réinjectés dans des projets d’intérêt commun. L’idée est de se rencontrer régulièrement, sur la base de statuts clairs et transparents, et de travailler à une meilleure coordination de nos actions pour assurer le développement de notre territoire.

 

A terme, les interlocuteurs privilégiés des régions (…) seront des pôles géographiques forts, capables d’engager des financements pour de grands projets. Il vaut mieux y être préparé.

 

Comment envisagez-vous la coopération avec la grande région Normandie, issue de la récente nouvelle carte territoriale, et des trois départements concernés par le pôle ?

E. P. Il faut nous affranchir du cadre administratif très départementalisé qui était jusqu’à présent le nôtre. Et travailler sur la base d’une présence urbaine forte qui irrigue un même territoire même quand elle est en discontinuité géographique.

Il est évident qu’à terme, les interlocuteurs privilégiés des régions, et dans notre cas c’est la Normandie enfin réunifiée, seront des pôles géographiques forts, capables d’engager des financements pour de grands projets. Il vaut mieux y être préparé.

 

Et quelle influence aurait la modification de la carte intercommunale ?

E. P. Sur notre territoire, les EPCI sont déjà bien constitués et peu de changements devraient intervenir, mis à part peut-être du côté de Honfleur. Cela ne présage donc pas d’une grande modification du projet de pôle métropolitain.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité

Abonnez-vous