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Les nouveaux présidents de région 08/01/2016

Hervé Morin, président d’une Normandie réunifiée, y compris sur l’échiquier politique

par Aurélien Hélias
Hervé Morin, président de la région Normandie © D. Roosens

Hervé Morin, Marie-Guite Dufay, Carole Delga, Philippe Richert, Alain Rousset, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez sont les présidents des sept nouvelles grandes régions issues de la réforme territoriale. A la tête de collectivités « XXL », ils ont été élus le 4 janvier par leur assemblée délibérante. Chaque jour, “Le Courrier des maires” vous fait découvrir ces nouveaux patrons de région. Aujourd’hui, zoom sur le président de la Normandie réunifiée.

Seul président issu de l’UDI, Hervé Morin a succédé le 4 janvier aux PS Nicolas Mayer-Rossignol (Haute-Normandie) et Laurent Beauvais (Basse-Normandie) à la tête d’une Normandie réunifiée.

Le député de l’Eure a réuni deux voix de plus que son groupe Union de la droite (56 pour 54 sièges) contre 41 votes blancs et 5 abstentions. Il fera face à une opposition où le groupe d’union de la gauche (27 sièges) de Nicolas Mayer-Rossignol est talonné par celui du Front national (21 sièges) dirigé par Nicolas Bay.

Ainsi, non seulement le nouveau président de l’exécutif peut compter sur une majorité importante au sein de l’hémicycle régional, mais aussi plus largement sur le territoire, depuis les dernières départementales de mars qui ont vu les deux départements de l’ancienne Haute-Normandie, l’Eure et la Seine-Maritime, basculer à droite (respectivement au bénéfice de l’UDI et de Les Républicains).

Négocier avec la métropole rouennaise, aux mains du PS

Une confortable assise politique qu’Hervé Morin n’a pas manqué de souligner lors de son discours d’intronisation : « Nous n’avons pas le droit à l’erreur car la famille de la droite et du centre à laquelle j’appartiens est majoritaire aujourd’hui à la région, dans les cinq départements normands et dans la plupart des intercommunalités », a-t-il asséné.

Et le nouveau patron de l’exécutif régional d’annoncer la constitution d’un « G6 qui aura deux missions principales : la première, déterminer ensemble les grandes politiques et les grands choix d’investissement » et « la deuxième de simplifier l’organisation territoriale ».

Les villes et agglomérations de Caen et du Havre étant aussi détenues par la droite, il faudra toutefois au président de la Normandie réunifiée trouver un terrain d’entente en matière de politique de développement économique et d’innovation avec le poumon économique de la région, Rouen, dirigée par le PS Frédéric Sanchez.

« Ce que nous allons mener avec les départements doit être conduit aussi avec les trois présidents des trois grandes métropoles normandes. C’est pourquoi je leur ai proposé d’engager le même travail que celui que nous allons conduire avec les départements », a-t-il ainsi ajouté. Les contrats territoriaux signés avec les EPCI seront aussi actualisés d’ici le printemps.

Distribuer les directions régionales entre Caen et Rouen

Un obstacle au moins, auquel font face toutes les autres régions issues de fusion, est déjà levé pour l’édification institutionnelle et politique de la Normandie réunifiée : celui de son patronyme, évident, et qui vient symboliser la fin de « 60 ans d’une anomalie administrative qui faisait insulte au bon sens », a rappelé le député de l’Eure.

« Finalement, dans cette réforme territoriale baroque, confuse et inachevée, il y aura eu pour nous, Normands, une bonne nouvelle celle de la réunification d’une région qui n’aurait jamais dû être divisée », a-t-il insisté.

Reste le processus de réorganisation administrative qui n’en est qu’à ses débuts. S’il est acté que le conseil régional sera à Caen pour compenser le fait que l’Etat a choisi Rouen comme siège de la préfecture, l’organigramme de la nouvelle région et sa distribution géographique restent à définir.

Prudent, Hervé Morin a indiqué que celui-ci ferait « l’objet d’évolutions en fonction des discussions à venir ». Indiquant toutefois qu’il repose à ce jour sur six directions générales adjointes, dont trois seront à Caen et trois seront à Rouen.

Mais le nouveau patron de l’exécutif prévient : « Je le dis au personnel [...], il y aura des changements, mais qu’ils se feront dans le respect de vos vies professionnelles et personnelles ». Toutefois, « pas de mutation imposée, et un plan de titularisation sera mis en œuvre pour tous les personnels dont la situation contractuelle ou précaire ne se justifie pas ».

Un train de vie revu à la baisse

A la volonté d’un certain équilibre territorial dans l’organisation de la région s’ajoute la volonté de « réduire le train de vie de la région » et ses dépenses de fonctionnement.

Premier secteur visé : les ressources humaines. « Le remplacement des agents partis à la retraite ne sera pas systématique et se fera seulement s’il y a nécessité absolue de service », a averti Hervé Morin. A plus court terme, le député de l’Eure veut économiser sur les indemnités des conseillers régionaux en les diminuant de 40% par rapport au plafond légal, ce qu’il évalue à une économie de 1,4 million d’euro annuels.

Autre économie plus modeste : celle qui serait faite grâce à un « cabinet resserré qui ne doublonnera pas les directions des services qui eux seront en relation directe avec le président et l’exécutif régional », soit 2,5 millions d’euros sur la durée du mandat. Sans compter la suppression du journal régional « boîté », dont le coût annuel est de près de 2 millions d’euros.

S’agissant de l’exercice du mandat, Hervé Morin promet parallèlement une certaine « exemplarité » avec une charte éthique signée par tous les conseillers régionaux et une permanence créée dès le mois de janvier par les conseillers de la majorité, afin que les Normands « puissent avoir des élus capables de relayer leurs problématiques sur les compétences régionales ».

Fusionner et évaluer les outils de développement économique

S’agissant des politiques régionales, l’élu de l’Eure souhaite une évaluation systématique des politiques publiques régionales et principalement dans le cœur de métier de la région, le développement économique et la formation.

« On ne peut pas considérer, [sachant que la région est] 18e sur 22 sur la création d’entreprises, dernière région française dans le classement sur l’innovation [et] une des régions où la création d’emplois qualifiés est la plus faible, que toutes les structures qui ont en charge tel ou tel secteur du soutien à l’économie ne doivent seulement évoluer qu’à la marge », a-t-il appuyé en guise de démonstration.

Ainsi, une nouvelle agence de développement économique dotée de 100 millions d’euros devra regrouper avant fin juin « toutes les structures en charge du soutien à l’entreprise » et assurera les fonctions « de fonds d’amorçage, fonds d’investissements, fonds de retournement ».

« Un programme pluriannuel portant sur la recherche et l’innovation, l’investissement, la formation et l’exportation » est aussi annoncé, de même que des « contrats » de trois ans avec « les grandes filières stratégiques » d’ici l’automne.

Une « agence de l’attractivité » sera basée au Havre et formée d’une « petite équipe de mission chargée de proposer des politiques, des initiatives, des événements qui favoriseront l’attractivité de notre territoire ».

Redynamiser le secteur agricole

Autre dossier prioritaire : l’apprentissage, qui « a baissé de 16% en quatre ans », regrette Hervé Morin. Un « Grenelle de l’apprentissage » est annoncé pour le 14 janvier et le président normand veut augmenter le nombre d’apprentis de 50% d’ici la fin du mandat via un plan de relance qui serait lui aussi présenté à l’automne.

Enfin, le natif de Pont-Audemer et ancien maire d’Epaignes (1 500 hab.) dans l’Eure veut faire de l’agriculture et de l’agroalimentaire « une priorité pour la majorité régionale. Un dossier auquel il consacrait son premier déplacement le 7 janvier à Saint-George-de-Bohon, dans la Manche, annonçant notamment des garanties régionales pour les loyers des jeunes agriculteurs selon nos confrères de Paris Normandie.

La nouvelle ligne Paris-Normandie, enjeu technique et financier

Un dernier projet pourrait enfin se réaliser mais à long terme : celui d‘une ligne ferroviaire nouvelle Paris Normandie, plus rapide mais surtout plus fiable. C’est l’un des dossiers sensibles qu’aborde la région avec la SNCF, alors que l’exécutif dit avoir engagé « des discussions exigeantes et fermes avec la direction de la SNCF pour que leur dette à l’égard de la Normandie commence à être remboursée ».

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