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Les nouveaux présidents de région 11/01/2016

Xavier Bertrand, l’emploi « comme unique boussole » à la tête de la grande région Nord

par Aurélien Hélias
XavierBertrand

Xavier Bertrand, Carole Delga, Hervé Morin, Marie-Guite Dufay, Philippe Richert, Alain Rousset et Laurent Wauquiez sont les présidents des sept nouvelles régions issues de la réforme territoriale. A la tête de collectivités « XXL », ils ont été élus le 4 janvier par leur assemblée délibérante. Chaque jour, “Le Courrier des maires” vous fait découvrir ces nouveaux patrons de région. Aujourd’hui, zoom sur le président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand, qui a fait de la lutte contre le chômage l’objectif principal de son mandat.

Député (LR) de l’Aisne, Xavier Bertrand a succédé le 4 janvier aux socialistes Daniel Percheron (Nord-Pas-de-Calais) et Claude Gewerc (Picardie) à la tête de la nouvelle grande région Nord. Seuls 116 conseillers régionaux ont pris part au vote, soit la totalité du groupe Union de la droite, qui a voté unanimement pour le maire de Saint-Quentin.

Xavier Bertrand avait d’ailleurs rapidement annoncé après son élection le 13 décembre qu’il démissionnerait de ses mandats de maire et de député. Il conservera en revanche ceux de président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin et de « simple » conseiller municipal.

Les parlementaires régionaux consultés

Comme Christian Estrosi en Paca, Xavier Bertrand devra faire face à une opposition 100% Front national constituée par le groupe dirigé par Philippe Eymery (54 sièges), Marine Le Pen ayant décidé de ne pas prendre la présidence du groupe. Lors de son discours d’investiture, le patron du nouvel exécutif régional a réitéré son engagement de donner la parole aux élus PS alors que son opposant du premier tour, Pierre de Saintignon, avait retiré sa liste entre les deux tours pour empêcher le FN de remporter la majorité.

« J’ai pleinement conscience que toutes les forces politiques régionales ne sont pas représentées dans cet hémicycle. Je réunirai ici même, une fois par trimestre, les parlementaires régionaux et les élus des grandes collectivités pour évoquer avec eux les sujets de notre territoire », a-t-il promis.

La consultation de cette opposition « invisible » devrait aussi se faire via la conférence territoriale de l’action publique (CTAP) que « nous mettrons en place dès le mois prochain », a-t-il prévu.

Vers une Datar régionale

Outre l’ensemble de la classe politique régionale, c’est l’ensemble des territoires de la nouvelles grande région et ses autres niveaux de collectivités que Xavier Bertrand souhaite associer via une « politique de contractualisation et de territorialisation » confiée à la vice-présidente de région Valérie Létard.

« Ce n’est pas Lille et le désert autour. Ce n’est pas la Métropole et puis rien », a asséné Xavier Bertrand, donnant mission à la présidente de la communauté d’agglo de Valenciennes de « renégocier profondément avec l’Etat » le contrat de plan Etat-région.

Autre dispositif prévu : la mise en place d’une « direction régionale pour l’aménagement et l’attractivité du territoire (Datar) et un fonds de concours qui aidera directement les communes, rurales comme urbaines, dans leurs investissements en termes d’équipements sportifs ou culturels, de sécurité, de mutualisation ou de meilleurs accès aux services publics», ambitionne Xavier Bertrand.

Dédié à l’aide au secteur du BTP, aux artisans et collectivités, ce fonds de concours se verrait imposer « peu de critères » d’accès si ce n’est de « correspondre aux exigences environnementales et de transition énergétique de la région ».

300 millions d’économies sur six ans

En interne, Xavier Bertrand promet, chose attendue… le changement. Et ce d’abord sur le fonctionnement : 300 millions d’euros d’économie sur le mandat.

Les ressources humaines seront forcément impactées : « Devant le désengagement de l’Etat et la saignée des dotations, ils [les agents] savent que la fusion n’est pas signe de renforcement des effectifs mais bien de diminution du nombre de personnels », prévient le patron de l’exécutif même si celui-ci promet, comme tous les autres présidents de région partageant cette orientation, que « cela se fera dans le dialogue ».

Parallèlement, les élus régionaux devraient, symboliquement, voir leurs indemnités diminuer. Du moins ceux de l’ancienne région Nord-Pas-de-Calais comme l’ont décrypté nos confrères de 20 minutes Lille.

S’agissant de la gouvernance, Xavier Bertrand veut créer une « commission de l’audit interne qui aura pour rôle de moderniser le contrôle des élus régionaux sur l’exécutif et l’administration ». Celle-ci  « se verra saisir par l’exécutif et pourra également se saisir elle-même et ses rapports seront publics », promet-il.

Enfin, dans un souci d’équité territoriale et institutionnelle, la capitale picarde ne sera pas totalement désertée par les conseillers régionaux : « Si nos séances plénières se tiendront à Lille, les commissions permanentes se tiendront d’ailleurs à Amiens », a confirmé le président de région.

« L’emploi, ce sera moi »

« Le travail a été notre slogan. Il sera désormais notre politique », a souligné le nouveau président de région à l’heure de développer son programme de mandat ; un dossier qu’il souhaite personnellement piloter. 

« L’emploi, ce sera moi », a même claironné celui qui se voit comme « le chef d’orchestre d’un conseil régional tout entier tourné vers l’emploi et la lutte pour la croissance régionale ». « Le travail sera notre unique boussole, quelles que soient les thématiques régionales que nous étudierons. Il sera mon unique instrument de mesure politique », a-t-il insisté durant son discours.

Concrètement, le nouveau président de région veut se saisir des opportunités législatives ouvertes par la loi Notre : « Je demanderai au couvernement que le conseil régional, selon l’esprit du législateur, se saisisse de la compétence emploi et je mettrai en place cette grande opération “Proch’emploi” », dont un numéro vert dédié aux demandeurs d’emploi de la région, avec comme objectif « d’aider à remettre au travail ceux qui s’en sont éloignés du fait de crises économiques sans précédent ».  

L’appel à compétence faisait d’ailleurs des sujets abordés par le nouveau patron de région avec le Premier ministre lors de leur entretien du 7 janvier :

Fin janvier, un « new-deal régional » doit aussi être présenté et notamment « les grands principes d’une banque régionale unique d’investissement qui n’aura qu’un seul but : l’aide à la création de richesse ».

Lier emploi, insertion… et sanctions

Sur le plan financier, la région doit présenter fin janvier lors d’une séance plénière sa proposition de financement « d’une partie des charges pour tout nouvel emploi supplémentaire ». Y serait aussi présentée le mécanisme de prise en charge d’une partie des frais de transports « pour ceux qui sont obligés d’utiliser leur voiture pour aller travailler ou reprendre une formation ».

Pour favoriser l’apprentissage, la prime « pour les entreprises qui feront confiance à des apprentis » sera triplée et le conseil régional ambitionne en matière de formation professionnelle de créer, « bassin d’emploi par bassin d’emploi, les conditions d’une formation qui aura comme modèle le juste à temps et le sur-mesure ».

Enfin, le président de l’exécutif veut davantage lier insertion et activité en lien avec les conseils départementaux. « Nous organiserons enfin le lien qui aurait toujours dû exister entre l’insertion de ceux qui sont bénéficiaires du RSA et la formation professionnelle », a annoncé Xavier Bertrand deux jours avant de rencontrer le président du Nord, Jean René-Lecerf.


« La main sera tendue mais je le dis ici, en cas de double refus de cette main tendue par certains bénéficiaires du RSA, je demanderai aux conseils départementaux d’appliquer la loi et de suspendre ces indemnités sociales. Le A de RSA veut dire activité, il ne veut pas dire automatique », a prévenu l’ancien ministre.

Les dossiers « transports » se multiplient

A un autre degré de priorité, Xavier Bertrand a longuement évoqué la mobilité et les transports régionaux. Et confié à Gérald Darmanin, vice-président aux transports et maire de Tourcoing, le soin de réaliser un rapport prospectif d’ici juin pour prioriser parmi de nombreux projets dont tous ne pourront être financés :

Troisième gare TGV métropolitaine, projet de TER régional de l’ancien exécutif, contournement routier de la métropole lilloise, modernisation de la RN2, liaison rapide entre Lille et Amiens, barreau Creil-Roissy, trains d’équilibre du territoire, intensification des TER GV, liaisons entre l’Oise et l’île de France, desserte et développement de nos aéroports de Beauvais et de Lesquin, intensification de nos dessertes avec la Belgique : aucun tabou, aucune limite autre que ce que nos moyens nous permettent », a listé le patron de l’exécutif.

Projet de -très ?- long terme, le canal Seine-Nord Europe sera lui débattu lors d’une séance du conseil régional spécialement dédiée.

Une mesure concrète devrait en revanche être lancée et financée à plus court terme : « La mise en place rapide d’un abonnement unique de transports, une carte orange régionale en somme ».

Xavier Bertrand a par ailleurs lié ce dossier à celui de la sécurité, annonçant notamment « le renfort de sécurité dans les transports régionaux, la vidéo-surveillance dans les trains et dans les lycées ».

Sport et culture, fondations d’un nouveau « soft-power » du Nord ?

Outre la politique culturelle, que l’exécutif veut davantage rendre « accessible au plus grand nombre », la région entend prendre en main une compétence qu’elle partage avec les autres niveaux de collectivités : le sport.

« Comme le tourisme et la culture, le sport sera notre instrument de rayonnement », ambitionne-t-il alors que la région est l’une de celle qui compte « le moins d’équipements sportifs par habitant ». « Nous rattraperons ce retard », promet-il en comptant s’appuyer sur trois orientations :

  • les équipements de proximité : « un plan d’aménagement d’infrastructures sportives sera élaboré dans les six premiers mois de cette première année de mandat en concertation avec les élus locaux et le monde sportif ». En ligne de mire : des équipements « de proximité », notamment des piscines ;
  • des équipements de sport-spectacle, à savoir des « arénas capables d’accueillir plusieurs milliers de personnes pour de grandes manifestations sportives, culturelles et économiques » ;
  • du marketing territorial et de l’événementiel, avec le projet de postuler « pour être la base avant des Jeux olympiques de Paris ».

Enfin, l’exécutif veut mettre en place une politique de « Sport-santé » dans une région « qui connaît le plus de maladies cardio-vasculaires ».

Autre priorités sanitaires affichées : la lutte contre le cancer et l’aide pour affronter la dépendance, en particulier liée à la maladie d’Alzheimer, « en même temps que l’installation des médecins dans les zones aujourd’hui les plus fragiles de notre belle région ». 

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