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Entretien 25/01/2016

« L’Agence France locale doit être présente pour l’ensemble des collectivités, quelle que soit leur taille »

par Aurélien Hélias
Yves Millardet, président du directoire de l'AFL © AFL

Président du directoire de l’Agence France locale, Yves Millardet dresse pour Le Courrier des maires le premier bilan après neuf mois d’existence opérationnelle de la « banque des collectivités », détenue par ces mêmes collectivités. Et détaille ses ambitions pour l’AFL en 2016 : la « digitalisation » de l’agence, une offre élargie en termes de produits financiers, mais aussi son ouverture en direction des plus petites collectivités. Le seuil de 3000 euros d’apport en capital pour adhérer à l’Agence est supprimé.

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Banques et collectivités locales : le début d’une nouvelle ère

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Courrierdesmaires.fr. Quel bilan l’Agence France locale fait-elle de 2015 ?

Yves Millardet. 2015 fut notre première année de démarrage opérationnel après une construction administrative qui s’est achevée en mars dernier. En seulement neuf mois, nous avons attribué 88 enveloppes de crédit pour un total de 508 millions d’euros. Et à ce jour, 131 collectivités sont adhérentes à l’agence. C’est un bilan très positif, d’autant que nous avons atteint dès cette première année 25% de parts de marché sur l’ensemble des membres de l’agence.

Autre élément de satisfaction : notre profondeur de crédit est forte, géographiquement comme en matière de strates de collectivités. Aux côtés des grandes – métropoles, communautés urbaines et d’agglomération, départements et région Pays de la Loire —, qui représentent la moitié de notre portefeuille de crédit, de plus petites collectivités ont recours à nous pour des montants qui descendent à 100 000 euros.

Nous avons la conviction de devoir être présent pour l’ensemble des collectivités, en tout cas toutes celles qui empruntent, quelle que soit leur taille : nous avons par exemple un village de 140 habitants qui fait appel à nous.

 

Ces petites collectivités recourent-elles à l’AFL pour les mêmes raisons que les plus grandes cherchant à diversifier leur portefeuille de dette ?

Y. M. En partie, mais c’est aussi parce que le secteur bancaire classique n’a pas autant de liquidités à leur proposer. Peu de banques sont capables de proposer des prêts en dessous de 50 000 euros.

L’agence est pour ces petites collectivités l’assurance d’avoir une source de financement, de diversifier leur crédit mais aussi le plaisir de devenir actionnaire d’une banque qui fait en sorte que les économies réalisées au niveau local restent au niveau local.

 

80% de l’opération inaugurale a d’ailleurs été distribuée hors de France auprès d’investisseurs étrangers. Cela prouve notre crédibilité sur les marchés.

 

L’agence voit-elle toutefois son utilité amoindrie par la surliquidité du marché depuis deux ans ?

Y. M. La question du prix du marché du crédit aux collectivités est presque secondaire pour nous. Ce n’est pas à nous de faire nos preuves quand on voit ce qu’a produit depuis 15 ans le marché bancaire classique : emprunts toxiques, prix réels du crédit masqués par des produits opaques sur les marges pratiquées…

En revanche, si aujourd’hui il y a davantage de transparence sur ce marché, c’est grâce à la présence de l’agence.

 

L’AFL est-elle aujourd’hui bien connue des marchés ?

Y. M. Ce n’est pas tous les jours que l’on crée un établissement financier ex nihilo. Or, l’agence a rapidement connu un très grand succès auprès des investisseurs institutionnels internationaux.

C’est tout à l’honneur des élus locaux que d’avoir créé un outil faisant l’objet d’un intérêt aussi positif que rapide de ces investisseurs internationaux, des banques centrales aux institutions supranationales ; 80% de l’opération inaugurale a d’ailleurs été distribuée hors de France auprès d’investisseurs étrangers. Cela prouve notre crédibilité sur les marchés.

 

Quel rôle pouvez-vous jouer pour faciliter le financement de l’investissement local ?

Y. M. Il est simple : chaque euro gagné par le recours à notre agence, via les intérêts versés, libère pour ces collectivités de la capacité d’autofinancement et donc d’investissement. Car notre objectif est bien de faire diminuer autant que faire se peut le coût du crédit bancaire pour les collectivités locales tout en garantissant une liquidité supplémentaire sur le long terme.

Si les collectivités ont monté l’agence, c’est bien pour avoir un établissement qui reflète la qualité de la signature publique et s’y retrouver ainsi sur le prix du crédit. Et donc la capacité de l’agence à générer de l’autofinancement supplémentaire. J’ajoute que cette concurrence pousse aussi les autres acteurs à être davantage transparents et performants sur leurs prix.

 

Déjà, à la création de l’agence, nous avions fait le choix de ne pas créer d’antennes régionales, qui nous semblaient participer d’un modèle révolu. Avec des produits transparents et simples, une agence « digitale » est la plus adaptée.

 

L’AFL voit-elle sa « doctrine » évoluer en 2016 ?

Y. M. Oui, dans le sens d’un élargissement de l’offre, d’abord s’agissant du catalogue des produits. Après la mise en place progressive en 2015 de nos systèmes d’information, nous pourrons proposer cette année de nouveaux produits, intégrant notamment des prêts avec une phase de mobilisation progressive, mais aussi l’ouverture de notre offre de lignes de trésorerie.

Deuxième évolution : nous allons faire en sorte que la relation des collectivités à l’agence soit la plus dématérialisée possible grâce à la mise en place de notre portail internet.

Déjà, à la création de l’agence, nous avions fait le choix de ne pas créer d’antennes régionales, qui nous semblaient participer d’un modèle révolu. Avec des produits transparents et simples, une agence « digitale » est la plus adaptée.

Une collectivité peut consulter sur le portail sa notation financière, réaliser des simulations pour connaitre le niveau possible de crédit dont elle peut bénéficier. Et ce modèle se traduit par davantage d’économies locales.

 

Les modalités d’adhésion vont-elles aussi dans le sens d’un élargissement de l’offre ?

Y. M. Oui, car lors de notre assemblée générale du 20 janvier, ces règles ont été assouplies dans deux directions. D’abord vis-à-vis des plus grandes collectivités avec la possibilité de s’acquitter de l’apport en capital en cinq ans au lieu de trois.

La deuxième nouveauté consiste à supprimer le plancher de 3 000 euros minimum de capital à apporter que nous avions dû instaurer à notre lancement pour limiter l’afflux de dossiers à traiter.

Un seuil qui ne permettait pas à certaines petites communes de 100, 150 habitants de faire appel à nous car la somme n’était pas insignifiante par rapport à leur encours de dette. La suppression de ce plancher fait de l’AFL la banque du monde rural au même titre que de l’ensemble de collectivités.

 

Au-delà du « Tour de France » des régions que nous poursuivrons en 2016, c’est davantage nos interventions dans les associations départementales des maires de France, à chaque fois devant plusieurs centaines de maires, qui sont essentielles.

 

Mais ces petites collectivités ont elles suffisamment connaissance de l’existence de l’Agence France locale et des produits proposés ?

Y. M. Notre homologue du Danemark, où se situe la plus vieille agence de financement des collectivités, créée en 1899, nous dit souvent qu’il lui a fallu 80 ans pour que 100% des collectivités du pays soient membres…

Cette anecdote pour illustrer que bien entendu, nous faire connaître du plus grand nombre de collectivités possible est une de nos priorités.

Au-delà du « Tour de France » des régions que nous poursuivrons en 2016, c’est davantage nos interventions dans les associations départementales des maires de France, à chaque fois devant plusieurs centaines de maires, qui sont essentielles.

Et le 19 mai, à l’occasion de notre prochaine assemblée générale, nous organiserons une journée de l’Agence France locale, toujours dans l’idée d’utiliser tous les moyens de communication possibles.

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