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Entretien - Investissement local 09/02/2016

« Sélectionner au mieux les investissements pour passer le cap budgétaire »

par Aurélien Hélias
Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des dépôts © F. Calcavechia

Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Pierre-René Lemas a pour ambition de renforcer les liens de l’institution financière avec les territoires pour davantage répondre à leurs besoins de financement et soutenir les projets des collectivités locales. Aujourd’hui, deuxième partie de l’entretien accordé au Courrier des maires : Pierre-René Lemas y livre son regard sur les difficultés financières rencontrées par le secteur public local et la manière dont la CDC compte aider les collectivités à investir en 2016. L’ancien DGCL revient aussi sur le rôle que l’institution financière devrait jouer dans l’agence de développement économique France entrepreneur.

Courrierdesmaires.fr. La baisse des dotations aux collectivités vous amène-t-elle à travailler autrement avec ces dernières ?

Pierre-René Lemas. Oui, car hier encore la Caisse des dépôts bouclait le financement des projets locaux en apportant souvent les 15% ou 20% manquant pour couvrir le coût de l’investissement.

Aujourd’hui, en utilisant ses 500 millions de fonds propres dédiés, c’est la Caisse des dépôts elle-même qui initie avec les collectivités le tour de table.

C’est une demande forte, des villes moyennes surtout, qui, avec la baisse de leurs ressources, n’ont plus les financements nécessaires pour faire aboutir tous les projets de leur programmation pluriannuelle d’investissement.

 

Il nous faut proposer aux collectivités des taux faibles et aider à l’ingénierie financière pour leur permettre de « passer le cap ».

 

Les recompositions du bloc communal, avec l’émergence de grandes intercommunalités, vont-elles modifier selon vous la manière d’investir localement ?

P.-R. L. Oui, de la même manière que la Caisse des dépôts des années 2000 n’est plus celle d’aujourd’hui. Hier, elle était surtout un grand outil financier accompagnant la financiarisation d’une économie globalisée. Désormais, la Caisse des dépôts doit redevenir la Caisse des territoires, ce qu’elle avait un peu perdu de vue, surtout en dehors des grandes villes.

Il nous faut proposer aux collectivités des taux faibles et aider à l’ingénierie financière pour leur permettre de « passer le cap ». Un exemple : pour obtenir des garanties de Bruxelles, il faut constituer des plateformes de fonds susceptibles d’être garanties par les fonds européens.

Pour susciter ces projets, la Caisse des dépôts mobilise en régions ses équipes, réorganisées. C’est un impératif, d’autant que sur place les SGAR et les préfets de département ont besoin d’être soutenus.

Enfin, nous voulons mobiliser au mieux l’établissement public et les filiales de la Caisse des dépôts – SNI, Transdev, la SCET – qui sont immergés dans le tissu local afin de créer une dynamique « Groupe », pour dégager des capacités de financement et mobiliser de l’investissement.

 

Quels sont les secteurs d’investissement sur lesquels la Caisse des dépôts veut renforcer son financement des projets locaux ?

P.-R. L. Un bel exemple de ce que l’on veut faire est illustré par le plan tourisme. Avec l’objectif national de recevoir 100 millions de touristes par an, il faut nécessairement moderniser le parc hôtelier. D’où la création par la Caisse des dépôts d’une foncière de 500 millions, où elle-même mettra 100 à 150 millions d’euros, pour accroître les capacités d’hébergement.

Deuxième volet, un fonds de développement de BPI France, doté de 100 millions. Il va permettre de financer des entreprises innovantes du secteur touristique.

Enfin, troisième volet, une enveloppe d’investissement en fonds propres de 400 millions. Elle va aider les collectivités, notamment les villes moyennes, dans leurs projets d’infrastructures et d’équipements touristiques.

 

[L’absence d'autofinancement ?] La Caisse des dépôts peut y répondre en partie avec notamment des prêts qui doivent couvrir 100% des besoins d’une collectivité, par exemple sur la réhabilitation des bâtiments publics.

 

Apporter des fonds est-il suffisant quand les élus se plaignent surtout de ne plus dégager d’autofinancement, ce qui limite de facto leur possibilité de s’endetter ?

P.-R. L. C’est effectivement une donnée primordiale. Mais la Caisse des dépôts peut y répondre en partie avec notamment des prêts qui doivent couvrir 100% des besoins d’une collectivité, par exemple sur la réhabilitation des bâtiments publics.

L’obstacle d’un prêt ne permettant de financer que 50% de l’investissement est donc levé. C’est la même chose pour les prêts de la BEI de moins de 25 millions d’euros qui, sur leur secteur de crédit, sont destinés à couvrir 100% du besoin local.

J’ajoute à cela les taux très bas des prêts effectués par la Caisse des dépôts, qui en font des prêts quasiment gratuits, et notre capacité à les accompagner d’une ingénierie financière et technique. L’articulation des trois outils doit permettre d’engager des politiques globales d’infrastructures et de développement.

 

Comment percevez-vous les effets de la baisse des dotations sur l’investissement local ?

P.-R. L. Si la baisse des dotations est indéniablement forte, ces diminutions sont désormais connues et anticipées dans les budgets locaux. Mais parallèlement, les collectivités ont aussi besoin de créer des services et des équipements. Le défi revient à sélectionner au mieux les investissements pour passer le cap budgétaire.

Je rencontrerai les maires durant mes déplacements en région et je souhaite revoir l’AMF au premier trimestre pour aborder ces sujets.

 

Un risque existe sur l’engagement des fonds régionaux, notamment des fonds européens et des contrats de plan. C’est une des raisons pour lesquels je vais rencontrer les exécutifs régionaux au plus vite.

 

Y a-t-il un risque de « retard à l’allumage » des grandes régions sur leurs plans d’investissements ?

P.-R. L. Il nous faut d’abord attendre que les régions aux nouveaux périmètres se mettent en place, de même que les commissions permanentes.

Il est vrai qu’un risque existe sur l’engagement des fonds régionaux, notamment des fonds européens et des contrats de plan. C’est une des raisons pour lesquels je vais rencontrer les exécutifs régionaux au plus vite.

 

Quel sera le rôle de la Caisse des dépôts dans le financement et le fonctionnement de l’agence de développement économique des territoires France entrepreneur ?

P.-R. L. Ce sera un établissement commun entre la Caisse des dépôts et l’Etat, et j’espère les régions. Nous y mettrons les financements les plus moteurs d’aides aux entreprises, en s’appuyant sur les grands réseaux – l’Adie, les boutiques de gestion, France Active et autres – qui aident à la création d’entreprises via des prêts d’honneur.

Il faut additionner ces dispositifs pour mutualiser toutes les initiatives. Nous allons nous appuyer sur l’APCE, qui possède déjà des équipes, une structure, et cela permettra de gagner trois ou quatre mois. L’agence devrait être lancée ainsi d’ici peu et sans rupture des aides durant son installation.

France entrepreneur doit permettre de mieux coordonner les financements de la Caisse des dépôts et de l’Etat, en s’appuyant sur des réseaux locaux comme nationaux et en décentralisant le plus possible ces politiques pour être au plus proche du terrain et des jeunes entrepreneurs, qui ne sont pas que des créateurs de start-up , mais aussi des jeunes qui veulent créer leur boutique, leur commerce, ouvrir une franchise.

 

Vers qui le créateur d’entreprise peut-il se tourner pour le premier contact et bénéficier d’outils très concrets ? Ce qui est certain, c’est que nous mobiliserons nos directions régionales pour organiser ce premier contact, la construction des business plan et l’accompagnement du créateur sur les deux, trois premières années.

 

L’agence aura-t-elle autant les moyens d’intervenir dans les zones de revitalisation rurale (ZRR) que dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, comme cela est prévu ?

P.-R. L. C’est à la fois plus complexe dans les zones rurales, surtout celles en désertification, et en même temps, le problème est de même nature : vers qui le créateur d’entreprise peut-il se tourner pour le premier contact et bénéficier d’outils très concrets ?

Ce qui est certain, c’est que nous mobiliserons nos directions régionales pour organiser ce premier contact, la construction des business plan et l’accompagnement du créateur sur les deux, trois premières années.

Et nous pourrons nous appuyer sur l’expérience de la Fabrique à entreprendre qui n’est pas une structure, mais une bannière intégrant le financement d’un lieu de travail, l’installation d’une mission locale, d’un incubateur d’entreprises et qui crée du lien entre les acteurs économiques locaux. Avec la possibilité aussi de mobiliser BPI France, qui est un formidable accélérateur du développement des entreprises.

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