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Villes de France en congrès 02/10/2015

Les reconfigurations régionales et la métropolisation préoccupent les villes moyennes

par Aurélien Hélias
Maires en débat au congrès de Villes de France, à Bourg-en-Bresse © D. Gillet

Comment tenir son rang dans un contexte institutionnel et économique faisant la part belle aux régions et aux métropoles ? La question a irrigué l’ensemble des débats de la première journée du congrès de Villes de France le 1er octobre à Bourg-en-Bresse. Et l’association d’élus, ex-Villes moyennes, d’interpeller directement et officiellement les candidats aux régionales de décembre sur l’aménagement régional du territoire.

A Bourg-en-Bresse, l’inquiétude vécue par les élus des villes moyennes quant à leur rôle économique et institutionnel après la réforme territoriale était sur toutes les lèvres. D’abord s’agissant de leurs « encombrants voisins » : les métropoles, qui font craindre aux villes moyennes, infra-métropolitaines, de perdre une grande partie de leur attractivité.

« La catégorie historique des villes moyennes était fondée sur une lecture hiérarchique et une forme d’homogénéité de cette catégorie : essentiellement des villes chefs-lieux avec beaucoup d’emplois publics et abritant l’industrie », analyse Daniel Behar, géographe à l’institut d’urbanisme de Paris.

« Mais les deux sont en train de s’effondrer. Du coup, ce n’est plus une catégorie homogène. C’est plus leur situation territoriale qui prévaut et leurs rapports à la métropole. La notion de chef-lieu ne veut plus rien dire aujourd’hui. Il leur faut travailler la relation à la métropole », préconise-t-il.

Le retour des pôles métropolitains

Cette nécessité de prendre les choses en main s’illustre aujourd’hui par diverses initiatives, dont la résurgence des pôles métropolitains.

A Annecy, un tel pôle est en projet « dans les deux années qui suivront l’agrandissement de l’intercommunalité en janvier 2017 », témoigne le maire et président de la communauté d’agglomération, Jean-Luc Rigaut.

L’intérêt de ce pôle du « Sillon Alpin » ? « Mutualiser » pour toutes « les villes moyennes qui ont du mal à survivre ». Ce « corridor de collectivités » pourra travailler librement au sein d’« un syndicat mixte qui fonctionnera car il ne viendra pas se superposer aux autres organisations », assure-t-il.

Seule condition de son succès : « Cela pourra fonctionner dès lors qu’on sera clair avec les institutions départementales », préconise le maire d’Annecy, alors que le projet de fusion des deux départements savoyards est plus que jamais d’actualité.

Au-delà des débats sur les capitales

Autre collectivité qui n’était pas au cœur de la réforme territoriale du gouvernement – du moins dès que ce dernier avait abandonné sa volonté de le supprimer… –, le département ressent lui aussi la nécessité de participer à des initiatives communes.

« Nous avons les mêmes objectifs avec les villes moyennes : que nos collectivités ne soient pas des collectivités de guichet mais de projet », est venu appuyer Damien Abad, président du département hôte du congrès, l’Ain.

L’idée de faire collaborer villes moyennes avec la métropole mais aussi entre elles pour mieux peser est partagée par le maire d’Arras, “capitale du Pas-de-Calais”, Frédéric Leturque : « Décliner le réseau des villes moyennes dans les régions, nous l’avons imaginé. C’est une approche à renforcer ».

Les enjeux de chef-lieu du fait de la réforme de la carte régionale sont d’ailleurs bien moins importants que la place qu’ils occupent dans le débat médiatique, selon lui. « Capitale, pas capitale… ce sont des débats pour amuser la galerie. Lille est naturellement la capitale régionale et sa métropole, et a la capacité pour emmener le territoire régional … à condition de ne pas vouloir réussir toute seule », préconise le maire d’Arras à l’approche de l’instauration au 1er janvier 2016 de la grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie.

Déconcentrer les équipes régionales

La nouvelle carte régionale, c’est bien sûr l’autre grand enjeu du moment pour les élus des villes infra-métropolitaines. « La grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie doit autant tendre la main aux communes et intercos que les communes et intercos doivent tendre la main à la région, sans oublier les départements », insiste Frédéric Leturque.

Et pour réussir cette collaboration, quelques habitudes devront être changées, juge-t-il. « L’institution régionale [du NPDC] a tenté de travailler de manière intelligente avec les bassins de vie, en instaurant une organisation sur des schémas, des structures très institutionnelles, sans obligatoirement déconcentrer ses équipes dans les territoires. Or on ne peut pas le faire sans déconcentrer les équipes », prévient-il. « Ce qui était difficile dans la région Nord-Pas-de-Calais le sera peut-être encore plus dans la région Picardie NPDC… »

Des réseaux ou « clusters » de villes ?

D’habitudes, il était aussi question dans le témoignage d’André Billardon, maire du Creusot… mais cette fois-ci, c’est la crainte de perdre quelque chose qui fonctionnait bien qui prédomine.

« Il faut faire face aux peurs de la perte des habitudes : la région Bourgogne associait toutes les villes moyennes, comme sur les contrats de ville », raconte-t-il alors que la région fusionnera bientôt avec la Franche-Comté où résident « de redoutables amis concurrents ».

Pour le maire du Creusot, « il faut imposer aux nouvelles régions cette multipolarité de réseaux de villes à thèmes. Pourquoi pas demain des clusters de villes ? Il faut identifier les thèmes sur lesquels on pourrait travailler », plaide-t-il.

Autre piste à creuser pour pousser les régions à s’intéresser aux actions infra-départementales : « muscler » les schémas de cohérence territoriale au sein desquels les villes moyennes coopèrent. « On va obliger la région à s’intéresser un peu plus à ce que font les Scot », prédit Marc Abadie, directeur du réseau et des territoires de la Caisse des dépôts.

Aux candidats aux régionales de s’engager

On l’aura compris, les villes infra-métropolitaines ne comptent pas attendre les bras croisés que la régionalisation et la métropolisation, des compétences comme des périmètres institutionnels, n’assèche à petit feu leur attractivité.

« Nos agglomérations et villes moyennes doivent être reconnues par les régions comme lieux d’application de leurs politiques régionales. L’intérêt de la région demain sera de s’appuyer sur des tissus urbains non métropolitains pour assurer l’équilibre des territoires, de s’appuyer sur des espaces de contractualisation », souligne le vice-président de Villes de France et maire de Bourg-en-Bresse, Jean-François Debat.

D’où cette adresse aux candidats aux régionales de décembre dans laquelle l’association les exhorte à consulter, négocier, co-élaborer entre régions et villes moyennes un nombre important de politiques publiques : développement de l’emploi et aides aux entreprises, schémas d’aménagement territorial, orientations des contrats de plan Etat-région, développement des financements aux universités pour beaucoup hébergées par les villes moyennes, desserte ferroviaire des agglomérations, soutien financier aux quartiers prioritaires de la politique de la ville, politiques de développement durable…

Sans oublier les trois champs de compétence qui restent largement partagés par les trois niveaux de collectivité : culture, sport et tourisme.

« Notre adresse devra être entendue par les candidats aux régionales », a fermement indiqué Jean-François Debat, également vice-président de la région Rhône-Alpes et candidat sur la liste du président sortant, Jean-Jack Queyranne.

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